Mes ancêtres bourguignons (Partie 1)

La surprise bourguignone

Des origines dans le centre-est connues depuis longtemps mais inexplorées

J’ai découvert mes ancêtres bourguignons, alors que mes origines sont principalement méridionales, au détour d’une remontée dans le temps que j’avais commencée il y a longtemps, à l’époque où je ne pouvais chercher qu’aux archives départementales des Bouches-du-Rhône.

En effet, j’ai pu à cette époque remonter étape par étape les générations de mes ancêtres maternels, tous marseillais dans les générations récentes (j’ai déjà eu l’occasion de présenter ici la lignée agnatique de ma mère), jusqu’à cette découverte géographiquement surprenante : le premier des MARC (lignée L-2) arrivés à Marseille, Pierre Etienne (SOSA 48), lui-même né dans le Tarn, avait épousé Geneviève CHABEAUD (SOSA 49), née dans la Loire, à Firminy (chef-lieu de canton) :

Acte de mariage de Pierre Etienne MARC (SOSA 48) et Geneviève Eugénie CHABAUD (SOSA 49) à Marseille (Bouches-du-Rhône)

Acte de mariage de Pierre Etienne MARC (SOSA 48) et Geneviève CHABAUD (SOSA 49) à Marseille (Bouches-du-Rhône)

Et les surprises ne s’arrêtaient pas à ce premier grand-écart géographique, puisque les actes de décès des parents de Geneviève, à Marseille, nous apprenaient que son père, Louis CHABAUD (SOSA 98), était né à « Limousse (Aude) » et sa mère, Eugénie ROSSIGNEUX (SOSA 99), à « Chassey (Côte-d’or) » (voir ci-dessous). Longtemps, mes recherches se sont arrêtées à ces indications indirectes, qui laissaient voir que la fille d’une Bourguignonne et d’un Roussillonnais, née dans la Loire, avait épousé à Marseille un enfant du Tarn.

Acte de décès de Louis CHABAUD (SOSA 98) à Marseille  (Bouches-du-Rhône)

Acte de décès de Louis CHABAUD (SOSA 98) à Marseille (Bouches-du-Rhône)

Acte de décès d'Eugénie ROSSIGNEUX (SOSA 99) à Marseille (Bouches-du-Rhône)

Acte de décès d’Eugénie ROSSIGNEUX (SOSA 99) à Marseille (Bouches-du-Rhône)

Les archives départementales de l’Aude n’étaient alors pas consultables en ligne, j’en suis donc toujours au même point en ce qui concerne les CHABEAUD.

En revanche, avec la mise en ligne des archives départementales de la Côte-d’Or, j’ai cru avancer en ce qui concerne Eugénie ROSSIGNEUX. Cependant, à Chassey, dans le canton de Semur-en-Auxois, point de ROSSIGNEUX. Guidé par la présence de ce patronyme dans l’est du département, je m’étais alors orienté vers un autre Chassey, un hameau de Mutigney, canton de Montmirey-le-Château, dans le Jura. Ce lieu-dit, limitrophe de la Côte-d’Or et de la Haute-Saône, avait pu faire l’objet d’une erreur de localisation par l’officier d’état-civil ou, plus vraisemblablement, par les témoins.

Cependant, l’absence d’archives en ligne pour le Jura (elles sont toujours minimalistes en ce qui concerne l’état-civil) m’avait obligé à remettre mentalement cette exploration à plus tard.

Où une méprise remplace l’autre

C’est la mise en ligne des archives départementales de la Loire qui m’a finalement permis d’avancer, en retrouvant l’acte de mariage de mes SOSA 98 et 99, (Jean-)Louis CHABAUD/CHABOT (ou CHABEAUD) et Eugénie ROSSIGN(I)EUX.

Mar CHABAUD ROSSIGNEUX Firminy 1839 p 53 1:2

Première page de l’acte de mariage de Jean-Louis CHABOT (SOSA 98) et Eugénie ROSSIGNIEUX (SOSA 99) à Firminy (Loire)

La première page de cet acte fait apparaître clairement la méprise lors de l’enregistrement du décès : Eugénie ROSSIGNEUX était née à Charrecey, dans le canton de Givry, en Saône-et-Loire et non à Chassey : ni en Côte-d’Or, ni dans le Jura, donc. A la décharge des témoins, l’orthographe « Charrecey » est récente et remplace « Charcey », plus proche de « Chassey », et il y a moins de 10 km entre Charrecey et la limite entre la Saône-et-Loire et la Côte-d’Or (pour l’anecdote, le village de Chassey-le-Camp, dans le canton de Chagny en Saône-et-Loire mais limitrophe de la Côte-d’Or, se situe tout près de Charrecey).

Si on récapitule : Eugénie ROSSIGNEUX, née à Charrecey en Saône-et-Loire et mariée à Firminy dans la Loire, est décédée à Marseille dans les Bouches-du-Rhône, une belle trajectoire de vie. Encore plus belle était celle de son mari, Louis CHABEAUD, né à Limoux, dans l’Aude (non vérifié par les actes à ce jour cependant), marié à Firminy et mort à Marseille.

Je vais donc m’intéresser ici aux ascendants d’Eugénie ROSSIGNEUX autour de Charrecey, et en réalité surtout à sa branche maternelle puisque son père, Denis ROSSIGNEUX, était originaire du Jura, ce qui recoupe le fait que j’avais localisé ce patronyme plutôt à l’est de la Côte-d’Or dans mes premières recherches.

Système géographique : une analyse simplifiée

J’ai choisi de ne pas reprendre ici toute la méthode d’analyse que j’avais développée pour le système géographique de la Montagne de Lure, parce que le système est beaucoup pour plus limité et que son analyse complète paraîtrait sans doute artificielle. Je me contenterai donc de considérations topologiques et géographiques liées à l’histoire et à ma généalogie.

Charrecey et Aluze, dans le vignoble bourguignon

Les deux paroisses où ont vécu mes ancêtres bourguignons, connues à ce jour, sont situées dans l’arrondissement de Chalon-sur-Saône, en Saône-et-Loire : Charrecey (canton de Givry), déjà citée, et Aluze (canton de Chagny).

Carte administrative de Saône-et-Loire, pointant Aluze et Charrecey (cercle orange) - Source : IGN/Géoportail

Carte administrative de Saône-et-Loire, pointant Aluze et Charrecey (cercle orange) – Source : IGN/Géoportail

Du point de vue géographique, Charrecey et Aluze se situent dans la partie nord de la côte chalonnaise, nichés dans le relief de la cote, un peu en retrait de la plaine de la Saône, dans ce qui était déjà (les mentions de paroissiens vignerons sont abondantes) une partie du vignoble bourguignon. La commune de Mercurey, limitrophe de Charrecey dans le même canton de Givry, est bien connue par exemple pour son AOC communale.

La carte de Cassini comme la carte IGN moderne montrent bien les deux villages situés non loin de la route allant d’Autun à l’ouest à Chalon-sur-Saône à l’est, aujourd’hui toutes deux sous-préfectures de Saône-et-Loire, villages dominés localement par les villes de Couches à l’ouest et Bourgneuf/Mercurey à l’est.

Planche de la carte de Cassini montrant les villages de Charrecey et A(l)luze

Planche de la carte de Cassini montrant les villages de Char(r)ecey et A(l)luze – Source : IGN/Géoportail

Carte IGN montrat Charrecey et Aluze dans leur contexte actuel - Source : IGN/Géoportail

Carte IGN montrant Charrecey et Aluze dans leur contexte actuel – Source : IGN/Géoportail

Où et pourquoi se déplacer

Comme nous le savons tous, la micromobilité de nos ancêtres, dont j’ai parlé à propos de Saint-Etienne-les-Orgues par comparaison aux migrations qu’ils ont parfois réalisées au cours d’une vie, leur permettait notamment de limiter la consanguinité de leurs alliances. Une ou deux paroisses, à moins d’être particulièrement isolées, peuvent donc rarement contenir à elles seules toutes les alliances sur plusieurs siècles des ascendants d’un ancêtre donné. C’est pourquoi il est essentiel de comprendre quels étaient les lieux susceptibles d’être en relation avec les paroisses déjà connues. Ces lieux me semblent intuitivement découler de deux déterminants concurrents : le temps pour les rejoindre et les motifs de déplacements qu’ils présentent.

Le temps tout d’abord est déterminant : nos ancêtres agriculteurs et ouvriers avaient de nombreuses obligations dans leur village et s’absentaient probablement le moins longtemps possible. En outre, il n’était pas toujours simple de se loger – ou tout au moins de dormir dans des conditions acceptables de sécurité, de température, etc. – sur un lieu de déplacement. Pour les nécessités les plus courantes, il est probable qu’ils privilégiaient un déplacement sur la journée, donc au maximum 4 heures de marche aller, 4 heures de marche retour (en été !) soit, à raison de 3 à 5 km/h, une portée de déplacements de 12 à 20 km, disons 15 km pour fixer les idées. N’oublions pas évidemment que la présence d’obstacles (cours d’eau, relief, forêts, villes) joue également sur la durée du déplacement, et donc sa portée.

Les motifs de déplacements sont les facteurs qui incitent à se déplacer. Ils sont d’autant plus nombreux qu’un lieu concentre des points ou des activités d’intérêt : ils étaient essentiellement commerciaux pour nos ancêtres agriculteurs ou marchands, mais aussi judiciaires et administratifs (sièges de juridictions, notaires), religieux (obtention de dispenses), etc. En outre, les villes concentraient des emplois, notamment de domestiques et d’artisans, donc autant de raisons de s’y rendre pour visiter un parent ou un ami et d’ailleurs autant d’opportunités de s’y loger facilement.

Si les motifs sont évidemment très dépendants de la profession et de la situation sociale de nos ancêtres, j’ajoute que la vitesse de déplacement, et donc la distance typique, l’étaient tout autant : un cheval au pas marche presque deux fois plus vite qu’un homme, et quatre fois plus vite au trot (Source : Wikipédia/Allure (équitation)). Avec de bonnes raisons d’aller dans un lieu plus lointain, tel qu’une ville, nos ancêtres pouvaient donc louer une charrette à cheval ou profiter du déplacement en voiture (à cheval) d’un voisin ou même d’un passant, ou accepter une journée de marche avec la perspective de dormir sur place.

Pour fixer les idées, même si tout cela n’est constitué que d’hypothèses et  d’approximations, on peut donc dire qu’ils pouvaient en gros consacrer le double de distance à un déplacement en ville, soit environ 30 km.

En résumé, si on veut identifier les paroisses où des alliances non trouvées localement sont susceptibles de s’être produites, il faut chercher deux types de lieux : les paroisses voisines situées à moins de 15 km et les villes situées à moins de 30 km.

Dans de nombreuses régions françaises, de tels rayons amènent déjà à un nombre très considérable de paroisses…

Bien sûr, ce raisonnement repose sur des probabilités : il n’interdit en rien que, plus rarement, nos ancêtres aient pu être amenés à se marier beaucoup plus loin de chez eux. Et surtout, ne perdons pas de vue le déterminant social : plus on est riche, plus on se marie loin, cela est vrai (de manière grossière) depuis les paysans jusqu’aux rois.

Quelle distance ?

Mais de quelle distance parle-t-on ? Évidemment de la distance réellement parcourue par nos ancêtres, c’est-à-dire par la route et non à vol d’oiseau. Or, sur une carte, il est bien plus simple de tracer des cercles pour déterminer des distances à vol d’oiseau, alors je me suis demandé s’il existait un ratio (un rapport) simple et un peu général entre ces deux distances. Assez étonnamment, j’ai trouvé une carte intéressante dans un rapport de l’Institut de recherche et documentation en économie de la santé, à propos de l’accès à un médecin généraliste depuis les communes françaises au 1er janvier 2007. Le ratio sur toute la France est de 1,21, ce qui signifie qu’en moyenne un médecin situé à 10 km à vol d’oiseau sera rejoint en 12,1 km par une route…

Bien sûr, ce chiffre renvoie à la situation routière française au XXIe siècle et non sous l’Ancien Régime, il faut donc s’imaginer que ce ratio était moins bon, mais je ne pense pas énormément moins, parce que dans la grande majorité des cas les autoroutes, par exemple, n’ont pas réduit les distances, qui nous intéressent ici, mais les temps de trajet.

Donc, au final, je retiendrais bien un ratio de 1,5 (15 km par la route pour 10 km à vol d’oiseau)… ce qui limite le champ de recherche, mais pas tant que ça.

Autour de Charrecey et d’Aluze

Les paroisses à moins de 15 km par les routes actuelles

Le tableau suivant fait apparaître la liste de toutes les communes situées à moins de 15 km d’Aluze ou à moins de 15 km de Charrecey, par les routes actuelles (calcul Google Maps). J’y ai ajouté les principales villes du secteur : Chalon-sur-Saône, Autun, Beaune (Côte-d’Or), Montceau-les-Mines et Le Creusot, qui ont pu, malgré leur éloignement, jouer un rôle dans la vie de nos ancêtres du fait de leur importance locale. Pour chaque commune, sa population en 1962 est indiquée car la taille de la ville ou du bourg est un bon indicateur de son attractivité pour nos ancêtres paysans.

