13 novembre 2015

Qui es-tu, qui sortis de l’ombre
Dans la lumière de la nuit ?
Tu n’es ni un nom ni un nombre,
Tu n’es rien : tuer t’a détruit.

Qui t’ordonna – quel fou, quel lâche –
De laisser tes marques de fer,
Comme d’indélébiles taches
Sur nos trottoirs et dans nos chairs ?

Retourne à l’ombre de l’histoire !
Face à terre, les innocents
Se sont envolés vers la gloire
Bien mieux que tes gouttes de sang.

Nos héros dînaient en terrasse
Un soir de novembre à Paris,
Ils n’avaient ni patrie ni race
Ils riaient quand tu les as pris.

Leur joie morte est notre espérance
Leur rire éteint est notre foi.
Ils brillent au Stade-de-France
Et rue de la Fontaine-au-Roi.

Si nos larmes sont pour nos frères,
Nos cris sont pour l’humanité :
Prouvons qu’aucune arme de guerre
Ne peut blesser la liberté.

Paris, le 15 novembre 2015,

RC

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Carte d’identité du système « Golfo di Castellammare »

Mes recherches dans les archives siciliennes mises en ligne sur FamilySearch.org, grandement facilitées par la présence de tables comme je l’expliquerai dans un prochain article, m’ont permis en quelque mois de trouver 388 de mes ancêtres paternels siciliens originaires du golfe de Castellammare, à l’ouest de Palerme.

J’ai décidé de décrire ici le système géographique correspondant, avec la méthode utilisée pour le système Tours et les bords du Cher.

Ou ?

Le système, en l’état actuel des connaissances, comporte la commune d’Alcamo, dans la province de Trapani (TP) et celles de Balestrate, Carini, Cinisi, Partinico et Terrasini, dans la province de Palermo (PA). Toutes ces communes bordent le golfe de Castellammare, qui s’étend à l’ouest de Palerme entre le Cap San Vito (San Vito Lo Capo, TP) et la Pointe de l’Homme Mort (Carini, PA).

0-Sicile_Golfo_ADM

Le schéma ci-dessus permet de situer le système par rapport à l’organisation administrative actuelle de l’Italie.

Quand ?

Le système est occupé par nos ancêtres de manière attestée depuis le XVIIe siècle (1673). Nos derniers ancêtres à avoir occupé le système sont partis au début du XXe siècle (1902), soit une présence attestée d’au moins 230 ans. Ces « derniers » ancêtres appartenaient à deux branches différentes, l’une venant de Balestrate, l’autre d’Alcamo. Il s’agissait de deux grands-parents de mon père.

La branche d’Alcamo n’a pas encore été explorée faute de sources en ligne concernant la province de Trapani. Celle de Balestrate provient, plus on remonte dans le temps, de l’est du golfe. Il semblerait en effet que les paroisses aient créées progressivement à partir d’écarts des paroisses existantes, en progressant vers l’ouest : Carini puis Cinisi puis Terrasini et enfin Balestrate, sans doute suivant un effet de diffusion de l’agglomération de Palerme.

1_Sicile_Golfo_chr

L’occupation du système par nos ancêtres est attestée de 1673 à 1902. Elle est sans doute bien antérieure, au moins à Carini et Alcamo.

Qui ?

En l’état actuel des connaissances, 388 de nos ancêtres sont liés au système, sur 10 générations. Au fil du temps, certaines branches ont rejoint le système à partir d’autres régions de la Sicile, et notamment de Palerme et Corleone (PA), toutes deux situées à 40 km vers l’est. D’autres origines plus lointaines et plus surprenantes sont à noter, telles que Bivona (AG) et Mazzarino (CL), au centre de l’île, ou Castelvetrano (TP), au sud-ouest.

En quittant le système, mes deux arrières-grands-parents paternels sont partis en Tunisie, où ils se sont installés à la marina de Tunis, La Goulette, et où leurs enfants, mes grands-parents, se sont mariés au milieu du XXe siècle.

2_Sicile_Golfo_gen

Ce schéma illustre les interactions entre le système et d’autres lieux et systèmes au fil du temps. Certains déplacements « entrants » sont proximaux, venant de Palerme, Corleone et Castelvetrano, d’autres plus éloignés. 

Les patronymes rencontrés dans le système apparaissent dans le nuage de mots ci-dessous, élaboré avec l’application internet WordItOut.

Certains patronymes se retrouvent – avec des variantes – dans plusieurs branches de mon ascendance, en particulier :

  • PALAZZOLO, patronyme très courant localement, dans 6 branches,
  • BOMMARITO/BONMARITO, dans 6 branches également,
  • ZAPPA, dans 4 branches,
  • GUSMANO/CUSUMANO/CUSMANO, dans 4 branches,
  • AIELLO/AJELLO, dans 4 branches.

Sicile_Golfo_patro

Zones d’interaction et d’adhérence

Enfin, une approche géographique montre que le système a une zone d’interaction (dans laquelle se passait probablement la majeure partie des déplacements de nos ancêtres) ouverte sur un large périmètre incluant la capitale, Palerme. La zone d’adhérence (lieux à portée d’un déplacement quotidien, qui viendraient s’adjoindre au système si des ancêtres en étaient originaires) est contrainte notamment par le relief accidenté qui entoure la plaine en arrière du golfe. Elle englobe notamment les villes de Castellammare (del Golfo, TP), de Calatafimi(-Segesta, TP), Borgetto (PA) et Monreale (PA), identifiées sur une carte de 1830.

3_Sicile_Golfo_geo

Nota : Le fond de carte ci-dessus est une « Carte routière de la Sicile » dessinée par le Comte Fédor de KARACZAY pour le Guide du voyageur en Sicile, trouvée sur Gallica à partir de ressources relayées sur la page relative à la Sicile de Lexilogos. Les traitements graphiques ont été réalisés avec le logiciel de dessin vectoriel Inkscape.

Je pense être capable de poursuivre ce travail en explorant les registres de Carini, qui remontent plus loin dans le temps. Et surtout, j’espère pouvoir approfondir un jour prochain mes recherches dans la branche d’Alcamo, qui est en fait ma branche patronymique, bloquée pour l’instant à la fin du XIXe siècle.

Mais ceci est une autre histoire…

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Giuseppe VASI : graveur et architecte né à Corleone

Palais du Latran - Gravure de Giuseppe VASI - Source : Wikipedia

Palais du Latran – Gravure de Giuseppe VASI – Source : Wikipedia

Mes prochaines vacances en Sicile seront sans doute l’occasion pour moi de mener quelques recherches sur place du côté des ancêtres de mon père, tous siciliens. Avant de partir, j’ai voulu refaire le point sur mes recherches menées en ligne de ce côté, déjà anciennes, et assez avancées grâce aux registres mis en ligne par FamilySearch.

Comme souvent quand on reprend des travaux anciens, j’ai ainsi résolu en quelques coups de cuiller à pot une impasse vieille de 2 ans due à une erreur de patronyme dans l’acte de mariage de l’arrière-grand-mère maternelle-maternelle de mon père, Grazia PALAZZOLO.