Communes_15km_AluChaLes paroisses les plus proches à vol d’oiseau

Bien sûr, Charrecey et Aluze sont d’abord mutuellement les paroisses les plus proches l’une de l’autre pour être situées à moins de 2 km à vol d’oiseau.

Ensuite, à partir de Charrecey, on trouve :

  • Saint-Léger-sur-Dheune, à 2,4 km, avec cependant une petite côte,
  • Mercurey : même si située à 3,7 km de distance, cette petite ville (Bourgneuf à l’époque) était située en bordure du val de Saône, et donc en quelque sorte dans le sens de la pente,
  • Dennevy, accessible par la vallée de la Dheune depuis Saint-Léger à 5 km environ,
  • Saint-Mard-de-Vaux et Chamilly, à 4,5 km mais qui supposaient de passer quelques vallons de la Côte chalonnaise.

Depuis Aluze, on rencontre :

  • Chamilly à 2 km, donc sans doute en forte interaction,
  • Dennevy, à 3,5 km,
  • Saint-Gilles à 3,7 km, aussi dans la vallée de la Dheune,
  • Saint-Léger-sur-Dheune, à 4 km par Charrecey,
  • Mercurey à 4 km vers le val de Saône,
  • Chassey-le-Camp, à 4,5 km juste avant la limite de la Côte-d’Or,
  • Rully à 5 km dans le sens de la pente, direct depuis Aluze.

Ces communes se répartissent entre les cantons de Chagny et de Givry, dans l’arrondissement de Chalon-sur-Saône.

C’est donc dans ces paroisses en premier lieu que je me dois de rechercher les ancêtres qui conduisent à des impasses dans les actes des deux paroisses initiales. Comme on le verra, ces blocages sont malheureusement nombreuses à ce jour.

Mais ceci est une autre histoire…

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Ajout dans mon arbre : les ROUX de Tartonne

Localisation de Tartonne sur une carte - Source : IGN/Géoportail

Localisation de Tartonne sur une carte – Source : IGN/Géoportail

Cela fait quelques années que je connais l’excellent site d’Hélène et Thierry BIANCO consacré en grande partie à la généalogie et à l’histoire. Excellent sans aucun doute pour la qualité des analyses généalogiques et historiques qu’il propose, il l’est aussi, pour nous autres amateurs, parce qu’il met à disposition des relevés systématiques de nombreuses paroisses et de nombreuses minutes de notaires dans les Alpes-de-Haute-Provence, les Hautes-Alpes, les Alpes-Maritimes, les Bouches-du-Rhône, le Cher, la Drôme, le Loiret, la Marne, la Nièvre, le Haut-Rhin, le Var, Vaucluse et l’Yonne. En un mot : c’est une oeuvre d’utilité publique qu’Hélène et Thierry ont réalisée sous le prétexte ô combien louable d’explorer la généalogie de leurs enfants.

S’ils ont sans aucun doute un grand intérêt pour beaucoup de généalogistes amateurs, ils m’ont personnellement permis d’agrandir mon arbre grâce à leurs relevés paroissiaux et notariés de Tartonne, cette petite paroisse des Alpes-de-Haute-Provence qui est aujourd’hui une commune de 136 habitants du canton de Barrême et de l’arrondissement de Digne. Et ce n’est peut-être pas fini. Donc : merci à Hélène et Thierry !

Le fait de posséder simultanément, et sous un format permettant la recherche rapide grâce au module de recherche du logiciel (en l’occurrence, il s’agit de tableaux Excel), des relevés des registres paroissiaux et des actes notariés sur une large période (1633-1789 pour les BMS et 1641-1768 pour les actes notariés !) est une opportunité formidable de reconstituer des fratries et de branches entières, avec très souvent énormément de filiations certaines et quelques hypothèses faciles à faire converger du fait de la multiplicité des actes mentionnant des liens de parenté.

Je vais donc dans ce billet réaliser sous vos yeux la reconstitution d’une de mes lignées originaires de Tartonne : celles des ROUX.

Pour remonter jusqu’à Tartonne

Le territoire communal de Tartonne - Fond de carte : Google Maps

Le territoire communal de Tartonne – Fond de carte : Google Maps

Comme j’ai eu l’occasion de l’évoquer dans les billets consacrés à mon ascendance provençale et à mon ancêtre Léon MARC, les Alpes-de-Haute-Provence, terre d’émigration très ancienne vers le pays d’Aix-en-Provence et les zones côtières autour de Marseille, occupent une place numérique importante dans mon ascendance et en particulier dans celle de mon arrière-grand-père Charles Louis MARC (SOSA 12), fils dudit Léon MARC. En effet, sa mère, Emilie Marie ROUX, était à moitié originaire ce département car son père y était né ainsi que tous ses ascendants connus à ce jour sur de nombreuses générations.

La lignée ROUX dont il est question ici n’est pas celle de mon arrière-arrière-grand-mère Emilie  dont la lignée (numéro L-13) prend plutôt sa source à Selonnet, dans l’actuel canton de Seyne, mais celle partant de l’une de ses arrière-arrière-grands-mères qui portait le même patronyme : Agnès ROUX (SOSA 405). La lignée cette ancêtre bien plus lointaine porte dans mon système de numérotation le numéro L-203. Nous allons la reconstituer sur 4 générations à Tartonne.

La lignée qui relie mon arrière-grand-père Charles MARC à la souche de la lignée étudiée, Agnès ROUX

La lignée qui relie mon arrière-grand-père Charles MARC à la souche de la lignée étudiée, Agnès ROUX

Notons pour l’anecdote que le patronyme ROUX, très présent dans toute la France et en particulier dans les régions du sud-est, est également bien représenté dans mon arbre puisqu’il est porté par 8 lignées connues distinctes, dont deux doubles, dans des lieux et à des époques qui ne laissent pas anticiper de liens de parentés entre elles.

Reconstitution de la lignée ROUX L-203

Etape 0 : le couple de départ

Par l’acte de mariage de Jean Joseph Pascal FABRE avec Claire VIGNE, célébré en 1811 à Saint-Vincent-les-Forts (canton du Lauzet-Ubaye, arrondissement de Barcelonnette), je sais qu’il est fils de Jean Baptiste FABRE et d’Agnès ROUX. Il est alors qualifié de propriétaire cultivateur, de Tartonne dans le canton de Barrême. C’est donc à Tartonne que nous recherchons, sans succès à ce jour, le mariage de Jean Baptiste FABRE et d’Agnès ROUX. Nous y trouvons cependant leurs enfants, nés entre 1770 et 1788.

Etape 0 : le couple Jean Baptiste FABRE X Agnès ROUX, dont les enfants naissent de 1770 à 1788 à Tartonne.

Etape 1 : ce que nous apprennent les actes de baptême de leurs enfants

Une chance pour nous, le curé de Tartonne à la fin du XVIIIe siècle aimait à préciser les liens de parentés qui reliaient les baptisés à leurs parrain et marraine. Hélène et Thierry BIANCO ont évidemment relevé ces précieux indices.

1770 : le baptême de Jean Baptiste Balthazar FABRE nous apprend l’existence de son oncle Honoré ROUX.

Nous utiliserons ici un principe de parcimonie pour supposer en première approche tout au moins que cet Honoré est le frère d’Agnès plutôt que le mari d’une soeur de Jean Baptiste FABRE qui porterait le même patronyme.

D'après le baptême de leur premier enfant en 1770

D’après le baptême de leur premier enfant en 1770

1773 : le baptême de Raphaël FABRE nous apprend l’existence de Jean Ange ROUX et Colombe ROUX, ses oncle et tante.

D'après le baptême de leurs deux premiers enfants en 1773

D’après le baptême de leurs deux premiers enfants en 1773

Les baptêmes de Jean Joseph en 1775 et Eléonore Génie en 1780 n’apportent pas de nouveaux éléments.

1783 : le baptême de François FABRE nous fait découvrir une de ses tantes, Elisabeth AUZET. Plusieurs scénarios sont possibles pour cette parenté, suivant qu’elle a épousé un frère de Jean Baptiste FABRE :

Hypothèse Elisabeth AUZET X ? FABRE, frère de Jean Baptiste

Hypothèse 1 : Elisabeth AUZET X ? FABRE, frère de Jean Baptiste

ou qu’elle a épousé un frère d’Agnès ROUX, celui-ci pouvant ou non avoir déjà été découvert :

Hypothèse 2 : Elisabeth AUZET X ? ROUX, frère d'Agnès ROUX

Hypothèse 2 : Elisabeth AUZET X ? ROUX, frère d’Agnès ROUX

Enfin, en 1788, le baptême de notre ancêtre Jean Joseph Pascal FABRE, nous fait découvrir l’une de ses cousines, Geneviève Ursule ROUX :

Reconstitution après le baptême de leurs six enfants

Reconstitution après le baptême de leurs six enfants

Etape 3 : la confrontation aux couples présents à Tartonne

La recherche des actes à Tartonne nous permettent de repérer des couples qui viennent corroborer les hypothèses formulées :

  • On trouve ainsi un couple Honoré ROUX X Elisabeth AUZET qui a plusieurs enfants à Tartonne entre 1755 et 1772, dont Marianne qui a pour marraine Agnès ROUX, sa tante ;
  • Geneviève Ursule ROUX, qui porte deux prénoms peu fréquents, est la fille de Jean Ange ROUX et d’Anne MAUREL, née en 1771.

Ces deux constats nous permettent de consolider l’arbre suivant :

Arbre des ROUX de Tartonne consolidé à partir des enfants de Jean Baptiste FABRE et Agnès ROUX

Arbre des ROUX de Tartonne consolidé à partir des enfants de Jean Baptiste FABRE et Agnès ROUX

Etape 4 : pour monter d’une génération

Ces trois alliances multiplient nos chances de trouver un acte ou un contrat de mariage filiatif, impossible à trouver pour le couple FABRE X ROUX, qui permette de connaître les parents de la fratrie ROUX. On trouve en effet le mariage de Jean Ange ROUX et d’Anne MAUREL le 1er juin 1763 à Tartonne. Jean Ange ROUX est le fils de Jean Ange ROUX et de Colombe BARRAS.

Reste à vérifier que notre ancêtre Agnès n’est pas la fille d’un autre mariage de Jean Ange ROUX père. Pour cela, cherchons tous les enfants du couple que nous pouvons rencontrer. Nous en trouvons 9, baptisés entre 1722 et 1744. Honoré, déjà rencontré, semble l’aîné, et notre ancêtre Agnès la benjamine. En outre, on ne trouve pas l’acte de baptême de Madeleine ROUX, dont la filiation à son mariage la rattache cependant sans aucun doute à cette fratrie. S’agissant enfin de Colombe ROUX, déjà citée pour être une soeur d’Agnès mais dont l’acte de baptême en tant que telle est manquant, il est envisageable qu’elle soit en réalité une de ses nièces presque aussi âgée qu’elle puisque née d’un premier mariage de son frère Honoré.

Voici la fratrie complète avec ses alliances :

Fratrie d'Agnès ROUX d'après les actes de Tartonne

Fratrie d’Agnès ROUX d’après les actes de Tartonne

NB : le second mariage d’Honoré ROUX n’a pas été célébré à Tartonne mais à La Javie, comme ce sera le cas d’un autre mariage de la famille dont nous parlerons ensuite.

Etape 5 : et pour aller plus loin ?

Pour aller plus loin de manière certaine, il nous faudrait trouver le mariage de Jean Ange ROUX avec Colombe BARRAS. Il n’est cependant pas présent dans les relevés de Tartonne. Un indice qui laisse prévoir la difficulté à trouver cet actes est que le patronyme BARRAS (sans doute du nom d’un autre village des Alpes-de-Haute-Provence situé dans le canton de Digne-Ouest) est très rare à Tartonne. Il est donc probable qu’il s’agisse d’une alliance contractée à l’extérieur de la paroisse.

On dispose cependant d’un certain nombre d’indices liés aux parrains et marraines des enfants du couple.

  • 1722 : le baptême d’Honoré ROUX nous apprend l’existence d’Honoré ROUX, son grand-père, et d’Agnès ROUX, sa tante. Ce dernier prénom, plutôt rare dans ce village à cette époque, conforte l’appartenance à cette branche de notre ancêtre, qui le porte donc après sa tante ;
  • 1724 : le baptême de Joseph ROUX nous permet d’identifier une de ses grands-mères, Catherine MAUREL, qui est donc notre ancêtre sans qu’on sache si elle est le femme d’Honoré ROUX père, rencontré ci-dessus, ou la mère de Colombe BARRAS.
Informations glanées à partir des baptêmes des enfants de Jean Ange ROUX et Colombe BARRAS

Informations glanées à partir des baptêmes des enfants de Jean Ange ROUX et Colombe BARRAS

La réponse se trouve dans les actes de Tartonne puisque se marient le 17 août 1684 Honoré ROUX, fils de feu Paul et d’Anne FABRE avec Catherine MAUREL, fille de feu Jacques et de Catherine BASSAC.