C’est ainsi que, de Balestrate, dans la province de Palerme (lien en italien), où est née ma propre arrière-grand-mère, Oliva MONTEROSSO, à qui j’ai déjà consacré un article ici, j’ai fait un saut à Corleone, tristement célèbre pour les chefs de la Mafia sicilienne qui en sont issus.

C’est là que j’ai découvert mes ancêtres VASI et qu’un peu de chance m’a conduit jusqu’à Giuseppe VASI, illustre graveur et architecte du XVIIIe siècle, qui est en fait mon oncle à la 10e génération.

Nouvelles solutions pour vieux problèmes

Comme je l’ai expliqué en parlant de l’ascendance d’Oliva MONTEROSSO (SOSA 11), bien qu’elle-même fût née à Balestrate, c’est à Terrasini que se concentraient jusqu’ici nombre de ses ancêtres connus. Ceci était dû au fait que les MONTEROSSO eux-mêmes étaient originaires de cette commune limitrophe et que les origines de sa grand-mère maternelle, Maria RUSSO, s’arrêtaient à ses parents, faute d’avoir trouvé leur acte de mariage à Balestrate, comme attendu.

Il faut savoir que les registres paroissiaux de Balestrate sont particulièrement bien tenus à la fin du XIXe siècle et qu’étant dite originaire de Balestrate dans son acte de mariage, je trouvais vraiment surprenant de n’avoir pas identifié le mariage de ses parents, Antonino RUSSO et Vincenza BADULATO, dont les noms étaient clairement orthographiés. Après une ultime vérification lorsque j’ai repris ces recherches récemment, j’ai donc pensé à passer par une autre source que je n’avais pas exploitée : l’acte de décès de Maria.

Acte de sépulture de Maria RUSSO (SOSA 47) à Balestrate

Acte de sépulture de Maria RUSSO (SOSA 47) à Balestrate

Le 3 mars 1881

5. Maria RUSSO, âgée de 27 ans, fille de feu Antonino et feue Vincenza CASTELLANA, jadis mariés, femme de Marcantonio PALAZZOLO, après s’être confessée, avoir reçu le très saint viatique et l’extrême onction, a rendu son âme à Dieu en communion avec notre Sainte Mère l’Eglise, et son corps a été enterré au cimetière.

Aucune ambiguïté possible : le nom de son mari confirme que mon arrière-arrière-grand-mère est bien la personne décédée. On constate immédiatement que, si les prénoms de ses parents sont bien ceux mentionnés sur son acte de mariage, Antonino et Vincenza, en revanche le patronyme de sa mère n’est pas BADULATO mais CASTELLANA. Et ça change tout !

Car bien sûr, on trouve sans difficulté à Balestrate en 1838 le mariage d’Antonino RUSSO, fils de Vincenzo et Giuseppa BOMMARITO, avec Vincenza CASTELLANA, née à Corleone, fille de feu Gaetano et Gaetana… BADULATO !

Les choses me semblent dès lors assez établies, a fortiori si je précise que Vincenza CASTELLANA était décédée en 1869, soit trois ans avant le mariage de sa fille, et que ce n’est donc pas elle qui a pu donner au prêtre son propre patronyme, qui a alors été confondu avec celui de sa mère.

Quand la curiosité et le hasard s’en mêlent

Vue de Corleone - Source : Wikipédia\Corleone (en italien)

Vue de Corleone – Source : Wikipédia\Corleone (en italien)

Dès que j’ai vu apparaître le lieu de Corleone dans mon ascendance, outre qu’il raisonnait pour moi comme le surnom du chef de clan mafieux joué par DE NIRO-BRANDO dans Le Parrain de COPPOLA, j’ai cherché à en savoir plus sur cette ville.

C’est une ville du coeur de la Sicile, assez importante avec plus de 10 000 habitants aujourd’hui et même plus de 15 000 à la fin du XIXe siècle. Elle est située à environ 50 km de Balestrate et à peu près autant de Palerme.

Parmi les personnages liés à la commune, on ne trouve sur Wikipédia en français presque que des mafieux siciliens ou américains. En revanche, la page en italien est bien plus étoffée, et un nom m’avait marqué à la lecture de la liste des « Persone legate a Corleone », celui de

Giuseppe VASI (1740-1872), incisore, fu maestro di Piranesi
(graveur, il fut un des maîtres du Piranèse)

Il faut savoir que j’ai un ami passionné de gravures anciennes, qui m’a souvent parlé de Giovanni Battista PIRANESI, dit Le Piranèse, architecte et graveur du XVIIIe siècle, célèbre pour la finesse architecturale et la mise en scène dramatique des monuments réels ou imaginaires qu’il a gravés. C’est sans doute pour cette raison que j’ai retenu, parmi la liste, le nom de VASI.

Vous aurez peut-être noté que les dates de naissance et de mort de Giuseppe VASI sur cette page sont irréalistes. De fait, sur la page Wikipédia qui lui est dédiée (en italien), on apprend qu’il est né (à Corleone) en 1710, le 27 août, et décédé à Rome en 1782.

Mes ancêtres corleonesi connus

J’ai donc remonté l’ascendance de Vincenza CASTELLANA a Corleone, ce qui a été assez simple puisque de très nombreux registres sont en ligne sur FamilySearch pour la paroisse San Martino de Corleone, dont certains remontent à la fin du XVIs siècle !

A ce jour, j’ai trouvé 28 de ses ancêtres sur 8 générations et 2 siècles, mais j’ai encore de nombreuses branches à explorer plus avant.

Les patronymes rencontrés sont CASTELLANA, BADULATO, BILLITTI, MACALUSO, RAJTANO, TURCO, SALEMI, VASI, PASQUA, PUGLISI, dont certains semblent avoir joui d’une certaine notabilité puisqu’ils sont qualifiés de « Maestri », « Maîtres ». C’est le cas des BADULATO, des MACALUSO, des PUGLISI et… des VASI.

De Teresa à Giuseppe VASI

Teresa VASI (mon SOSA 767), est l’arrière-grand-mère maternelle-maternelle de Vincenza CASTELLANA. Elle est donc située sur la lignée agnatique de mon père.

Elle est apparue dans mon arbre au détour de l’acte de mariage de sa fille, Fortunata MACALUSO, avec Maestro Bernardo BADULATO, en 1794. Lorsque j’ai vu apparaître ce patronyme, j’ai immédiatement repensé à mon graveur, et je me suis dit que j’avais des chances de trouver un lien entre eux deux car :

  • le patronyme VASI n’est pas du tout courant à Corleone,
  • l’alliance de Fortunata MACALUSO avec Bernardo BADULATO, qualifié de « Maestro », traduisait une possible aisance matérielle qui pouvait se retrouver dans sa propre famille. Or, pour que Giuseppe VASI ait pu partir, à cette époque, pour Rome depuis Corleone et devenir graveur et architecte, il était très probable qu’il ne pouvait s’agir d’un fils de paysan ou de petit artisan.

Teresa s’est mariée à Corleone en 1755 avec Francesco MACALUSO. On apprend à cette occasion qu’elle est la fille de Maestro Francesco VASI, issue en fait de son second mariage avec Angela PASQUA en 1734. Francesco VASI est le fils de Maestro Placido VASI (lui-même fils de Francesco, originaire de Palerme) et de Caterina PUGLISI.

Et quid de Giuseppe VASI, le graveur ? Wikipédia ayant donné sa date de naissance, je n’ai eu aucun mal à trouver son acte de baptême, ci dessous.

Acte de baptême de Giuseppe VASI à Corleone en 1710 - Source : Archives paroissiales de San Martino di Corleone

Acte de baptême de Giuseppe VASI à Corleone en 1710 – Source : Archives paroissiales de San Martino di Corleone

Le 28 du même [août 1710]

Moi Don de CAULIANNI [conv. ?] j’ai baptisé Josephum Agostinum Petrum [Giuseppe Agostino Pietro]  fils de Maître Placido et Caterina VASI mariés, né d’hier, les parrain et marraine Joseph [Giuseppe] BRUNO et Anna Maria, femme de Joannis [Giovanni] CAMPO.

et sous l’acte une main secourable a ajouté

Le célèbre graveur Giuseppe VASI qui a fait les belles vues de Rome dont il y a les copies à la mairie de Corleone.

La boucle était ainsi bouclée : le graveur Giuseppe VASI n’était autre que le frère, sans doute cadet, de Francesco VASI, mon SOSA 1534. Ils étaient issus d’une famille notable (de juristes ?) venue de Palerme avec leur grand-père Francesco pour des raisons encore inconnues.

Je vais probablement bientôt rendre compte ici de mes recherches à Corleone et alentour. Je sais déjà que les VASI venaient de Palerme et les MACALUSO de Prizzi, plus au sud dans la même province de Palerme mais bien plus proche d’Agrigento.

Ensuite, j’espère bien progresser sur place dans ma lignée patronymique à partir de la ville d’Alcamo, dont aucun registre n’est disponible en ligne.

Mais ceci est une autre histoire…

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Carte d’identité du système Tours et les bords du Cher

Je vous propose, sur le modèle de ce que j’avais fait pour le système Aluze-Charrecey en Saône-et-Loire, une analyse d’un système tourangeau que j’ai baptisé « Tours et les bords du Cher ».

Par rapport à la méthode utilisée en Bourgogne, j’ai apporté quelques ajustements, notamment graphiques, mais aussi pour tenir compte de la prééminence locale de Tours, incluse dans le système, par rapport au relatif isolement des deux villages d’Aluze et Charrecey.

L’objectif, comme la dernière fois, était de comprendre à quoi pouvait ressembler l’espace vécu par nos ancêtres pour anticiper leurs déplacements, notion que j’ai dû scinder en deux : une zone d’adhérence correspondant à des déplacements qu’on peut supposer relativement fréquents et une zone d’influence beaucoup plus large et propre au fait que Tours jouait indéniablement un rôle d’attracteur local très fort.

Titre analyse du système ToursSituation administrative du système ToursChronologie au sein du système ToursEléments généalogiques du système Tours

Analyse géographique du système Tours

Pour cette analyse, j’ai abondamment et principalement utilisé le site du Géoportail de l’Institut national de l’information géographique et forestière. Le rendu a été fait avec le logiciel de dessin vectoriel libre Inkscape.

Cette analyse fait apparaître des potentialités quant aux origines de mes ancêtres ayant vécu dans le système décrit. Les recherches menées, comme on le voit dans la partie généalogique de l’analyse (« Qui ? »), ont démontré le bien fondé d’une zone d’influence large puisque mes ancêtres étaient originaires de pas moins de 4 autres systèmes en Indre-et-Loire.

Mais ceci est une autre histoire, que j’espère vous conter bientôt…

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Qui est la mère de Catherine SALVAT ?

Blason de la famille NAS : "d'azur au lion d'argent à la bordure cousue de gueules"

D’après l’Armorial Haut-Alpin, blason de la famille NAS – Source : Blason de la ville de Vielverge, geneawiki

Mon ancêtre Catherine SALVAT (SOSA 3263) est la mère de Claire SOUCHON et nous les avons déjà rencontrées toutes deux dans mon récent article consacré à ma visite cet été aux Archives départementales de Gap. Catherine a probablement été une jeune mariée, comme nous le verrons, mais elle a surtout été une très jeune veuve puisqu’elle était enceinte de son premier enfant lorsque mon ancêtre Jean SOUCHON, son mari, est décédé en 1682.

Je n’oublie pas que j’ai promis de vous raconter ce que j’ai pu trouver dans les actes qui ont suivi ce décès prématuré et qui ont été nécessaires pour régler la succession complexe de Jean SOUCHON et l’avenir de sa fille posthume, Claire. Cependant, outre ce que je cherchais sur la famille SOUCHON, ma visite aux AD05 a aussi remis en cause des informations qui étaient depuis des années dans mon arbre concernant la mère de Catherine SALVAT, alors même que j’avais pris ces informations dans l’Armorial Haut-Alpin, dont je vous ai déjà parlé.

Comme il m’a fallu un certain nombre de preuves avant d’accepter que cet ouvrage de référence, récent et bien documenté, comportait une erreur, certes subtile, je trouve intéressant de vous relater ici ma démarche.

Ce que je savais sur la mère de Catherine SALVAT

Rien de conclusif dans les actes paroissiaux

Mes recherches dans les actes paroissiaux de Seyne n’ont apporté que des éléments indirects sur l’identité de la mère de Catherine SALVAT. En effet, son acte de baptême est introuvable aux AD04 et, dans son acte de mariage avec Jean SOUCHON, en 1677, seul son père est cité pour être « Pierre SALVAT, procureur aux juridictions de Seyne ».

Acte de mariage de Jean SOUCHON et Catherine SALVAT, page 1 - Source : AD04

Acte de mariage de Jean SOUCHON et Catherine SALVAT, page 1 – Source : AD04

Les témoins de l’acte apportent cependant un premier indice, puisque y figure un certain « sieur François NAS de ROMANE oncle maternel de la[dite] SALVAT »

Acte de mariage de Jean SOUCHON et Catherine SALVAT, page 2 - Source : AD04

Acte de mariage de Jean SOUCHON et Catherine SALVAT, page 2 – Source : AD04

Le terme « oncle » est dangereux en généalogie, comme je l’ai déjà évoqué, car il est fortement polysémique, y compris au XVIIe siècle. Il faut donc se garder d’en tirer des conclusions hâtives. Même avec la précision du côté de la parenté, ici maternelle, il reste encore de nombreuses possibilités :

  • il s’agit d’un frère germain ou consanguin de la mère (ils ont donc le même père), auquel cas on peut déduire que la mère de Catherine est une NAS de ROMANE,
  • il s’agit d’un frère utérin de la mère (ils ont la même mère mais pas le même père), auquel cas on ne peut rien déduire sur la mère de Catherine,
  • il s’agit du mari d’une soeur de la mère (cas d’un oncle par alliance), auquel cas il faut rechercher le nom de la femme de François NAS de ROMANE pour avoir une piste sur le nom de la mère de Catherine SALVAT (si encore il ne s’agit pas de soeurs utérines),

Il faut enfin, en toute rigueur, combiner ces trois cas avec la possibilité que le mot oncle soit utilisé pour grand oncle. Cependant, le fait que François NAS de ROMANE soit cité immédiatement après les deux pères et avant le beau-frère du marié donne un indice de relative proximité avec la mariée.