Filiation de Jean Ange ROUX

Filiation de Jean Ange ROUX

Notez que toutes ces déductions n’ont pas nécessité de trouver l’acte de mariage de Jean Ange ROUX et Colombe BARRAS.

Cet acte a cependant été trouvé : ils se sont mariés le 16 juin 1721 à La Javie (chef-lieu de canton dans l’arrondissement de Digne), et l’acte confirme bien la filiation avec le couple trouvé ci-dessus.

Etape 6 : compléter les fratries

Divers indices, directs (parents mentionnés dans les actes de baptêmes, mariages et décès) ou indirects (parrains et marraines, témoins dont les liens de parenté sont précisés) permettent de compléter les fratries déjà trouvées.

M’intéressant surtout à la généalogie ascendante de cette branche, je me limiterai ici aux frères et sœurs de mes ancêtres et à leurs conjoints, sans mentionner les cousins.

Synthèse de mes ascendants ROUX et de leurs collatéraux directs

Synthèse de mes ascendants ROUX et de leurs collatéraux directs

Une rapide approche sociale

Sur le plan social, les informations mentionnées dans les actes permettent d’établir :

  • qu’Honoré ROUX était laboureur, il est cité comme tel en 1725 ;
  • que son fils Jean Ange ROUX a réussi une modeste progression sociale puisqu’il est dit berger en 1724, laboureur de 1726 à 1729, travailleur en 1731 et enfin rentier de 1738 à 1744.

Notons en outre que nos ancêtre Catherine MAUREL femme d’Honoré ROUX, avait un oncle Jean BASSAC, notaire royal de Blégier (sans doute pour Blégiers, hameau de Prads-Haute-Bléone, dans l’arrondissement de Digne).

Cette étude étape par étape nous montre à quel point il est utile de disposer de deux sources très complètes sur une période commune et relativement longue pour remonter une lignée, même sans disposer de tous les actes de mariage (filiatifs).

Je vais maintenant m’atteler à étudier les branches collatérales découvertes au fil des actes : les FABRE à partir de Jean Baptiste, dont on ne sait pas d’où ils étaient, mais aussi à partir d’Anne FABRE, épouse de Paul ROUX, les MAUREL, extrêmement fréquents à Tartonne, à partir de Catherine MAUREL, et les BARRAS qui n’étaient comme on l’a vu sans doute pas de Tartonne.

Mais ceci est une autre histoire…

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Mon ascendance royale (Partie 2)

Deux billets consacrés à une ascendance royale, c’est beaucoup, me direz-vous. En effet, ce sujet presque anecdotique puisqu’il s’appuie essentiellement sur un travail documentaire et porte sur des périodes très anciennes où les informations sont peu vérifiables ne doit pas occuper trop de place dans les recherches d’un généalogiste. Il y a tant à découvrir par nous-mêmes dans les sources plus (ou moins) récentes.

Je voulais tout de même en quelques mots et, surtout, quelques illustrations, compléter le billet consacré à mon ascendance royale sur deux points.

Mon ascendance carolingienne

Le lecteur attentif aura d’abord noté que j’ai affirmé plusieurs fois ma descendance carolingienne, dénombrant même les liens de parenté qui m’unissent à Charlemagne, mais sans y consacrer le schéma coloré que j’ai réalisé pour mes autres ascendances royales (au fait, je n’aurais rien pu faire sans Inkscape, logiciel libre de dessin vectoriel, découvert sur la page du Projet:Blasons de Wikipedia).

Je viens donc combler cette lacune par le plus important (du moins par la taille) de ces schémas, celui de mon ascendance carolingienne.

Mon ascendance carolingienne, à partir de Pépin le Bref. Mes ancêtres furent rois des Francs, empereurs d’Occident puis rois d’Italie, de France et de Lotharingie, puis comtes de Vermandois et de Meaux.

Cette ascendance tentaculaire, tant il est vrai que les dynasties royales d’Europe dont je descends ont presque toutes elles-mêmes plusieurs ancêtres carolingiens, comporte :

  • 23 ancêtres sur 12 générations (la première étant celle de Pépin le Bref, père de Charlemagne),
  • 7 tiges pour 172 liens de parenté,
  • 4 empereurs (Charlemagne, Louis Ier le Pieux, Lothaire et Charles II le Chauve), 4 rois (Pépin le Bref, roi des Francs, Pépin Ier et Bernard Ier, rois d’Italie, Lothaire II, roi de Lotharingie), 1 comtesse, 8 comtes et 6 ancêtres non titrées,
  • elle porte sur une période de 409 ans.

Bref, c’est un gros morceau.

Le jeu des dynasties royales d’Europe autour de l’An Mil

Chronologiquement, il y a un petit décalage qui ne vous aura pas échappé entre mes ancêtres royaux carolingiens, qui règnent aux VIIIe et IXe siècles, et mes ancêtres royaux des autres dynasties que l’on retrouve de la toute fin du IXe siècle (rois d’Italie) au début du XIIe siècle (rois d’Angleterre). Ce décalage n’a rien de fortuit, alors même que l’An Mil marque symboliquement, dans trois des quatre royaumes considérés et l’Empire d’Occident du moins, la transition entre l’hégémonie dynastique carolingienne et de nouvelles familles qui s’installent sur les trônes d’occident.

En France, c’est la transition progressive de la Deuxième race vers la Troisième race des rois, des Carolingiens vers les Robertiens/Capétiens, qui est amorcée en 888 avec l’élection d’Eudes Ier, premier robertien, en lieu et place du tout jeune carolingien Charles (futur Charles III le Simple) et définitive un siècle plus tard avec celle d’Hugues Capet en 987.

En Italie, c’est une période très mouvementée marquée par l’accession au trône de plusieurs dynasties locales ou importées de France ou de Provence.

En Germanie, elle sera plus brutale, Louis IV l’Enfant venant fermer la marche des Carolingiens de manière définitive vers 910.

L’Angleterre échappe à ce système puisqu’elle ne faisait pas partie de l’Empire franc et qu’elle verra se succéder, à partir d’une unification de facto intervenue vers 924, plusieurs rois autochtones puis scandinaves jusqu’à l’avènement par les armes de Guillaume Ier le Conquérant en 1066, de souche normande mais de culture franque.

C’est cette période transitoire et mouvementée dans toute l’Europe occidentale que j’ai voulu retracer et dans laquelle j’ai souhaité inscrire mes ancêtres empereurs et rois.

Chose étonnante, je n’ai pas trouvé sur internet de frise chronologique présentant simultanément les rois de ces pays entre le VIIIe et le XIIe siècles.

J’ai donc décidé de palier moi-même cette lacune ci-dessous en réalisant la frise chronologique des rois de France, rois d’Italie, rois de Germanie, rois d’Angleterre et empereurs d’Occident de 750 à 1200.

Chronologie des rois de France, de Germanie, d’Italie, d’Angleterre et des empereurs d’Occident puis des Romains de 750 à 1200.

Cet exercice n’est pas pour moi seulement historique, il est aussi et surtout généalogique. C’est la raison des couleurs que vous trouverez sur cette frise, dont voici la légende ci-dessous. Retenez principalement que les cases pleines en couleur correspondent à mes ancêtres.

Légende de la frise chronologique ci-dessusOn voit ici de manière très claire l’omniprésence carolingienne aux débuts de l’Empire puis la fin de cette dynastie progressive, au profit d’autres, jusqu’à Louis V, dernier roi carolingien de l’Histoire, qu’on voit à peine puisqu’il régna en France de mars 986 à mai 987. Sans enfant pour lui succéder, les Grands de France éliront Hugues Capet.

Mes sources

Ma principale source pour ces travaux et de manière générale pour les généalogies médiévales nobles est le projet Medieval Lands de la Foundation for Medieval Genealogy (FMG) l’objectif de ce travail colossal en libre accès (en anglais) est de fournir de l’information généalogique sur les familles qui ont gouverné l’Europe, l’Afrique du Nord et le Moyen-Orient du Ve au XVe siècle, en vérifiant autant que possible les filiations à partir des sources originales. Ce travail merveilleusement documenté amène régulièrement à interroger les généalogies officielles présentes dans des sources moins regardantes.

J’ai cependant, notamment pour les périodes plus récentes et les généalogies nobles plus locales, recours à des nobiliaires, dont la fiabilité est toujours sujette à caution, et souvent d’autant plus qu’ils sont anciens.

Je citerai surtout le Dictionnaire généalogique et historique des familles de l’ancien Poitoude Beauchet-Filleau, qui m’a permis de faire le lien entre les familles nobles limousines et la noblesse angevine puis normande. Autre source incontournable en Limousin, le Nobiliaire du diocèse et de la généralité de Limoges de l’Abbé Joseph NADAUD, disponible, en quatre tomes, sur Gallica.

Enfin, mais j’en ai déjà parlé, les Généalogies limousines et marchoises, régulièrement augmentées mais aujourd’hui en XVIII tomes, sont une source d’une incroyable richesse et d’une grande précision pour de nombreuses familles nobles et notables du Limousin et de la Marche. Sur la page de Gilles de BLIGNIERES, l’un des auteurs, vous en trouverez l’index.

C’est à partir de ces sources, à force de patience et en essayant de faire le minimum de conjectures hasardeuses possibles, que je démontre comment le pape Clément VI est mon arrière-arrière-arrière-…-grand oncle. C’est moins courant que de descendre de Charlemagne, ça.

Mais ceci est une autre histoire…

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Mon ascendance royale (Partie 1)

Des lignées royales dans une ascendance en majorité modeste

Comme bien des Français, je descends de Charlemagne

Suivant la croyance populaire, l’immense majorité des Français descend de Charlemagne. Une bonne part d’entre nous descendrait même d’Henri IV, roi de France et de Navarre de 1589 à 1610.

Cette idée naïve, impossible à vérifier dans son exhaustivité, prend de mon point de vue un relief particulier si on la donne sous une forme plus faible, à savoir que quelle que soit leur condition sociale actuelle, tous les Français d’aujourd’hui ont probablement des ancêtres d’une conditions plus élevée.

En particulier, même si personne de votre famille n’a gardé le souvenir d’ancêtres notables, voire nobles, il est probable qu’en remontant assez loin vous puissiez en trouver.

De mon point de vue et sans prétention de démonstration, trois facteurs peuvent permettre d’expliquer ce fait :

  1. Le premier est lié à l’histoire de notre pays et notamment au fait que la première Révolution française, qui a chamboulé pas mal de choses dans la société, s’est produite il y a plus de 200 ans. Ainsi, les 8 à 10 générations qui nous séparent de ces événements, qui ont eu pour effet notable de supprimer, sur le papier du moins, toute distinction entre les roturiers et les nobles, ont eu une relativement plus grande possibilité et donc probabilité d’évoluer dans l’échelle sociale que leurs propres ancêtres. En tenant compte du fait que vos ancêtres vivants à la fin du XVIIIe siècle étaient quelques centaines à quelques milliers (2^7 = 128, 2^9 = 512 et plusieurs générations coexistaient), cela ouvre autant de trajectoires de vie et donc de possibilités d’arpenter dans les deux sens l’échelle sociale.
  1. Le second est simplement arithmétique, c’est le phénomène de l’implexe bien connu des généalogistes. En l’an 800, célèbre année du couronnement de Charlemagne, soit il y a environ 1 200 ans, vivaient mes ancêtres à la 48e génération (en comptant 25 ans en moyenne par génération). S’ils avaient été tous distincts, ils auraient été au près de 200 000 milliards. Or, suivant les estimations, la population mondiale était à cette époque de près de 200 millions de personnes, soit un million de fois moins. Comme toutes les chaussettes doivent trouver leur tiroir (merci M. Dirichlet), il faut en déduire qu’au moins l’un de mes ancêtres réels à cette époque est en fait un million de fois mon ancêtre !! Phénomène concurrent, ça signifierait qu’une part sans doute importante de la population mondiale de l’époque, ou en tout cas européenne, est faite de mes ancêtres. Il faut modérer cette intuition par le fait que, si certaines personnes occupent de nos jours des positions sociales proches de celles de Charlemagne à son époque (rois, princes), c’est souvent parce que leurs propres ancêtres sont restés dans ces classes sociales dominantes tout au long de l’histoire, ce qui fait que la consanguinité dans leur ascendance est très importante, et leur implexe très élevé. Rappelons pour l’anecdote le cas du roi d’Espagne Alphonse XIII dont l’implexe à la 11e génération était de 89 %, puisqu’il n’avait que 111 ancêtres distincts à cette génération sur les 1024 théoriques, imaginez à la 48e génération…
  1. Enfin, le troisième tient à la déchéance généalogique tendancielle des élites, vérifiable quelles que soient les époques et quelle que soit l’organisation de la société. En effet, le pouvoir et/ou l’argent étant systématiquement concentrés entre les mains d’une minorité qui, peu ou prou, doit conserver sa taille ou sa proportion dans la société sous peine de s’assimiler à la classe inférieure, il est impossible de maintenir une endogamie absolue au sein de cette classe. Il en va de même pour la classe en-dessous, qui concentre un peu moins de richesse mais doit abandonner une partie de ses membres à la classe inférieure pour conserver cette richesse, etc. Cette tendance doit exister même dans les systèmes sociaux réputés très stables, comme par exemple l’Ancien Régime en France. Elle est cependant renforcée lorsque pouvoir, argent et reconnaissance sociale ne sont pas exactement dans les mêmes mains mais ont tout intérêt à s’allier, les uns pour l’image, les autres pour l’argent. C’est le socle des mariages d’intérêt entre noblesse et haute bourgeoisie. Vous pardonnerez ce schéma simpliste pour décrire une réalité plutôt triviale, qu’il serait plus simple de constater à partir de l’exemple ci-dessous.