Dès lors, à ce stade, on ne peut rien déduire de définitif sur la famille d’appartenance de la mère de Catherine SALVAT, mais la recherche d’un lien avec une famille NAS de ROMANE est une piste intéressante.

Le renfort d’une source bibliographique

C’est à peu près à cette époque, il me semble, que j’ai acquis un exemplaire de l’Armorial Haut-Alpin de Jean GROSDIDIER de MATONS. Je me suis alors empressé de voir ce qu’il pourrait m’apprendre sur cette union et, ô miracle, une information importante allait m’être apportée par l’article NAS, NAS de ROMANE, NAS de PLAN LARDIER (pp. 491-495).

Dans la lignée principale retenue par l’auteur, au degré III, on apprend ainsi que Grégoire NAS et Marguerite de PERISSOL ont eu, entre autres, une fille, citée de la façon suivante : « Claire, x 1.2.1661 (1 E 2719) Pierre Salva » qu’il faut comprendre comme : « Claire, mariée le 1er février 1661 par contrat reçu par Me C. de MOTTE, notaire à Tallard de 1638 à 1668 (1 E 2719 est la cote du registre aux AD05), avec Pierre SALVA ».

Cette mention est très intéressante pour notre recherche, tout en n’apportant pas une réponse totalement satisfaisante. En effet, certaines éléments corroborent la piste née de l’information indirecte issue de l’acte de mariage :

  • le nom du conjoint, Pierre SALVA(T), car il ne faut en aucun cas s’arrêter à la différence de graphie, surtout pour une lettre finale qui pouvait être muette,
  • le prénom, Claire, car c’est aussi celui de la fille de Catherine SALVAT, Claire SOUCHON, dont elle serait la grand-mère maternelle. Notons que c’est en fait un prénom peu usuel dans la région à cette époque, mais récurrent dans cette lignée cognatique de mon arbre, porté par Claire ROUGON (SOSA 815), fille de Claire SOUCHON, puis à nouveau Claire VIGNE (SOSA 203), petite-fille de Claire ROUGON.

A partir de ces éléments, j’ai choisi à l’époque de me fier à la généalogie proposée par l’Armorial qui fait remonter les SALVAT aux PERISSOL, GAUTHIER et BERNARD par les NAS, tout en explicitant toutes les hypothèses que ce choix supposait sur mon arbre geneanet.org. Quelques éléments cependant, me posaient question :

  • la date du mariage, d’abord, en 1661, car elle suppose que Catherine SALVAT était très jeune lorsqu’elle s’est elle-même mariée en 1677. Dans l’hypothèse maximale, elle serait née fin 1661 et aurait donc eu 15 ou 16 ans à son mariage, pas impossible mais rare. Cela m’amenait, non pas à remettre en cause le positionnement de Claire NAS dans l’Armorial ni son mariage, mais plutôt le fait que Catherine soit bien une fille de Pierre SALVAT de ce lit et non d’un premier mariage, pourquoi pas avec une autre fille NAS, expliquant le lien de parenté avec François NAS de ROMANE,
  • principale difficulté, le fait qu’ainsi positionnée généalogiquement, Claire NAS n’appartenait pas à la branche des NAS (de) ROMANE, mais à la branche que Jean GROSDIDIER de MATONS qualifie de principale et dont les NAS ROMANE sont issus : le fondateur de cette branche est Jean NAS, frère de Grégoire NAS, le père supposé de Claire NAS. Ainsi, il faut supposer que le mot oncle utilisé par le prêtre pour définir la relation de François NAS de ROMANE avec Catherine SALVAT a été utilisé à la place d’oncle à la mode de Bretagne, expression à ma connaissance non utilisée dans cette région à cette époque. En effet, François NAS de ROMANE serait le cousin germain de Claire NAS et donc le cousin de la mère de Catherine SALVAT. Cette erreur, ou cette imprécision, semble un peu étrange, notamment, comme on l’a dit, à cause du lien privilégié que l’ordre dans les parentés laissait supposer.

Il fallait donc davantage d’éléments pour répondre aux deux questions suivantes :

  • Peut-on confirmer que la mère de Catherine SALVAT est bien Claire NAS, mariée en 1661 avec Pierre SALVAT d’après l’Armorial haut-alpin ?
  • Quel est le lien de parenté réel entre Catherine SALVAT et François NAS de ROMANE ?

Ce que j’ai découvert aux Archives départementales des Hautes-Alpes

Un acte de remariage plus filiatif que celui du premier mariage

Parmi toutes les pièces liées au règlement de la succession de Jean SOUCHON, le compte-rendu d’une assemblée du conseil de famille en 1685 cite Catherine SALVAT comme remariée à Claude GARCIN, docteur en médecine.

A partir de cette information, j’ai pu rechercher l’acte de ce second mariage, qui se trouve comporter un double mariage puisqu’une soeur de Catherine, Thérèse SALVAT, se marie avec un frère de Claude GARCIN, Balthazar GARCIN. C’est sans doute ce qui a permis que cet acte soit filiatif, ce qui était rare à cette période pour un remariage.

Acte de mariage de Balthazar GARCIN avec Thérèse SALVAT et de Claude GARCIN avec Catherine SALVAT à Seyne en 1683 - Source : AD04

Acte de mariage de Balthazar GARCIN avec Thérèse SALVAT et de Claude GARCIN avec Catherine SALVAT à Seyne en 1683 – Source : AD04

Cette fois, l’information est sans ambiguïté, Catherine SALVAT est bien la fille de Claire NAS. On observe même que le prêtre s’est d’abord trompé de patronyme pour Claire et a raturé un mot qui ressemble fort à « ROMANE », maigre indice cependant pour contester le positionnement généalogique de Claire NAS dans l’Armorial.

Pour l’anecdote, sur la même page du registre de Seyne se trouve l’acte de baptême de Jean-Baptiste SALVAT, qui n’est autre que le frère de Catherine et Thérèse, né des mêmes parents et donc plus jeune que sa propre nièce, Claire SOUCHON, née au mois de mars de la même année. Cela tient au fait que Catherine SALVAT était très jeune lors de son premier mariage et que son veuvage prématuré l’amène à refaire sa vie, alors qu’elle n’a pas plus de 22 ans.

Un dernier élément décisif

Sans entrer ici dans les détails du règlement de la succession de Jean SOUCHON, l’essentiel des difficultés semble être venu du fait qu’il est décédé avant son père, Jacques SOUCHON, et que diverses conventions (legs, contrat de mariage) n’étaient pas encore réglées entre eux au moment de ce décès, notamment la succession de la mère de Jean, femme de Jacques, Françoise ROBERT. Une part importante des actes a donc consisté à inventorier les patrimoines de Jacques et Jean pour démêler ce qui devait rester à Jacques et ce qui devait échoir dans la succession de Jean.

Un acte, passé en 1683, est particulièrement intéressant à cet égard, comme je l’ai indiqué dans l’article précité car il reprend les principales dispositions du contrat de mariage de Jean SOUCHON et Catherine SALVAT, conclu en 1677. Un passage, bien que bref, est particulièrement intéressant. Je cite (et je transcrits) :

[…] ladite Catherine SALVAT se constitua cinquante livres à elle léguées par Maître Jean NAS, notaire de La Saulce son aïeul maternel que Sieur François NAS paya lors dudit mariage […]

C’est l’élément qui manquait au puzzle pour confirmer que l’Armorial se trompait dans la filiation de Claire NAS, mariée à Pierre SALVA(T). En effet, maintenant sans aucune ambiguïté possible, au même article consacré à la famille NAS, mais dans le paragraphe consacré aux NAS ROMANE, degré III, l’Armorial mentionne

« III. Jean François al. Jean Nas Romane, notaire, x 8.8.1632 […] Marie de Comboursier, fa de Jean, sgr de La Grange et de Madeleine de Poncet. Dont Madeleine […], Georges […], peut-être Suzanne […], François« 

Quand on sait que la famille NAS est située à La Saulce, on comprend :

  • que l’aïeul de Catherine SALVAT, « Jean NAS, notaire de La Saulce« , n’est autre que ce « Jean-François alias Jean Nas Romane, notaire » ci-dessus,
  • que François NAS de ROMANE, témoin au premier mariage de Catherine SALVAT, est sans doute aussi celui qui paya la constitution de cette dernière, et qui est cité dans l’Armorial comme fils (et continuateur des NAS ROMANE) de Jean François, alias Jean, notaire de La Saulce.

Cela répond enfin à notre dernière question, François NAS de ROMANE est donc tout simplement le frère de Claire NAS, mère de Catherine SALVAT et donc l’oncle, au sens propre, de cette dernière.

Il faut donc en déduire que l’Armorial Haut-Alpin s’est trompé sur la filiation de Claire NAS, pour une raison inconnue à ce jour, mais qu’il faut peut-être chercher dans le testament de Grégoire NAS, alors que celui de Jean François alias Jean NAS ROMANE, qui aurait pu lever l’ambiguïté, n’a pas été accessible aux auteurs.

Ce que nous savons aujourd’hui sur Claire NAS, mère de Catherine SALVAT

Indépendamment de toutes ces déductions, j’ai fini par trouver sur le site des Archives départementales des Alpes-de-Haut-Provence l’acte de décès de Claire NAS à Seyne en 1724. Veuve de Pierre SALVAT, elle est dite âgée d’environ 80 ans, ce qui est compatible avec la date du mariage de ses parents que l’Armorial situe, avec sources, en 1632. Et dans cet acte, elle est explicitement nommée « d[emoise]lle Claire NAS de ROMANE« .

Acte de sépulture de Claire NAS de ROMANE, en 1724 à Seyne - Source : AD04

Acte de sépulture de Claire NAS de ROMANE, en 1724 à Seyne – Source : AD04

Claire NAS est donc la fille de Jean NAS ROMANE, notaire, et donc également celle de Marie de COMBOURSIER, des seigneurs de La Grange. Par cette famille chevaleresque étudiée dans l’Armorial, elle descend notamment des PONCET, et par eux des FLOTTE, des GRAS, bref, de familles anciennes et très nobles des Alpes, du Dauphiné et de Provence.

Mais ceci est une autre histoire…

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Hautes-Alpes : les registres notariaux à la rescousse !

Comme sans doute un certain nombre d’entre vous, j’ai mis à profit les vacances d’été pour poursuivre plus activement mes recherches généalogiques. L’avantage, c’est qu’outre le temps libre, on peut être amené à se déplacer dans des régions où ont vécu nos ancêtres.

Pour moi, cette année du moins, je ne l’avais pas provoqué puisque c’est en famille que nous avons décidé de nous rendre dans les Hautes-Alpes, non loin de Gap. Et qui dit préfecture, dit archives départementales… j’ai donc distrait deux matinées pour aller faire quelques recherches aux AD05, petites mais très conviviales.

Le point de départ

Le choix de la branche à étudier

Peu de mes ancêtres sont originaires de cette partie des Alpes, coincée entre Haute-Provence et Dauphiné. A ce jour, deux « incursions » généalogiques dans ce département sont connues :

  • Marguerite MARCEL, mariée à Saint-Sauveur d’Aix-en-Provence en 1641, était originaire de « Loze, dio Gap » (sans doute pour Oze, tout près de Veyne),
  • Jean SOUCHON, marié en 1677 à Montclar, dans les Alpes-de-Haute-Provence, avec Catherine SALVAT, était originaire de Remollon, peu éloigné mais situé aujourd’hui dans le département voisin des Hautes-Alpes, de l’autre côté de la Durance.

C’est à ce second ancêtre que j’ai choisi de m’intéresser lors de ce passage aux archives, car j’étais bloqué par les registres paroissiaux disponibles sur le site des Archives départementales des Hautes-Alpes, qui ne sont conservés que depuis 1688 pour la paroisse de Remollon, mais aussi parce que le milieu social dans lequel évoluaient les familles SOUCHON et SALVAT laissait penser qu’elles avaient pu laisser des traces dans les actes notariaux, ce qui s’est vérifié.

Situation de Remollon, Hautes-Alpes / Fond : Carte de Cassini - Géoportal

Situation de Remollon, Hautes-Alpes / Fond : Carte de Cassini – Géoportal

Ce que je savais en arrivant, à partir des actes

Sur cette famille SOUCHON, originaire de Remollon, j’avais fort peu d’informations :

  • Jean SOUCHON (SOSA 3262), fils de Jacques, dit « bourgeois de Remollon », s’était donc marié en 1677 avec Catherine SALVAT, fille de Pierre, procureur à Seyne, ville importante de Haute-Provence. Etait notamment présent à ce mariage François NAS de ROMANE, « oncle maternel » de la mariée ;
Acte de mariage de Jean SOUCHON et Catherine SALVAT, page 1 - Source : AD04

Acte de mariage de Jean SOUCHON et Catherine SALVAT, page 1 – Source : AD04

Acte de mariage de Jean SOUCHON et Catherine SALVAT, page 2 - Source : AD04

Acte de mariage de Jean SOUCHON et Catherine SALVAT, page 2 – Source : AD04

  • Mon ancêtre, Claire SOUCHON (SOSA 1631), seule enfant connue du couple, avait été baptisée à Seyne en 1683, date à laquelle son père était déjà décédé. Ses parrain et marraine, un avocat de Paris et une noble dame de la région, soulignaient à nouveau la situation sociale de sa famille ;
Acte de baptême de Claire SOUCHON, fille posthume de feu Jean et de Catherine SALVAT - Source : AD04

Acte de baptême de Claire SOUCHON, fille posthume de feu Jean et de Catherine SALVAT – Source : AD04

  • Enfin, Claire SOUCHON s’était mariée en 1707 à Seyne avec Pierre ROUGON, marchand issu lui aussi de la bourgeoisie de Seyne. Dans cet acte, Jean SOUCHON, mentionné comme décédé, est dit « marchand de Remolon » (sic). Cet acte n’en apprend pas davantage sur la famille SOUCHON.