Prenons ainsi – et presque au hasard – le roi de France Henri Ier.

  1. Il est mon ancêtre (lien vers mon arbre geneanet). Ce roi eut un fils Philippe, qui fut roi après lui mais qui n’est pas mon ancêtre.
  2. Tous ses enfants ne pouvant être rois et reines, son fils Hugues, mon ancêtre, fut comte de Vermandois par son mariage avec l’héritière de ce comté. Il eut un fils, Raoul, qui lui succéda mais n’est pas mon ancêtre.
  3. Je descends de sa fille Isabelle qui se maria avec le comte de Meulan, donc dans une situation sociale comparable (en réalité plus basse, le comté de Vermandois étant plus ancien et plus riche, mais n’entrons pas dans les détails ici).
  4. Le fils d’Isabelle, Waleran, fut comte après son père. Il eut un fils, comte après lui, qui n’est pas mon ancêtre.
  5. Je descends en effet de sa fille Isabelle qui épousa le sire de Craon.

Nous sommes donc passés en 5 générations d’un roi à un seigneur, certes l’un des premiers de l’aristocratie angevine, mais qui n’a pas rang de comte. Tout ça parce qu’un roi ne peut faire de tous ses fils des rois et ne peut marier toute ses filles à des rois. Ou, plus exactement, parce que tous les rois ne peuvent faire de tous leurs enfants des rois et reines, tous les comtes des comtes et des comtesses (ou mieux), tous les nobles des nobles, tous les notaires des notaires ou des femmes de notaires (ou mieux), tous les patrons des patrons et des patronnes, etc.

En se répétant de génération en génération, ce phénomène conduit, au bout d’un certain temps (et c’est bien ce certain temps qui est intéressant à étudier) à ce que moi, simple généalogiste amateur, je descende d’un des personnages les plus importants de l’Histoire européenne, en une quarantaine de générations, et de plusieurs familles royales de l’Europe occidentale. C’est ce dont je vais parler ici.

Comment je descends de Charlemagne

112 lignées qui ont convergé il y a longtemps

En l’état actuel de mes connaissances, je suis relié à Charlemagne par 112 liens de parenté, c’est-à-dire que Charlemagne occupe 112 places différentes dans mon arbre d’ascendance (on est loi du million…). Pour autant, et c’est à mon avis l’une des mesures possibles de la trace sociale d’une personne, c’est-à-dire du niveau social de ses ancêtres (qui peut être totalement décorrélé du sien), je partage ces 112 liens de parenté avec un seul de mes ancêtres à la 7e génération, ce qui signifie que mon ascendance royale est concentrée sur un seul des 64 ancêtres que j’ai à cette génération. Ce fait est à comparer avec les fameux quartiers de noblessedont les nobles d’Ancien Régime étaient si jaloux. Avec quatre quartiers, on prouvait que ses quatre grands-parents ou deux grands-parents et deux arrière-grands-parents étaient nobles, ce qui est sans commune mesure avec mon unique ancêtre à la 7e génération (non noble, d’ailleurs), descendant de Charlemagne.

Cet ancêtre unique, dont les deux parents descendent quant à eux de Charlemagne, est François Auguste TEYTUT-VILLOUVIER, d’une lignée dont j’ai déjà eu l’occasion de parler (ici et ).

Un ancêtre présent sur 8 générations

Le temps décale les générations entre elles. Il n’est donc pas surprenant que les 112 places « occupées » par Charlemagne dans mon ascendance soient dans 8 générations différentes.

Il est ainsi mon ancêtre :

  • 4 fois à la 39e génération,
  • 28 fois à la 40e génération,
  • 42 fois à la 41e génération,
  • 20 fois à la 42e génération,
  • 12 fois à la 43e génération,
  • 3 fois à la 44e génération,
  • 1 fois à la 45e génération et
  • 2 fois à la 46e génération.

22 ancêtres carolingiens

Enfin, mes ancêtres carolingiens, c’est-à-dire les descendants agnatiques de Charlemagne qui sont aussi mes ascendants, sont au nombre de 22 (Charlemagne compris). Ma lignée carolingienne (au sens de mon billet sur les lignées) comporte donc 22 individus. Ils sont répartis sur 11 générations et la lignée a 7 tiges, c’est-à-dire que la lignée comporte 7 femmes.

C’est sous cet angle que je vais maintenant présenter les lignées royales présentes dans mon ascendance : les Robertides/Capétiens, rois de France, les Liudolfinger, rois de Germanie, les Unruochides et d’Ivrea, empereur et rois d’Italie et les Rollonides, rois d’Angleterre.

Présentation des lignées royales de mon arbre

Méthodologie

Les lignées royales sont des lignées comme les autres, si ce n’est qu’elles comportent des rois et des empereurs.

Cinq paramètres me semblent intéressants à connaître pour chacune de ces lignées :

  • sa taille, c’est-à-dire le nombre d’ancêtres qu’elle renferme,
  • sa hauteur, c’est-à-dire le nombre de générations qu’elle comporte,
  • sa durée, c’est-à-dire la période de temps qu’elle couvre,
  • son degré de ramification, c’est-à-dire le nombre de femmes qu’elle comporte, appelées tiges,
  • le nombre de liens de parenté qui m’unissent au sommet de la lignée, l’ancêtre commun à tous ses membres. Ce nombre de lien dépend de la ramification de la lignée mais aussi de la ramification des lignées dans lesquelles les femmes de la lignée se sont mariées, puis celle de ces lignées, etc. jusqu’à moi-même, chaque ramification créant de nouveaux liens de parenté.

On s’attend évidemment à ce que pour toutes les lignées royales :

  • la période de temps couverte soit ancienne, puisqu’il a fallu beaucoup de temps pour descendre ensuite l’échelle sociale des rois jusqu’à moi-même,
  • les lignées soit ramifiées,
  • les liens de parenté qui m’unissent au sommet de la lignée soient nombreux, parce que ces lignées sont anciennes mais aussi à cause de l’endogamie forte dans la noblesse.

Les Robertiens/Capétiens

On appelle indifféremment Robertiens (ou Robertides) ou Capétiens les membres de la dynastie royale ayant régné en France de 888, avec Eudes, jusqu’en 1848, avec Louis-Philippe Ier. Leur ancêtre commun est Robert le Fort, père des deux premiers rois Eudes et Robert Ier. Les descendants de Robert Ier ont régné de manière continue à partir de 987, avènement d’Hugues Capet, petit-fils de Robert Ier, jusqu’à Louis XVI, destitué en 1792, d’où le double nom retenu.

Je descends de Robert Ier et la lignée correspondante a les caractéristiques suivantes :

  • 17 membres sur 9 générations (la génération I étant celle de Robert le Fortpère du roi Robert Ier),
  • elle couvre la période d’environ 815 (naissance supposée de Robert le Fort) à 1141, décès d’Hélie de BOURGOGNE, comtesse de Ponthieu, soit 326 ans,
  • elle comporte 7 tiges et donne 84 liens de parenté entre Robert Ier et moi.

Notons enfin qu’elle comporte 4 rois (Robert Ier, Hugues Capet, Robert II le Pieux et Henri Ier), 3 ducs, 1 comtesse, 2 comtes ou marquis, 7 ancêtres non titrés.

J’ai tenté de résumer sur le schéma ci-dessous une présentation de cette lignée royale de France.

Branche royale des robertiens/capétiens présents dans mon ascendance. Du tronc des ducs des Francs et rois de France découlent les comtes de Vermandois et les ducs de Bourgogne.

Parmi les alliances, il faut noter celle d’Henri Ier avec Anna Iaroslavna de KIEV qui nous fait descendre des dynasties princières de la Russie médiévale.

Les Liudolfinger : souche des empereurs romains germaniques

Moins connue que la précédente en France, la dynastie saxonne des descendants du comte Liudolf a cependant donné ses premiers empereurs au Saint-Empire romain germanique. La mère du roi Hugues Capet appartenant à cette lignée, j’en descends aussi, de manière plus limitée.

  • 5 membres sur 4 générations (la génération I étant celle de Liudolf, grand-père du roi de Germanie Henri Ier l’Oiseleur),
  • elle couvre la période d’environ 800 (naissance supposée de Liudolf) à 984, décès de Gerberga de GERMANIE, abbesse de Notre-Dame-de-Soissons,  soit 184 ans,
  • elle comporte 2 tiges et donne 55 liens de parenté entre Liudolf et moi.

Elle compte 1 roi (Henri Ier l’Oiseleur), 2 comtes, 1 abbesse et 1 ancêtre non titrée. Le roi Henri Ier est le père d’Otton Ier, le premier roi de Germanie à prendre le titre d’empereur du Saint-Empire romain germanique.

Mes ancêtres de la dynastie du comte Liudolf de Saxe.

Les Unruochides et la famille d’Ivrea : empereur et rois d’Italie

Le trône d’Italie, pays longtemps morcelé notamment par la présence des Etats pontificaux, a souvent dans l’histoire médiévale été rattaché aux grandes dynasties impériales (Carolingiens, Ottoniens, Hohenstaufen, etc.). Quelques dynasties d’origines plus locales ont cependant réussi à s’y hisser ponctuellement. C’est notamment le cas des descendants de deux comtes francs, venus prendre des fiefs en Italie à la suite des empereurs et des rois carolingiens. J’ai donc choisi de présenter cette ascendance en réunissant les deux lignées correspondantes, les deux rois qu’elles comportent étant petit-fils et grand-père l’un de l’autre.

  • 15 membres (4 + 11) sur 10 générations (4 et 8, avec deux générations correspondantes dans les deux branches), la génération I étant celle d’Unruoch et la III celle d’Anschier, fondateurs des deux dynasties,
  • elle couvre la période d’environ 800 (naissance supposée d’Unruoch) à environ 1140, décès des soeurs Sybille et Gisèle de BOURGOGNE,  soit 340 ans environ,
  • elle comporte 4 tiges et donne 59 liens de parenté entre Unruoch et moi, tout comme entre Anschier et moi.

Elle comporte 1 empereur (Berengario I) et 2 roi (Berengario II associé à son fils Adalberto), 2 ducs, 1 comtesse, 5 comtes/marquis, 4 ancêtres non titrées.

L’empereur Berengario I était par sa mère Gisèle, le petit-fils de l’empereur Louis Ier le Pieux, donc très proche des Carolingiens.

Mes ancêtres unruochides et de la Maison d’Ivrea. Les troncs des marquis de Frioul et d’Ivrea donnent chacun un roi d’Italie. La Maison d’Ivrea se poursuit ensuite dans les comtes palatins de Bourgogne.

Les Rollonides : des barbares scandinaves aux rois d’Angleterre

Les fleuves ont longtemps été les points faibles du royaume des Francs de l’Ouest, baptisé Francie puis France. Les embouchures de la Somme, de la Seine et de la Loire, en particulier, ont permis aux peuples navigateurs du nord de l’Europe, ces barbares des anciennes chroniques qui se baptisaient eux-mêmes Vikings, de mener pendant plusieurs siècles des razzias sur le nord-ouest de ce qui deviendrait bientôt le coeur du système politique et économique français.

Rollon fut bien inspiré lorsque, par le traité de Saint-Clair-sur-Epte conclu avec le roi carolingien Charles III le Simple il accèda de facto au statut de comte et prit le contrôle politique, avec l’assentiment de ses anciens ennemis, de l’actuelle Haute-Normandie. Ses descendants feront prospérer et grandir ce fief, jusqu’à prendre le titre de ducs et à nommer eux-mêmes des comtes et, enfin à accéder au trône de l’Angleterre voisine.

  • 15 membres sur 9 générations, la génération I étant celle de Rollon,
  • elle couvre la période d’environ 800 (naissance supposée de Rollon) à 1216, décès de Sarah of CORNWALL  soit 416 ans environ,
  • elle comporte 5 tiges et donne 54 liens de parenté entre Rollon et moi.