La période qui m’intéressait était donc celle située autour du mariage puis du décès prématuré de Jean SOUCHON, et de la naissance de sa fille Claire, soit en gros 1675-1700.

L’Armorial haut-alpin de Jean GROSDIDIER de MATONS

Une source précieuse pour les Hautes-Alpes et alentour

En parcourant sur geneanet.org les arbres s’étant intéressés à mes ancêtres notables de Seyne et des environs, j’ai découvert il y a quelques temps une source documentaire, l’Armorial haut-alpin de Jean GROSDIDIER de MATONS, dont je vous propose de lire l’avant-propos sur la boutique en ligne de Mémoire et documents. J’en ai acquis un exemplaire et il est exact que c’est un travail de grande qualité : abondamment référencé et vraisemblablement fiable dès lors qu’il s’astreint à mettre en avant ses propres limites ainsi que celles de ses sources.

Seul défaut, ce volumineux ouvrage (650 pages) ne comporte pas de table des matières et, surtout, pas de répertoire des noms étudiés, ce qui oblige parfois à quelques tâtonnements.

Un article de l’Armorial, intitulé « SOUCHON, SOUCHON des PRAUX », est consacré, selon le chapeau à

« Une famille bourgeoise originaire de Chorges, où elle est connue dès 1295. Elle a formé diverses branches, dont l’une de notaires à Gap et l’autre de notaires à Remollon. On trouve également des Souchon à Embrun au XVIème siècle. Le tronc principal, agrégé à la noblesse, porte par courtoisie le titre de Barons des Praux au XVIIIème siècle, à la suite de l’acquisition de la seigneurie du même nom. Barons d’Avançon en 1727. Les branches cadettes ne semblent pas avoir aspiré à la noblesse. (…) »

Pas de rattachement direct de mes ancêtres SOUCHON

Parmi l’ensemble des branches de la famille SOUCHON présentées, aucun rattachement évident n’est apparu à partir des éléments connus alors :

  • Les prénoms Jacques et Jean sont présents dans plusieurs branches, et notamment parmi celles des « seigneurs de Bellevue » (branches notées B-a et B-b, page 636) sur les périodes considérées, soit à la fin du XVIIe siècle, mais aucun Jean fils de Jacques qui puisse être identifié de manière convaincante ;
  • Parmi les individus notés comme isolés en fin d’article, on note cependant plusieurs habitants de Remollon, notamment un Nicolas et, au XVIIIe siècle, un « N. [SOUCHON] x Catherine SALVAT qui x2 Claude GARCIN, docteur en médecine et t. 9.2.1734 » : il s’agit sans aucun doute de notre ancêtre Jean, bien que cette citation ne permette pas d’en apprendre davantage.

L’apport des actes notariés

Ce qu’il faut savoir avant de commencer

Pour réussir une enquête généalogique à partir d’actes notariés à une période où les registres paroissiaux ont été perdus, il faut tout d’abord un peu de chance :

  • des ancêtres présents dans les actes notariés, ce qui était assez fréquent à la campagne où beaucoup de choses se passaient devant notaire : les promesses et contrats de mariage, les testaments, partages et inventaires après décès, les ventes, les arrentements (mise en location), etc. De manière générale, les informations généalogiques qu’on peut glaner sur les individus sont évidemment meilleures s’ils sont eux-mêmes parties aux actes que s’ils sont seulement cités comme témoins, parents ou voisins des parties ;
  • une activité notariale raisonnable, entendez par là relativement modeste, avec en particulier un nombre limité d’études. A ce titre, les grandes villes sont de mauvais terreaux de recherche avec parfois plus d’une dizaine d’études dont le parcours systématique des minutes risque de faire perdre beaucoup de temps. Un point cependant : une fois un acte trouvé, il est probable que l’ancêtre ou sa famille ait passé d’autre actes dans la même étude. En revanche, la famille de sa femme ou de son gendre peut avoir un autre notaire ;
  • une mobilité limitée, car tout comme les registres paroissiaux, les minutes de notaires sont rattachées à un lieu (la résidence du notaire), avec parfois cependant un notaire agissant sur plusieurs communes voisines, en particulier dans les zones peu peuplées. Cela permet parfois de suivre un ancêtre qui, tout en changeant de paroisse au cours de sa vie, garde le même notaire.

En outre, les informations contenues dans les actes notariées ne sont pas de même nature, forcément, que celles contenues dans les sources paroissiales ou d’état-civil. On peut cependant espérer y trouver, dans une logique purement généalogique :

  • les filiations et les liens de parenté, attention cependant aux remariages : deux enfants d’un même père n’ont pas forcément la même mère et les indications « frère » et « soeur » ne sont pas systématiquement complétées des épithètes utérin (de la même mère mais pas du même père), consanguin (du même père mais pas de la même mère) et germain (dont le père et la mère sont les mêmes), qui permettraient de lever les ambiguïtés possibles ;
  • les professions et les situations sociales, car en général les notaires sont très attachés, reflet de la société, aux professions, titres et charges qui témoignent de la situation sociale des parties. Attention cependant (comme dans les registres paroissiaux) aux titres utilisés abusivement ou sans preuves ;
  • les événements de la vie qui entraînent des mutations de propriété, même s’ils sont rarement décrits du point de vue de la précision d’une date : on déduira plus souvent une plage ou des dates butoirs qui permettent de situer un décès, un mariage ou une naissance ;
  • les éléments patrimoniaux, car c’est bien l’objet de tous ces actes notariés pour nos ancêtres : servir de preuve pour déterminer l’origine des biens et des fonds. Ceux d’entre vous qui se sont déjà penchés sur ces actes, notamment en cas de partages, de testaments et de contrats de mariage, ont sans doute été frappés comme moi de l’attention portée aux valeurs des biens, au calcul des intérêts, à l’inscription des termes de traites, le tout en général en toutes lettres (avec par contraste pour le lecteur actuel tout l’apport que constitue l’écriture numérique qui nous est familière).

Enfin, je citerai une limite forte des actes notariés : contrairement aux registres paroissiaux, ils laissent une place bien plus grande aux hommes qu’aux femmes car celles-ci étaient dans la plupart des cas considérées comme des mineures légales et ne pouvaient conclure d’acte sans autorisation de leur mari, père ou tuteur légal.