Elle comporte 2 rois (Guillaume Ier le Conquérant et Henri Ier Beauclerc), 2 ducs,  5 comtes et 6 ancêtres non titrés.

Mes ascendants rollonides. Le tronc des ducs de Normandie donne d’abord les comtes d’Evreux puis la branche illégitime des comtes de Cornouailles (earls of Cornwall).

Parmi les alliances de ces cinq lignées royales, on retrouve parfois, sans surprise, les mêmes familles comtales, notamment celles de Flandre et de Bourgogne qui, par l’importance stratégique et foncière de leur fief, gravitaient généalogiquement autour des familles royales du temps. C’est le cas ici de Mathilde de FLANDRE, épouse de Guillaume Ier le Conquérant, dont l’ascendance fait du roi Henri Ier Beauclerc un descendant d’Hugues Capet.

Toutes les familles royales de l’extrême ouest européen ont cependant à cet époque un socle généalogique et, surtout symbolique, commun : celui des Carolingiens. Si cela est moins vrai pour l’Angleterre qui a échappé à l’empire de Charlemagne et ne reviendra dans le système féodal général de l’Europe qu’en 1066, à la faveur de l’accession au trône par conquête de Guillaume Ier le Conquérant, fils du duc de Normandie Richard II le Magnifique, les autres rois rencontrés ici s’emparent ou se font élire dans des limites géographiques et par des vassaux qui étaient ceux des Carolingiens, désormais déclinants.

Mais ceci est une autre histoire…

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Enquête généalogique : qui est Françoise de GUYTARD ?

Le nom de « Françoise de GUYTARD » est apparu un jour dans ma généalogie corrézienne, comme beaucoup d’autres avant le sien, au fil des recherches ascendantes que je mène pour remonter toujours plus loin dans le passé de ma famille. Quand j’ai voulu en savoir davantage sur ce nom, son patronyme, aristocratique à n’en pas douter, m’a frappé par son lustre et, partant, par le potentiel d’ascenseur généalogique qu’il présentait.

Mais si je veux aujourd’hui lui consacrer un billet, c’est pour vous faire partager deux méthodes essentielles de la recherche généalogique : la reconstitution et l’hypothèse, méthodes pour lesquelles Françoise de GUYTARD a posé un véritable défi au généalogiste amateur que je suis.

Enfin, ce billet est en quelque sorte intéressé puisqu’il vise en conclusion à faire de mes lecteurs les témoins du choix que je vais faire quant aux origines de cette ancêtre.

Nota Bene : Le nom apparaissant dans l’acte qui la cite est orthographié « de GUYTARD ». Cependant, en suivant la graphie la plus répandue dans les sources, j’utiliserai dans ce billet « de GUITARD ».

Reconstitution : prouver une ascendance sans sources directes

L’ascendance certaine

Françoise de GUITARD se situe dans mon ascendance corrézienne, c’est-à-dire qu’elle est l’ancêtre des TEYTUT, cette lignée de notables auxquels j’ai déjà consacré deux billets : ici et . Je ne détaillerai donc pas comment mon ascendance remonte à Martial TEYTUT de VILLOUVIER (SOSA 504, lien vers mon arbre geneanet), le premier de ses descendants dans cette lignée. Je rappellerai cependant que le travail sur la lignée TEYTUT et ses ascendants a été conduit conjointement avec mes cousins généalogiques Monique DOUTAUD, Yves MARTIN et Aymeric TRIOMPHE. Qu’ils en soient un nouvelle fois remerciés.

Etape 1 : Génération IX

La mère de Martial TEYTUT, Anne Catherine BOYER, appartient à ma lignée L505.

Etape 2 : Génération X

On apprend par son acte de mariage avec François TEYTUT, son cousin au 3e degré, qu’elle est la fille d’Etienne BOYER, sieur de la Brousse (en Saint-Julien-le-Vendômois), et de Marie FREGEFONS.

Etape 3 : Génération XI

Première reconstitution

A partir de cet Etienne BOYER, je suis contraint à une première reconstitution. Il s’agit en effet de considérer que cet Etienne BOYER, gendre FREGEFONS (SOSA 2018), est le fils d’un autre Etienne BOYER, sieur de la Brousse lui aussi (SOSA 4036), et de Jeanne AUCONSUL. Même si aucune preuve définitive de cette filiation n’a été trouvée à ce jour, cette hypothèse ne me coûte pas trop, considérant :

  • la parenté au troisième degré entre François TEYTUT (SOSA 1008) et Anne Catherine BOYER (SOSA 1009). Les 8 arrière-grands-parents de François TEYTUT sont connus et l’un deux est Antoine BOYER, sieur de la Brousse. Même si l’on ne peut totalement exclure que la parenté se fasse au travers de Marie FREGEFONS, mère d’Anne Catherine, dont l’ascendance est mal connue, la concordance des patronymes, des titres, des lieux et des milieux sociaux (les BOYER ont porté la charge de juge de la vicomté de Ségur avant les TEYTUT) guide assez sûrement vers l’hypothèse d’une parenté par les BOYER. Cependant, cette parenté à elle seule ne prouverait pas la filiation entre les deux Etienne, car ils pourraient parfaitement être l’oncle et le neveu, comme le montre l’illustration ci-dessous ;

Etape 4 : Génération XII

  • le fait que nous savons qu’Etienne BOYER, gendre AUCONSUL, est le seul fils arrivé à l’âge adulte d’Antoine BOYER, arrière-grand-père commun de François TEYTUT et d’Anne Catherine BOYER, car ses filles sont bien connues mais seul son fils Etienne est cité dans différentes sources ;
  • la transmission du titre de sieur de la Brousse ;
  • l’acte de baptême d’un Etienne, fils d’Etienne BOYER et de Jeanne AUCONSUL, le 5 septembre 1679 à Ségur (auj. Ségur-le-Château, Corrèze).

Je tiens donc pour acquis dans la suite qu’Etienne BOYER (SOSA 2018) est le fils d’autre Etienne BOYER et, surtout, de Jeanne AUCONSUL, qui portent donc les numéros SOSA 4036 et 4037.

Etape 5 : Génération XII

Seconde reconstitution

Les parents de Jeanne AUCONSUL en l’absence de son acte de mariage avec Etienne BOYER, ne sont pas connus directement. En revanche, les élément suivants permettent de conclure avec une quasi-certitude :

  • François AUCONSUL, sieur d’Anglars, est le fils de Pierre AUCONSUL, assesseur civil et criminel en la Cour des Appeaux de Ségur et lieutenant particulier de la comté de Périgord et de la vicomté de Ségur. Il fait son testament devant Me GERAUD, notaire à Ségur, nommant son père Pierre et, pour héritiers universel, ses frères Louis, sieur de la Coste, Jean, sieur des Chabannes, et sa soeur Jeanne, demoiselle de la Brousse, qualifiés de « frères et soeur germains du premier lit », le terme germain revenant à dire qu’ils ont non seulement le même père mais également la même mère, leur père s’étant remarié. Le père de Jeanne AUCONSUL est donc Pierre AUCONSUL, mais qui est sa mère ?

Etape 6 : Génération XIII

  • Jean AUCONSUL, plus tard sieur des Chabannes, est baptisé le 10 janvier 1654 à Ségur (classé dans Saint-Eloy-des-Tuileries aux AD19). Il est le fils de Pierre AUCONSUL et de Françoise de GUITARD, qualifiée de demoiselle. Sa marraine est Marie de GUITARD, qui pourrait être la soeur aînée de Françoise ou une de ses tantes.

Acte de baptême de Jean AUCONSUL, fils de Françoise de GUYTARD

Voilà, la chaîne déductive est complète et nous permet d’établir que Jeanne AUCONSUL est la fille de Pierre AUCONSUL et de Françoise de GUITARD, ce qui permet de fournir la filiation suivante :

Etape 7 : Génération XIII, la filiation est bouclée.

Hypothèse : faire un choix sur des options

Françoise : de quelle famille de GUITARD ?

Me voici arrivé au point où j’ai prouvé que Françoise de GUITARD, première épouse de Pierre AUCONSUL, conseiller du Roi, assesseur civil et criminel en la Cour des Appeaux de Ségur, lieutenant particulier du comté de Périgord et de la vicomté de Ségur, était mon ancêtre. Comme je l’ai annoncé en préambule, je ne dispose pas à ce jour d’éléments certains me permettant d’aller plus loin dans son ascendance. Cependant, je pense pouvoir émettre une hypothèse raisonnable sur celle-ci.

La première question à se poser est : peut-il exister des sources hors Archives départementales de la Corrèze en ligne qui puissent m’éclairer sur cette ancêtre ? En particulier, est-il possible de la rattacher à une famille noble ou notable ayant fait l’objet d’études monographiques ?

Le premier constat est que le nom GUYTARD/GUITTARD/GUITARD/GUYTTARD existe en Limousin et alentour, avec ou sans particule. Une recherche sur geneanet.org permet de trouver des citations de ces patronymes en Creuse, en Haute-Vienne et en Corrèze. La forme avec particule est déjà plus rare et concentrée, pour les périodes considérées, en Haute-Vienne et en Corrèze. En revanche, une seule famille a des attaches autour de Ségur-le-Château.

Le second constat est que l’appartenance sociale de Françoise de GUITARD est, sans aucun doute, celle d’une notable :

  • Elle est qualifiée de demoiselle à une époque (le milieu du XVIIe siècle) où l’acception de ce terme renvoie à la notabilité, aux franges avec la noblesse ;
  • Elle épouse Pierre AUCONSUL qui, avec des charges au sein de la Cour des Appeaux de Ségur  (je renvoie à mes billets sur les TEYTUT pour cette institution) occupe une des positions les plus éminentes dans la bourgeoisie de Ségur ;
  • Leurs enfants font plusieurs mariages dans la famille BOYER, qui possède la charge de juge ordinaire de Ségur, là encore traduisant une position sociale de premier plan.

La question est alors de savoir si la particule est utilisée par le prêtre par déférence, s’agissant en réalité d’une famille GUITARD bourgeoise, ou si elle est consubstantielle de ce qui ne s’appelle pas encore le patronyme et qu’il faut effectivement rattacher Françoise à une famille de GUITARD, de bourgeoisie ancienne voire de la noblesse.

Une famille noble très proche géographiquement et par les alliances

Dans les relevés des registres paroissiaux des quatre paroisses autour de Ségur-le-Château, que j’ai effectués et que vous trouverez dans les billets cités et ici, on trouve une famille de GUITARD du CHAMBON, vivant à Ségur aux mêmes périodes.

On trouve ainsi plusieurs enfants, baptisés dans les années 1610-1620 d’un couple entre François (de) GUITARD, seigneur du Chambon, et Catherine (de) LA LARDIE ou de RIGAUDIE. Cette famille est qualifiée de noble et les parrains et marraines de leurs enfants sont effectivement membres de la plus haute notabilité ségurine.

Une génération plus tard, dans les années 1645, on trouve l’un des enfants du couple, Louis (de) GUITARD, devenu seigneur du CHAMBON, qui épouse une Marie AUCONSUL. Ce qui pourrait n’être qu’une coïncidence attire cependant l’attention : un mariage « croisé » de GUITARD/AUCONSUL tout à fait à la même époque que celui de Pierre AUCONSUL avec Françoise de GUITARD (leur fils Louis est né en 1654).

En recherchant des éléments sur cette famille de GUITARD, qui possède notamment la seigneurie du Chambon (en Lubersac, Corrèze) toute proche de Ségur, on trouve en particulier une généalogie établie à la page 88 du tome IV du Beauchet-FilleauDictionnaire historique et généalogique des familles du Poitou. Cette généalogie confirme les convergences entre les familles dont nous traitons ici.

En effet, on découvre notamment que :

  • Le prénom de Françoise est courant dans cette branche puisqu’on trouve une enfant de ce nom à chaque génération. En particulier, François de GUITARD et Catherine de LA LARDYE ont eu une fille nommée Françoise, baptisée le 24 novembre 1624 à Lubersac et dont les auteurs ne semblent pas connaître le destin ;
  • Etienne de GUITARD, fils de François de GUITARD et de Catherine de LA LARDYE, écuyer, sieur du Montazeau, a épousé Bernarde BOYER. Nous savons par ailleurs que cette Bernarde BOYER n’était autre que la soeur d’Antoine BOYER, sieur de la Brousse et juge de Ségur, notre ancêtre cité plus haut ;
  • On trouve enfin la confirmation que Louis de GUITARD, fils des mêmes, écuyer, seigneur du Chambon, a épousé Marie AUCONSUL, dont les auteurs ne semblent pas connaître l’origine.

On peut récapituler, sur deux générations, celle d’Etienne BOYER et Jeanne AUCONSUL, soit la XIIe par rapport à moi, et celle de Pierre AUCONSUL et Françoise de GUITARD, la XIIIe, les alliances rencontrées à Ségur entre les familles AUCONSUL, BOYER et de GUITARD:

  • Génération XIII :
  1. Pierre AUCONSUL et Françoise de GUITARD, vers 1650,
  2. Etienne de GUITARD et Bernarde BOYER en 1657,
  3. Louis de GUITARD et Marie AUCONSUL en 1637.
  • Génération XII :
  1. Etienne BOYER et Jeanne AUCONSUL, avant 1679,
  2. Louis AUCONSUL et Hélène BOYER, vers 1678,
  3. François AUCONSUL et Marie BOYER ?

Notons que ces trois derniers mariages ont tous lieu dans les deux mêmes fratries.

Conclusion : où il faut faire un choix

Au vu de l’ensemble des éléments présentés, vous aurez compris que je ne dispose pas d’assez d’éléments pour établir l’appartenance de mon ancêtre Françoise de GUITARD à la branche des seigneurs du Chambon, et encore moins pour déterminer avec certitude à quel degré de cette branche elle se rattacherait.

Pourtant, il me semble que les indices sont suffisamment concordants pour rendre l’hypothèse suivante raisonnable, même si elle ne reste qu’une hypothèse :

Françoise de GUITARD, épouse de Pierre AUCONSUL, était la fille de François de GUITARD et de Catherine de LA LARDIE.

Preuves indirectes et sources d’erreurs

Lorsqu’on fait de la reconstitution en généalogie, il est essentiel de retenir l’ordre dans lequel les informations ont été trouvées et sont venues s’insérer dans le puzzle des preuves qui permet de déduire une information ou de faire une hypothèse. En effet, il faut absolument se méfier des preuves a posteriori, qui n’en sont en réalité que parce qu’on s’est forgé une idée préconçue et que la « preuve » trouvée vient convenablement s’insérer dans ce raisonnement factice.

Un exemple de fausse preuve, et une source fréquence de fausse route en généalogie ascendante, est la découverte d’un acte de naissance qui vient conforter une filiation supposée. Ainsi, si j’ai cru pouvoir faire l’hypothèse, sur la base d’un faisceau de preuves, que Françoise de GUITARD est la fille de François de GUITARD, seigneur du Chambon, ce n’est pas la découverte de l’acte de baptême d’une fille de ce François, du nom de Françoise qui m’apporte la preuve que mon hypothèse est juste. Ce n’est qu’une pièce supplémentaire qui entre dans mon raisonnement mais ne démontre rien de nouveau.

Une autre source d’erreurs tient aux liens de parenté que je qualifierais de multivoques, c’est-à-dire qu’ils s’appliquent à des relations familiales de nature différente :

  • beaux-parents renvoie aussi bien aux parents du conjoint qu’aux époux des parents par remariage,
  • beau-frère et belle-soeur aux frères et soeurs du conjoint comme aux conjoints des frères et soeurs,
  • oncle et tante aux frères et soeurs des parents, mais aussi à leurs conjoints et parfois même à ceux des grands-parents (avec omission de « grand- »),
  • neveu et nièce aux enfants des frères et soeurs, mais aussi de ceux du conjoint, et parfois même aux enfants des neveux et nièces (avec omission de « petit- »).

Dans mon expérience des actes, ces usages ambigus existent depuis longtemps en français.

Dans notre cas, deux situations se présentent dans lesquelles l’ambiguïté de ces liens de parenté pourrait conduire à des erreurs. En réalité, dans ces deux cas, les termes sont non seulement multivoques mais ils doivent sans doute être compris dans les deux sens possibles à la fois:

  • Lors du décès de Louis AUCONSUL, frère de mon ancêtre Jeanne AUCONSUL, sa sépulture intervient « dans les tombeaux du sieur de la Brousse, son beau-frère ». A elle seule, cette information ne doit pas faire déduire que Jeanne AUCONSUL est bien la soeur de Louis, car je rappelle que Louis AUCONSUL avait épousé Marie BOYER, soeur d’Etienne BOYER, sieur de la Brousse, mon ancêtre. Il se trouve qu’en réalité Etienne BOYER, qualifié de « sieur de la Brousse », est témoin à cette sépulture, aux côtés de sa femme Jeanne AUCONSUL, qualifiée de « demoiselle de la Brousse », ce qui permet de lever l’ambiguïté. Le mariage croisé BOYER-AUCONSUL fait coexister les deux liens de parenté possibles entre beaux-frères.
  • Marie AUCONSUL, demoiselle du Chambon, qui est donc la femme de Louis de GUITARD, seigneur du Chambon après son père, François de GUITARD, est qualifiée de « tante de la mère de la baptisée » lorsqu’elle est marraine le 17 septembre 1671 à Ségur de Marie BOYER, fille de nos ancêtres Etienne BOYER et Jeanne ou Françoise AUCONSUL (le prénom fluctue). La encore, il ne faudrait pas en déduit hâtivement qu’elle est la soeur de Pierre AUCONSUL, père de Jeanne, puisqu’il faut évaluer l’option suivant laquelle elle est la femme du frère de Françoise de GUITARD, la mère de Jeanne. En réalité, nous avons fait l’hypothèse d’un mariage croisé AUCONSUL-de GUITARD qui fait que le lien tante-nièce est en fait double entre Marie et Jeanne AUCONSUL.

 

Encore une fois, le choix fait ici est un choix de raison mais non une réalité démontrée par les documents, seules sources possibles pour tout généalogiste qui se respecte. Cependant, en généalogie, il faut parfois choisir devant la rareté des sources, en espérant que des découvertes futures confirment l’hypothèse suivie.

Dans ce cas particulier, suivre cette hypothèse n’est pas sans conséquences car la grand-mère de Françoise de GUITARD est alors Adrienne de ROYERE, me faisant descendre de cette très grande famille limousine et par elle de la plus haute noblesse, à des degrés encore plus élevés que ceux auxquels me rattachaient par d’autres branches, proches cependant, les POMPADOUR et les des POUSSES.

Mais ceci est une autre histoire…

Post scriptum : Dans l’acte de décès de Jean AUCONSUL, sieur des Chabannes et frère de notre ancêtre Jeanne AUCONSUL, en 1692, sa mère est nommée Marie et non Françoise de GUITARD. Rappelons qu’elle était décédée dans les années 1660 et que dans l’acte de baptême du même Jean, le prénom est bien Françoise, tandis que Marie de GUITARD est sa marraine. Je propose donc de ne pas tenir compte de cette ambiguïté qui découle sans doute d’une erreur des témoins.

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La paroisse (oubliée) de Pierrefeu

Extrait de la carte de Cassini du nord de Marseille. L’ovale correspond au lieu-dit Pierrefeu. Source : IGN/Géoportail

Où était Pierrefeu ?

On distingue à peine, sur cet extrait de la Carte de Cassini levée en 1778 sur le secteur nord de Marseille, le lieu-dit « Pierrefeu » (en diagonale montant vers la droite), tout proche de celui appelé « Cadenel ».

Pourtant, Pierrefeu était le nom d’une ancienne paroisse succursale de la paroisse de La Major, église cathédrale du diocèse de Marseille, située au nord du périmètre très important de celle-ci. Le quartier de Pierrefeu, rattaché au terroir de Marseille, jouissait donc d’un statut particulier par rapport aux quartiers voisins de Saint-Antoine (Les Beaumes), des Aygalades ou encore des deux quartiers de Séon, Saint-André et Saint-Henri, directement rattachés à la cathédrale.

Ce quartier jouxtait par ailleurs les paroisses des Pennes (aujourd’hui Les Pennes-Mirabeau) au nord, et de Septèmes, à l’est. Il se trouvait sur la voie, visible sur la carte ancienne ci-dessus, qui reliait Marseille au village des Pennes et, de là, aux bords de l’Etang de Berre.

Où trouver les archives de Pierrefeu ?

Sur le site des Archives départementales des Bouches-du-Rhône, on peut accéder aux registres paroissiaux de la paroisse de Pierrefeu, séparés de ceux de La Major sur la période 1738-1792.

Du fait de son évolution à l’époque moderne (voir ci-dessous), ces registres peuvent être trouvés avec ceux de la paroisse des Pennes, sous la référence « LES PENNES-MIRABEAU » et non avec ceux des paroisses de Marseille.

J’ai cependant réalisé, pour mes recherches personnelles et sous forme de tableau, les relevés systématiques et filiatifs des mariages célébrés dans cette paroisse sur sa période d’activité propre, soit 1738-1792. Comme toujours en pareil cas, j’invite mes lecteurs qui y trouveraient des informations les intéressant à aller les vérifier directement sur les sources, librement disponibles sur internet.

Qu’est devenu Pierrefeu ?

La paroisse de Pierrefeu, devenue le village des Cadeneaux (du nom Cadenel rencontré plus haut, un patronyme très répandu dans la paroisse), a été intégrée à la commune des Pennes, créée autour du village et de la paroisse du même nom devenue en 1902 Les Pennes-Mirabeau, en s’adjoignant soit le nom du célèbre tribun d’origine provençale, soit un mot provençal rappelant que la vue depuis le village est agréable à l’oeil (mira beù), les explications en la matière divergeant.

Disons-le tout net, ce regroupement est un contresens géographique et historique. En effet, le Col de l’Assassin qui sépare encore aujourd’hui le village des Pennes de celui des Cadeneaux, constitue une des rares passages naturels pour sortir de la « cuvette » marseillaise entre la Chaîne de la Nerthe et le Massif de l’Etoile. Il était donc logique que la paroisse en-deçà du col dépende du terroir de Marseille tandis que celle au-delà du col dépendait du terroir d’Aix-en-Provence. Du point de vue urbanistique, le constat est le même puisque la chaîne des quartiers au nord de Marseille est ininterrompue depuis la Porte d’Aix et les Crottes jusqu’aux Cadeneaux, en passant par la Cabucelle, Saint-Louis, La Viste, Saint-Antoine (quartiers de Marseille) et La Gavotte (quartier des Pennes-Mirabeau, rattaché aux Cadeneaux). Elle est cependant coupée par le col, qui laisse un large espace naturel non urbanisé au passage de la Nerthe, séparant la tache urbaine marseillaise de celle voisine des Pennes.

Notons enfin que le lieu-dit « Pierrefeu » existe toujours, à quelques centaines de mètres à l’ouest de l’église actuelle des Cadeneaux, au coeur d’un quartier paisible où demeure quelques activités agricoles en cette bordure de ville.

Outre que j’ai grandi, comme mes parents, autour de cette limite entre les Pennes-Mirabeau et Marseille et que j’ai beaucoup fréquenté le village des Cadeneaux, héritier de Pierrefeu, le patronyme CADENEL, que la topographie a conservé et déformé, m’a permis de me découvrir des parentés inattendues avec deux amis.

Mais cela fera peut-être l’objet d’une autre histoire…

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Analyse géographique : autour de la Montagne de Lure

Pourquoi l’analyse géographique ?

Vous avez compris au travers des articles précédents mon goût pour les interactions entre géographie et généalogie. J’ai notamment abondamment évoqué dans un article en deux parties (ici et ) la manière dont les lieux d’origine de mes ancêtres contribuent à mes propres origines. J’ai ainsi pu constater que les lieux d’origine de mes ancêtres, dans l’état actuel de mes connaissances, sont très nombreux puisqu’ils concernent 19 départements français et deux régions italiennes.

En premier lieu, les lieux, villes et villages, sont pour moi le reflet du fonctionnement et de l’histoire d’un pays, d’une province, d’une région. C’est mon intérêt pour l’histoire et la manière dont mon histoire familiale se fond dans la grande, qui me pousse souvent à chercher à en savoir plus sur un lieu que mes ancêtres ont fréquenté.

Ensuite, en apprenant à mieux connaître les lieux d’origine de mes ancêtres, leur insertion dans la topographie, les voies de circulation, les systèmes urbains et ruraux, les limites administratives des anciennes provinces et des départements et régions actuels, c’est bien sûr dans la vie de mes ancêtres que je cherche à me plonger davantage. J’espère ainsi appréhender un peu de leur quotidien et de la façon dont, en fonction aussi de leurs professions et de leurs liens familiaux, ils vivaient leur espace quotidien et échangeaient avec un bourg ou une ville voisine.

Enfin, au travers de mon arbre généalogique et des migrations au fil des générations, chaque lieu où mes ancêtres sont nés, se sont mariés et sont décédés est relié à d’autres, soit comme lieu de départ, soit comme lieu de destination, ce qui permet, au fil des migrations, de reconstituer des trajectoires migratoires, liées elles aussi à des dynamiques spatiales, sociales et politiques plus larges.

Ce sont ces trois aspects que je souhaite mettre en lumière au travers de ce que je qualifie d’analyse géographique, en détaillant ici le système autour de la Montagne de Lure, aux limites entre Alpes-de-Haute-Provence et Vaucluse, qui a joué au fil des siècles tantôt un rôle d’attracteur, tantôt un rôle de diffuseur géographique.

Quelques concepts pour commencer

Déplacements généalogiques

Dans une vie, tous les déplacements n’ont pas le même sens. En généalogie, en comparant les lieux de naissance (ou, à défaut, le lieu de mariage des parents), de mariage et de décès, on peut observer, de manière très macroscopique par rapport aux déplacements réels réalisés tout au long de leur vie par nos ancêtres, des changements de lieux ou au contraire des stabilités au fil des générations.