La situation de Remollon entre 1675 et 1700

Forte de ses 400 habitants à la Révolution, Remollon était une paroisse modeste de la vallée de la Durance, en amont de Tallard. Elle comptait cependant deux notaires à la période qui nous intéresse : Me Jean TANC (dit Jean TANC II pour le distinguer de son prédécesseur et homonyme, sans doute son père, ayant exercé de 1618 à 1662) qui a exercé de 1668 à 1697 et Me François COLOMB de 1682 à 1729.

Si les minutes ne sont pas disponibles sur le site des AD05, en revanche le sont les instruments de recherche de la sous-série 1 E (notaires), avec les paroisses de résidence, noms des notaires et les cotes des registres avec leurs dates extrêmes. Cela m’a permis, avant même de me rendre sur place, de cibler les cotes susceptibles de m’intéresser.

La « chance » d’un décès prématuré laissant un enfant posthume

Comme je viens de l’indiquer, il faut comme toujours de la chance pour rechercher dans des archives foisonnantes, dont l’objet n’est pas de laisser une trace par nature utile aux généalogistes – contrairement à l’état-civil et aux registres paroissiaux.

Dans ce cas, le fait que Claire SOUCHON ait été la fille posthume – et unique – de Jean SOUCHON m’a permis de récupérer beaucoup d’informations d’un coup :

  • Jean SOUCHON s’est marié – pour la première et seule fois – en 1677. Il est décédé avant la naissance de sa fille en 1683, les actes qui le concernent couvrent donc une période courte au cours de laquelle de nombreuses informations sur lui-même et sa famille sont disponibles ;
  • Décédé prématurément, il laisse une veuve, un enfant à naître posthume et des parents survivants ce qui, en matière de succession, bouscule un peu l’ordre des choses : les clauses de son contrat de mariage ne sont pas encore toutes exécutées, il n’a pas lui-même fait de testament. Ainsi, il laisse à son enfant et héritier des droits qu’elle ne pourra faire valoir avant longtemps, les obligations de sa belle-famille et de sa famille envers sa veuve peuvent être remises en cause et ses propres parents, qui lui ont fait des dons ou des promesses à l’occasion de son mariage ou de leur propre testament, doivent revoir leur copie. Tout cela entraîne un grand nombre d’actes de procédures qui sont exploitables pour le généalogiste.

Ce que j’ai appris

La transcription inattendue d’un contrat de mariage qui en dit long

J’ai décidé de renvoyer à un article spécifique à venir la description de tout ce que j’ai découvert qui a trait au règlement, complexe, de la succession de Jean SOUCHON et à la tutelle de sa fille, mon ancêtre Claire SOUCHON.

Cependant, parmi tous les actes relatifs à cette succession, une pièce était d’un intérêt généalogique direct : il s’agissait d’une convention passée devant Me Jean TANC (II) le 1er juin 1683 entre Jacques SOUCHON, le père de Jean, et Pierre SALVAT, tuteur de Claire. Cette convention commence par le rappel des termes du contrat de mariage entre Jean SOUCHON et Catherine SALVAT passé le 26 septembre 1677. De ce seul acte, très riche car il reprend les termes du contrat de mariage et donne en outre des circonstances intervenues entre temps, il ressort que :

  •  Jean SOUCHON était le fils de Jacques SOUCHON et de Françoise ROBERT, décédée « quelques jours » avant son fils le 24 juillet (1682). Elle lui avait donné la moitié de tous ses biens ;
  • Françoise ROBERT (SOSA 6524) était elle-même la fille de Claudonne SALAZARD, dite « aïeule maternelle » de l’époux. Elle lui avait donné, à l’occasion de son mariage, tous ses biens ;
  • Sans surprise, Catherine SALVAT était la fille de Pierre SALVAT, procureur aux juridictions de Seyne ;
  • Plus intéressant, Maître Durant SALVAT a donné à « sa petite fille » une somme de 300 livres, ce qui permet de connaître le nom du père de Pierre SALVAT ;
  • Enfin, sans doute une des informations les plus intéressantes de l’acte, Catherine SALVAT a ajouté à sa propre constitution dotale une somme de 50 livres qui lui avaient été léguées par « son aïeul maternel », Maître Jean NAS, « notaire de La Saulce ».

La filiation de Catherine SALVAT avec Jean NAS, notaire de La Saulce, est à rapprocher du fait que François NAS de ROMANE est présenté comme l’oncle de la même Catherine SALVAT dans plusieurs actes (voir plus haut). Cette information a fait un écho heureux avec l’article « NAS » de l’Armorial haut-alpin et a battu en brèche une hypothèse antérieure que j’avais faite pour situer la mère de Catherine SALVAT dans la famille NAS. J’aurai sans doute l’occasion de l’expliquer dans un autre billet (édit du 16/11/2014 : il s’agit de cet article).

En conclusion, cet acte, trouvé à l’occasion d’une consultation systématique des minutes de Me Jean TANC II (1680-1685, cote 1 E3619), permet de compléter significativement l’arbre de Claire SOUCHON, alors même que le contrat de mariage de ses parents nous était jusqu’alors inconnu et que nous ne savons toujours pas devant quel notaire il a été passé. On y gagne le nom d’une grand-mère, Françoise ROBERT, épouse SOUCHON, et de trois arrières-grands-parents : Claudonne SALAZARD, épouse ROBERT, Durant SALVAT et Jean NAS.

Une recherche systématique dans les contrats de mariages

Avec ces éléments, bien plus substantiels que ce que m’avaient appris les seuls actes paroissiaux des Alpes-de-Haute-Provence, j’étais en mesure de conduire un parcours plus systématique des actes notariés passés auprès des notaires de Remollon, et notamment Maîtres Jean TANC (I et II).

J’ai été beaucoup aidé en cela par un instrument de recherche disponible aux AD05 : un relevé des contrats de mariage et testaments par paroisse coté 4° PIECE 2718. J’y ai notamment relevé :

  • Le contrat de mariage de Jacques ROUBERT (sic) et Claudonne SALLAZARD le 6 novembre 1626 ;
  • Le testament de Claudonne SALLAZARD le 20 janvier 1627 et celui de Jacques ROUBERT le 16 avril 1636.

J’ai copié certains de ces actes, mais j’ai manqué d’à propos lorsque, lisant le contrat de mariage de Jacques ROUBERT et Claudonne SALLAZARD, j’ai découvert qu’il s’agissait du second mariage de cette dernière. Son veuvage d’un premier mariage faisait écran, du point de vue du droit et des successions, à son hérédité. J’aurais donc dû rechercher son premier contrat de mariage, avec Claude ALLARD, que je me rappelle pour ma honte avoir aperçu dans la liste de ceux reçus par ce même notaire de Remollon.

Dans tout cela, rien de vraiment nouveau, si ce n’est le prénom du père de Françoise ROBERT/ROUBERT, Jacques.