Ce sont ces déplacements que je qualifie de « généalogiques ».

Un déplacement généalogique est le déplacement constaté soit entre le lieu de naissance et le lieu de mariage d’un ancêtre (déplacement bien défini) soit entre le lieu de mariage de ses parents et son propre lieu de mariage (déplacement mal défini).

Le choix de recourir préférentiellement aux lieux de mariage découle de la plus grande simplicité à obtenir les actes correspondants dans les registres, du fait de leur rédaction souvent plus étoffée et, surtout, de la confiance plus grande que l’on peut avoir lorsqu’ils sont filiatifs, c’est-à-dire lorsque les parents des époux sont mentionnés.

Les déplacements généalogiques sont donc des déplacements constatés sur actes, les seuls exploitables par le généalogiste.

Plusieurs échelles pour plusieurs types de déplacements

On dit souvent quand on mène des recherches généalogiques qu’il convient de rechercher un mariage dont on ne connaît pas le lieu dans un rayon de 30 km environ autour du lieu de naissance. Cela traduit bien la distinction que je souhaite opérer entre les différents  déplacements généalogiques :

  • Les déplacements dans des communes ou paroisses limitrophes ou peu éloignées traduisent une forme de micromobilité ou de migrations internes qui permet d’éviter une endogamie trop élevée, surtout en milieu rural. J’ai eu l’occasion de mettre en lumière ce phénomène notamment dans l’ascendance d’Oliva MONTEROSSO en Sicile ;
  • Les déplacements plus lointains, qui relient bien souvent (mais pas toujours) deux secteurs au sein desquels les déplacements sont plus resserrés, qui correspondent à proprement parler à des migrations d’ancêtres qui quittent leur région natale pour d’autres, généralement pour des motifs économiques.

Ainsi, une personne qui est allée se marier dans le village voisin de celui de sa naissance et qui est décédée dans un troisième village limitrophe n’a pas opéré une migration, simplement elle a vécu au sein d’un espace plus large que sa paroisse. C’est à cet espace plus large que je m’intéresse en particulier, comme brique géographique de base des lieux vécus par mes ancêtres.

Un système à la fois géographique et généalogique

Je considère donc que la bonne échelle pour distinguer, dans l’ensemble des lieux apparaissant dans les actes qui rythment la vie de mes ancêtres, des sous-ensembles comportant une certaine cohérence, n’est pas la paroisse avec ses lieux-dits et ses hameaux, mais qu’il convient de faire des regroupements au-delà, entre certaines paroisses proches reliées par des déplacements généalogiques nombreux et/ou circulaires, au sens où la paroisse d’origine d’un déplacement peut être la paroisse de destination d’un autre au sein du même système.

J’utilise donc la notion de système géographique, qui réunit un ensemble de paroisses ou de communes limitrophes ou voisines reliées entre elles par des déplacement généalogiques.

Par définition, un système géographique ne recouvre donc pas l’ensemble des paroisses limitrophes, mais seulement celles qui font l’objet de déplacements vécus par mes ancêtres. Il faut noter qu’un système géographique est lié à une ou plusieurs branches de mon arbre. Nous aurons ainsi l’occasion d’observer que le système géographique autour de la Montagne de Lure est lié à trois branches distinctes.

Pour un système géographique donné, son effectif, c’est-à-dire le nombre d’ancêtres connus qui y ont réalisé un ou plusieurs actes de leur vie est une donnée intéressante, qui montre la part qu’il occupe dans l’arbre généalogique : est-ce une étape ponctuelle dans des migrations plus larges ou un lieu d’établissement pérenne ?

Autre information, sa hauteur, définie à partir des lignées comme la longueur de la plus longue lignée de l’arbre dans laquelle des actes se sont déroulés au sein du système. Notion proche, sa durée correspond à l’intervalle entre les dates extrêmes d’actes qui se sont déroulés au sein du système.

Outre ces quelques informations descriptives, il sera intéressant d’étudier distinctement, pour un système donné :

  • sa dynamique interne, c’est-à-dire la manière dont les déplacement se sont déroulés au sein du système géographique. Cette approche sera l’occasion d’évaluer le rôle des différentes paroisses du système les unes vis-à-vis des autres ;
  • ses interactions avec les autres systèmes de l’arbre, c’est-à-dire les lieux d’origine des ancêtres qu’une migration a conduits au sein du système et ceux de destination des ancêtres qui ont quitté le système pour s’installer ailleurs.

Voyons tout cela sur un exemple très éclairant : autour de la Montagne de Lure.

Construction et présentation du système géographique

Découpage administratif du système

Comme je l’ai déjà évoqué, le système autour de la Montagne de Lure correspond à trois branches dans mon arbre :

  • La plus lointaine et la moins fournie est celle des ascendants de Jeanne VIAL (SOSA 817), mariée en 1758 à Aix-en-Provence et originaire de Forcalquier (chef-lieu d’arrondissement) ;
  • A la même période, la branche de Louise GAUBERT (SOSA 829), mariée en 1755 à Aix-en-Provence et originaire de Montlaux (canton de Saint-Etienne-les-Orgues) ;
  • La plus fournie, et plus récente, est celle de mon arrière-arrière-grand-mère Marie-Rose SACHE (SOSA 29), mariée en 1909 à Marseille et née à Saint-Etienne-les-Orgues (chef-lieu de canton de l’arrondissement de Forcalquier).

Ces trois communes sont donc le point de départ du système. Ensuite, chacune des trois branches ouvre vers d’autres communes et paroisses avoisinantes :

  • La branche de Jeanne VIAL comporte des ancêtres originaires de Lardiers (canton de Saint-Etienne-les-Orgues) ;
  • La branche de Louise GAUBERT ne comporte que des ancêtres originaires de Montlaux en l’état actuel des connaissances ;
  • La branche de Marie-Rose SACHE est, au contraire, beaucoup plus grande et comporte des ascendants provenant d’OnglesMontlaux, Lardiers et Cruis (canton de Saint-Etienne-les-Orgues), Valbelle, Noyers-sur-Jabron (canton de Noyers-sur-Jabron, arrondissement de Forcalquier), Limans (canton de Forcalquier) et Vachères (canton de Reillanne, arrondissement de Forcalquier).

Notre système géographique est donc situé intégralement dans le département des Alpes-de-Haute-Provence et l’arrondissement de Forcalquier, à cheval sur les quatre cantons de Forcalquier, Saint-Etienne-les-Orgues, Noyers-sur-Jabron et Reillanne, représentés ci-dessous.

Cantons des Alpes-de-Haute-Provence. En rouge, ceux concernés par le système géographique autour de la Montagne de Lure

Le secteur d’étude est donc situé en frange du département, limitrophe à la fois du Vaucluse (cantons d’Apt et de Pertuis), de la Drôme (canton de Séderon) et des Hautes-Alpes (canton de Ribiers). Dans le département, les cantons limitrophes sont celui de Banon à l’ouest et de ceux de Manosque, Peyruis, Volonne et Sisteron à l’est.

Les communes qui composent le système sont Forcalquier, Saint-Etienne-les-Orgues, Ongles, Montlaux, Lardiers, Cruis, Valbelle, Noyers-sur-Jabron, Limans et Vachères. Comme on le voit ci-dessous, elles forment un système non connexe mais plutôt cohérent, centré sur Saint-Etienne-les-Orgues, point de départ de la branche la plus importante, issue de Marie-Rose SACHE.

Ensemble des communes formant le système par rapport aux quatre cantons considérés

Au-delà de la disposition relative des communes et des paroisses du système, on anticipe que la localisation des bourgs, des voies de communication et des éléments physiques du territoire est déterminante pour le fonctionnement du système géographique.

Géographie du système

Pour mettre en avant la trame géographique du système, telle qu’elle a pu influer sur les déplacements de mes ancêtres, il est plus pertinent d’avoir recours à une source ancienne qu’à une carte contemporaine, de nombreuses voies de circulation ayant notamment été créées au XXe siècle.

Pour cela, j’utilise la Carte de Cassini, première cartographie générale de la France réalisée au tournant des XVIIe et XVIIIe siècles par la dynastie d’astronomes et de géographes du même nom. Celle-ci fait apparaître les principaux éléments de relief, les forêts, les principales voies de circulation ainsi que les villes, villages et principaux regroupements d’habitations.

Situation du système sur la Carte de Cassini du secteur

On en déduit l’organisation schématique suivante pour le système géographique, sachant qu’il faut préciser que cette carte ne représente pas les voies de communication secondaires entre les bourgs et villages :

Représentation schématique des déterminants géographiques du système. Populations : Wikipédia

On en tire les principaux enseignements suivants :

  • La ligne de crête de la Montagne de Lure isole fortement le canton de Noyers-sur-Jabron, tourné vers Sisteron (en limite immédiate de carte, au nord-est) des autres cantons du système, qui sont davantage tournés vers Forcalquier et Manosque (en limite immédiate de carte, au sud-est). N’était-ce leur proximité immédiate, Valbelle et Noyers pourraient presque former un système géographique à part entière ;
  • La ville de Forcalquier polarise le fonctionnement des paroisses de son canton actuel et de celui de Saint-Etienne, par sa taille et son statut de cité comtale. Forcalquier ouvre également la route entre le système et Manosque, et, partant, vers le pays d’Aix et Marseille qui seront des exutoires importants du système ;
  • Vachères est isolée au sud-ouest, tournée plus naturellement vers Apt et Simiane-la-Rotonde ;
  • La taille des paroisses (donnée en 1800) montre le poids de Forcalquier et Saint-Etienne-les-Orgues au sud de la Montagne de Lure et de Noyers-sur-Jabron au nord.

Nous verrons plus loin que ces dynamiques sont logiquement confirmées par les déplacements de mes ancêtres au sein du système.

Les différentes paroisses dans l’histoire

Je vais à présent succinctement présenter la manière dont les différents ville et villages ont traversé l’histoire depuis le Moyen Âge, ce qui donnera des éléments explicatifs pour les dynamiques interne et externe du système.

Forcalquier, cité comtale

L’âge d’or de la ville de Forcalquier correspond au XIIe siècle, époque où les comtes en font la capitale d’un comté s’étendant d’Embrun à Apt. La ville jouit d’importants privilèges aux XIIIe et XIVe siècles et notamment d’une charte de commune accordée par les Anjou pour financer les guerres de succession du royaume de Naples.

La cité est rattachée à la France de Louis XI en même temps que la Provence en 1481, elle reste le siège d’une sénéchaussée puis d’une viguerie jusqu’à la Révolution. Elle conserve une influence culturelle importante sur sa région aux XVIIIe et XIXe siècles. (Source : Wikipédia\Forcalquier).

Saint-Etienne-les-Orgues

« Au Moyen Age, il existe deux villages se faisant face, de part et d’autre de la rivière. Sur la rive gauche […] se trouve […] Orgues. De l’autre côté, au pied de la montagne de Lure, Saint-Etienne, qui tient son nom de la chapelle dédiée à ce saint en 1073 et qui dépendait de l’abbaye Saint-Victor de Marseille jusqu’en 1228. […]

A la fin du XIVe siècle, […] la population déserte les deux villages et seul Saint-Etienne se repeuple au cours du XVe siècle, autour de la chapelle devenue l’église Saint-Etienne.

La vie se développe, l’élevage des ovins permet le travail de la laine et le commerce du drap, une activité florissante aux XVIe et XVIIe siècles. Mais elle est bientôt supplantée par le commerce des “drogues”, c’est à dire des médicaments fabriqués à partir des plantes médicinales et aromatiques de la montagne de Lure, “véritable apothicairerie” selon Paracelse. De nombreux habitants devenus colporteurs au fil des années et jusqu’au milieu du XIXe siècle, vont vendre leurs marchandises à travers le pays. Cette activité fait la richesse du village, comme en témoignent bon nombre de maisons aux portes richement décorées, ainsi que les tombeaux du cimetière.

Dans la montagne de Lure avait été construite au XIIe siècle une abbaye chalaisienne qui fut en partie détruite par les troupes protestantes lors des guerres de religion. La chapelle fut relevée de ses ruines au XVIIe siècle et le site, depuis cette époque, reste un lieu de pèlerinage. C’est aussi au sommet de la montagne de Lure (1826 mètres), que fut construit en 1603 par le Belge Wendelin le premier observatoire français. » (Source : site internet de la commune)

Noyers-sur-Jabron

Au Moyen Âge, l’église Saint-Martin de Noyers dépendait de l’abbaye de Cruis, abbaye qui percevait les revenus attachés à cette église. La seigneurie appartient aux d’Agoult du XIVe au XVe siècle, et aux Clermont aux XVIIeXVIIIe siècles. Le plus ancien moulin à eau de Noyers existait déjà en 1342.