Etat des connaissances de l'arbre de Claire SOUCHON (SOSA 1631) d'après les actes consultés aux AD05

Etat des connaissances de l’arbre de Claire SOUCHON (SOSA 1631) d’après les actes consultés aux AD05

C’est ensuite que ça se corse, car s’y trouvaient aussi :

  • Le contrat de mariage de Jacques SOCHON, fils de Jacques (baille), et Françoise ROUBERT, fille de Jacques et de Claudonne SALLAZARD le 2 décembre 1637 ;
  • Le même jour, le contrat de mariage de Jacques SOCHON (baille, veuf), avec Claudonne SALLAZARD (veuve de Jacques ROUBERT) ;
  • Toujours le même jour, le contrat de mariage de Nicolas SOCHON et Marie ROUBERT, les deux promis ayant les mêmes parents que Jacques « le jeune ». Une mention marginale indiquait que ce contrat n’avait pas eu d’effets, ce que j’ai pu vérifier.

J’avoue qu’il m’a fallu reprendre mes esprits quelques instants pour comprendre comment autant de noms déjà connus pouvaient être mêlés dans un seul acte – car il s’agit bien d’un seul et même contrat liant six personnes, les parents agissant pour les enfants mineurs.

En réalité, c’était une opération relativement courante, que les parents veufs se remarient entre eux au moment du mariage de leurs enfants, ici un double mariage qui devient triple. Cela devait notamment, je pense, simplifier les successions en évitant que le veuf ou la veuve n’apporte à son nouvel époux des droits sur la succession de l’ancien qui pourraient créer des litiges avec les enfants du premier lit.

En l’occurrence, ironie du sort, tout le monde semble avoir misé sur le mauvais cheval (on se rappelle que Claudonne SALLAZARD avait fait de son petit-fils Jean – qui était donc aussi le petit-fils de son deuxième mari – son héritier universel) et ces remariages ont participé de l’embrouillamini que le conseil de famille et le tuteur de Claire SOUCHON ont dû démêler après la mort prématurée de Jean SOUCHON.

Mais ceci est une autre histoire…

 

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Avancée en Bourgogne

Ce bref billet a pour objet de vous dire que j’ai résolu l’une des deux origines inconnues parmi mes ancêtres bourguignons qui habitaient le système Aluze-Charrecey en Saône-et-Loire.

En effet, même si je ne vous ai pas encore décrit les familles qui étaient présentes dans cette petite partie de la côte chalonnaise, je vous ai fait comprendre que j’étais frustré de ne pas réussir à remonter beaucoup parmi les ancêtres de Geneviève NIAUD (SOSA 199), la souche de mes aïeux nés dans le système.

En réalité, j’avais deux impasses :

  • le lieu d’origine de sa grand-mère paternelle, Françoise JEANNIARD (SOSA 797), dont les recherches m’ont montré que son nom n’était pas local,
  • le lieu d’origine de son arrière-grand-mère parternelle, Jeanne BRESSON ou BRUSSON (SOSA 1593), dont le patronyme est au contraire présent tout autour d’Aluze et de Charrecey.

C’est un peu pour circonscrire mes recherches concernant ces deux ancêtres que j’avais essayé de comprendre et de décrire l’espace vécu par mes ancêtres bourguignons, en pensant les trouver toutes deux dans ce périmètre.

Eh bien, pour Françoise, il n’en est rien, même si a posteriori je me dis que toute la méthode présentée dans mon article précédent a du sens, car je ne suis pas passé loin.

Un déplacement local un peu plus ample que prévu

Vous vous souvenez sans doute que, pour décrire l’espace vécu je me suis appuyé :

  1. Sur les paroisses situées à moins de 10 km à vol d’oiseau,
  2. Sur les villes qui ont pu jouer un rôle d’attracteurs, situées à moins de 20 km à vol d’oiseau,
  3. J’ai modulé la réunion de ces deux espaces par l’influence du relief, des limites politiques, des voies de circulation, etc.

Et j’ai ainsi obtenu l’espace vécu suivant, pour le cas qui nous intéresse.

L'espace vécu autour du système Aluze-CharreceyJ’avais notamment pensé, sur un critère de géographie physique mais aussi politique et administratif qu’il fallait étendre cet espace plus loin vers le nord que dans les autres directions, puisqu’il s’agissait de suivre la plaine de la Saône, parcourue par une voie qui conduisait à la capitale locale, Dijon. Je n’avais cependant pas osé pousser jusqu’à Beaune, à 24 km à vol d’oiseau, et je m’étais arrêté dans cette direction à Meursault.

Eh bien, par une recherche sur Généabank, auquel j’ai accès en tant que membre de l’Association généalogique des Bouches-du-Rhône (AG 13), j’ai fini par trouver le mariage de Françoise JEANNIARD avec Philibert NIAUD (mal orthographié NIANT, ce qui explique que je ne l’aie pas trouvé plus tôt) à … Bouilland, riante commune du canton de Beaune-Nord, dans l’arrondissement de Beaune, en Côte-d’Or, soit à 33 km à vol d’oiseau du système !

33 km séparent Bouilland (21) d'Aluze et Charrecey (71)

33 km séparent Bouilland (21) d’Aluze et Charrecey (71)

Les JEANNIARD y étaient, pour ce que j’en sais à ce stade, laboureurs.

Françoise y était née en 1721 et son mariage avec Philibert NIAUD en 1751. Il est bien indiqué dans cet acte de mariage qu’il est fils de Claude NIAUT, vigneron à Charcey (pour Charrecey), diocèse de Chalon-sur-Saône.

Faut-il redimensionner mon espace vécu ?

Le trajet parcouru par Françoise JEANNIARD est important : elle a quitté les alentours de Beaune pour rejoindre le chalonnais, presque 40 km plus au sud. Cependant, elle n’a pas quitté ce qui était déjà la Bourgogne ni cette côte qui surplombe la plaine de Saône.  A ce titre, son déplacement se trouve à la frange entre une migration et une mobilité locale.

Je manque pour l’instant de tout élément pour comprendre ce déplacement, mais il faut dire que je ne connais pas encore bien les JEANNIARD de Bouilland. Cependant, la question se pose : est-ce que les limites que j’ai prises pour définir l’espace vécu par mes ancêtres sont les bonnes ? En particulier, se limiter à 20 km à vol d’oiseau pour les villes, est-ce suffisant ? Ne faudrait-il pas tenir compte également des routes qui conduisent aux principales villes et qui, par tache d’huile, en prolongent l’attractivité au-delà de cette distance ?

Autant de questions qui n’ont sans doute pas de réponse définitive, mais qui mériteront, la prochainement fois que je ferai la carte d’identité d’un système, que je considère les distances avec un peu plus de souplesse.

Si la piste de Françoise JEANNIARD a été retrouvée, ce qui va me permettre d’explorer et de vous présenter ses propres ancêtres autour de Bouilland, ce n’est pas le cas de Jeanne BRESSON ou BRUSSON, sa belle-mère, pour laquelle je continue mes recherches autour d’Aluze et Charrecey.

Mais ceci est une autre histoire…

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