Les gisements d’argile étaient exploités par une tuilerie (tuilière en provençal) vers 1660. (source : Wikipédia\Noyers-sur-Jabron)

Ongles

Le site d’origine est la montagne dite Vière, un site défensif déjà occupé par un oppidum. La seigneurie est partagée entre les hospitaliers de Saint-Jean (ordre de Malte) et l’abbaye Saint-Victor de Marseille. Elle fut ensuite rattachée à la vicomté de Reillanne.

Lors des guerres de religion, le village est pris par les huguenots (1575) puis par l’armée royale qui le met à sac (1586). Le village se déplace dans la plaine après ce second siège.(Source : Wikipédia\Ongles)

Lardiers

Les Hospitaliers de Saint-Jean-de-Jérusalem créent le village au XIIIe siècle ; un château est construit au Malcor (1330 m d’altitude) et une deuxième communauté s’installe sous sa protection. La commanderie des Hospitaliers était placée sur deux chemins franchissant la Montagne de Lure : l’un par L’Hospitalet et le col Saint-Vincent, l’autre par la baisse de Malcor. En 1471, au dénombrement effectué à la sortie de la guerre de Cent Ans, Lardiers est abandonné et personne n’y habite. (Source : Wikipédia\Lardiers)

Cruis

Une voie antique traversait Cruis à l’époque romaine. C’est sur cette voie qui continue d’être utilisée au Moyen Âge qu’un péage est prélevé et c’est à la présence de cette importante voie de passage que Cruis doit d’être implantée en plaine et non sur un site perché depuis le Moyen Âge.

La congrégation des chanoines réguliers de Cruis est fondée au XIe siècle, l’abbaye Saint-Martin en étant le centre. Prospère, elle compte à son apogée 14 églises sous sa dépendance dans le diocèse de Sisteron, mais la crise de la fin du Moyen Âge provoque son effondrement, effectif en 1456. L’évêque de Sisteron y installe plus tard sa deuxième résidence. (Source : Wikipédia\Cruis)

Valbelle

La communauté s’appelait la Tour de Bevons. Les détenteurs du fief sont les Mévouillon, puis les d’Oraison et enfin les Valbelle jusqu’à la Révolution. Ce sont ces seigneurs, acheteurs du fief en 1680 et qui tirent leur nom de leur seigneurie dans l’actuel Var, qui obtiennent son changement de nom en 1687. La communauté médiévale de Quinson, qui comptait 11 feux au dénombrement de 1315, est fortement dépeuplée par la crise de la fin du Moyen Âge et annexée par celle de Valbelle au XVe siècle. Probablement au XVIe, le village, établi sur une hauteur (où se trouvent deux tours en ruines), est abandonné et détruit pour gagner l’emplacement actuel. (Source : Wikipédia\Valbelle)

Dynamique interne du système

Effectif, hauteur et durée

L’effectif du système, c’est-à-dire le nombre de personnes qui ont connu des actes dans les paroisses et communes du système, est de 114. Si on y ajoute leurs parents pour lesquels aucune origine extérieure au système n’est connue, on atteint 202 ascendants distincts, concernés par  90 actes.

Parmi eux, 4 sont venus d’ailleurs pour entrer dans le système au cours de l’histoire et 3 ont quitté le système pour d’autres cieux. Dans un premier temps, nous nous intéresserons aux 198 ancêtres qui n’ont fait que des déplacements géographiques au sein du système.

La hauteur du système est la longueur de la plus longue lignée ayant connu des actes au sein du système et de leurs éventuels ascendants pour lesquels aucun acte hors du système n’est connu. C’est donc un concept généalogique.

Il existe plusieurs lignées de longueur maximale au sein de la branche issue de Marie-Rose SACHE, la plus importante ; voici l’une d’elles :

L’une des lignées de longueur 11 générations au sein du système autour de la Montagne de Lure

Cette longueur maximale est donc de 11 générations.

La durée du système correspond à l’intervalle entre les dates extrêmes auxquelles des actes peuvent être trouvés dans le système. Le premier acte connu est l’acte de mariage entre Jacques MAGNAN et Lucrèce BIZOT intervenu en 1632. Le dernier est la naissance de Marie-Rose SACHE en 1891. La durée du système est donc de 259 ans.

Déplacements généalogiques internes

Les déplacements des 202 ascendants du système n’ont pas le même niveau de connaissance et de précision. Ainsi, comme on l’a indiqué, un déplacement généalogique peut être bien ou mal défini suivant qu’il est déterminé à partir du lieu de naissance et de mariage de l’ascendant considéré ou à partir de son lieu de mariage et de celui de ses parents. Ensuite, pour certains ancêtres, un seul acte est connu ce qui ne permet pas de définir un déplacement, de même si aucun acte concernant cet ancêtre n’est connu.

Pour 63 des 202 ascendants, on est capable de déduire un déplacement généalogique (bien ou mal défini). Bien sûr, dans un tel déplacement, le lieu d’origine et le lieu de destination peuvent être identiques. Pour les 139 restants, le parti pris est de considérer qu’ils n’ont pas bougé, soit à partir du lieu du seul acte connu les concernant soit à partir d’un lieu connu dans leur descendance. Prenons pour exemple une branche :

Exemple de branche avec lieux de naissance et de mariage

Si on considère la branche ci-dessus, on rencontre toutes les situations possibles présentées plus haut :

  • Jean Joseph RICHAUD a réalisé un déplacement généalogique bien défini de Valbelle à Cruis,
  • Denis BRUNEL et Jeanne THOME ont réalisé un déplacement généalogique bien défini, mais sans bouger puisqu’ils sont nés et se sont mariés à Valbelle,
  • Pour Pierre RICHAUD, dont le lieu de naissance n’est pas connu, on considère comme lieu de départ le lieu de mariage de ses parents. Il a donc réalisé un déplacement généalogique mal défini de Saint-Etienne-les-Orgues à Valbelle,
  • Brigitte BIZOT a réalisé un déplacement généalogique mal défini, mais sans bouger puisque, tout comme ses parents, elle s’est mariée à Saint-Etienne-les-Orgues,
  • Pour Jean BIZOT, Angélique MAGNAN, François THOME et Anne BERAUD, un seul lieu est connu, on ne peut donc pas déduire de déplacement généalogique et on fait l’hypothèse qu’ils ont passé leur vie dans ce seul lieu connu,
  • Enfin, pour Jean RICHAUD, Jallaye DERIVES, Michel BRUNEL et Jeanne DALMAS, aucun acte n’est connu et on fait l’hypothèse qu’ils ont passé leur vie dans le premier lieu connu pour leurs enfants, soit Saint-Etienne-les-Orgues pour le couple RICHAUD-DERIVES et Valbelle pour le couple BRUNEL-DALMAS.

On peut représenter ces déplacements sur le schéma très simple ci-dessous, où

  • chaque flèche reliant deux lieux indique le nombre de personnes ayant fait ce déplacement. Certaines flèches « bouclent » sur une paroisse lorsque les déplacements généalogiques correspondants ont cette paroisse pour origine et pour destination,
  • à côté de chaque nom de paroisse, on note le nombre d’ancêtres dont les déplacements ne sont pas connus et qui, par hypothèse, y ont passé leur vie.

Déplacements internes au système autour de la Montagne de Lure

Sur ce schéma, on note la forte prédominance de Saint-Etienne-les-Orgues :

  • 75 ancêtres y ont théoriquement passé leur vie,
  • 36 ancêtres y sont nés et s’y sont mariés,
  • 3 ancêtres l’ont quittée au cours de leur vie pour Ongles, Valbelle et Cruis,
  • 5 ancêtres l’ont rejointe au cours de leur vie, venant d’Ongles, Valbelle, Cruis, Forcalquier et Vachères.

On note également la confirmation de la pertinence du système considéré, compte tenu du nombre important de déplacements, dont certains dans les deux sens entre certaines paroisse et qui relient chaque paroisse à une autre du système.

Interactions du système avec l’extérieur

Schéma général

Le schéma ci-dessous détaille l’ensemble des déplacements généalogiques, toutes périodes confondues, reliant le système autour de la Montagne de Lure avec d’autres systèmes géographiques au sein de mon arbre. Chaque flèche montre le déplacement généalogique de l’un de mes ancêtres, sortant ou entrant par rapport au système autour de la Montagne de Lure, avec la distance parcourue (à vol d’oiseau) et la date de l’acte d’arrivée.

Schéma des interactions avec les autres systèmes généalogiques

Ces migrations, parfois sur de très longues distances, ne sont pas toujours expliquées. Cependant, nous allons essayer de fournir quelques éléments explicatifs.

Une mobilité limitée depuis le Luberon en 1731

Marguerite BERTRAND, née à Grambois (canton de Pertuis, arrondissement d’Apt, département de Vaucluse), sur le versant sud du Luberon, est venue se marier à Forcalquier en 1731. Bien que ne constituant pas de la micromobilité au sein d’un système, ce déplacement n’en est pas pour autant une migration de grande ampleur. En effet, Grambois se situe à 20 km de Manosque et aux portes du canton de Reillanne, ce qui en fait un territoire adjacent au système considéré

Une migration de grande ampleur depuis le Comté de Nice en 1734

Parmi les migrations les plus difficiles à expliquer, celle de Sebastiano ARMANDO (francisé en Sébastien ARMAND) depuis Saint-Etienne-de-Tinée (chef-lieu de canton de l’arrondissement de Nice, dans le département des Alpes-Maritimes) jusqu’à Saint-Etienne-les-Orgues en 1734 occupe la seconde place. En effet, cet ancêtre a dû traverser ce qui était à l’époque une frontière entre le Comté de Nice, dépendant de la Savoie et le Royaume de France.

Deux causes, peut-être conjointes, peuvent avoir contribué à cette migration, sans l’expliquer cependant totalement :

  • L’attractivité économique de Saint-Etienne-les-Orgues, du fait du commerce d’abord de la laine et du drap puis des herbes aromatiques, a pu attirer quelques jeunes gens, dont mon ancêtre, venant d’une vallée très enclavée et pauvre comme celle de la Tinée. Grâce aux colporteurs d’herbes, qui voyageaient parfois très loin, Saint-Etienne-les-Orgues jouissait en effet d’une solide réputation ;
  • L’abbaye Notre-Dame-de-Lure, reconstruite au milieu du XVIIe siècle, a pu attirer un pèlerinage de la part de notre ancêtre, lequel venait d’une paroisse vouée au même Saint-Etienne, à moins qu’il ne s’agisse là d’une coïncidence. Un détail vient étayer une hypothèse de ce type : lors de son mariage, Sébastien ARMAND est assisté de son frère Barthélémy ARMAND, qui est prêtre de Saint-Etienne-de-Tinée. La présence de ce prêtre loin de sa cure pourrait s’expliquer par un pèlerinage lors duquel son frère, notre ancêtre, l’aurait suivi.

Migrations vers Aix en 1755 et 1758

Louise GAUBERT et Jeanne VIAL, enfants du pays de la Montagne de Lure, se sont mariées à Aix-en-Provence au milieu du XVIIIe siècle. Ces migrations sont peu surprenantes, la Haute-Provence ayant été, dans toutes les classes de la société et à toutes les époques, un lieu de départ important pour les pays d’Aix et Marseille. Par ailleurs, via Manosque, Aix-en-Provence est un lieu de destination naturel pour les habitants du sud de la Montagne de Lure.

Un orphelin de Marseille implanté à Saint-Etienne-les-Orgues en 1850

Joseph Marius GILLAC est orphelin des Hospices de Marseille lorsqu’il nait en 1818. On ne sait pas d’où lui vient ce nom de famille, absent de la région mais présent dans d’autres à cette époque, ses parents étant inconnus.

On ignore également comment cet enfant trouvé est arrivé à Saint-Etienne, mais on peut envisager que ce ne soit pas de son propre chef. Entre 1793 et 1836, on observe en effet un fort repeuplement du village, parallèlement à son essor économique lié au commerce des plantes, qui a pu être accompagné par des politiques de peuplement aidé impliquant les orphelins marseillais, qui auraient par exemple été placés en nourrice dans les communes rurales de Haute-Provence. Plusieurs cas semblables sont en effet répertoriés dans les registres des communes des Alpes-de-Haute-Provence.

En 1850, à 32 ans, Joseph Marius GILLAC épouse la fille d’un cultivateur du lieu, Anne Marie Madeleine ARMAND. Ils auront 5 enfants connus entre 1851 et 1867, dont l’aînée, Adélaïde Augustine, naît 8 mois après leur union. Cette naissance un peu précoce pourrait peut-être expliquer, en partie, ce mariage. Cette Adélaïde aura à 24 ans un fils né de père inconnu, qui naîtra à Marseille, sans doute pour dissimuler la grossesse.

Marie Joséphine GILLAC est la benjamine de sa fratrie et elle a 5 ans lorsque son père décède. Il est probable que cette situation ait facilité l’accord de sa mère pour qu’elle épouse elle-même un étranger au village et qu’elle parte pour Marseille, revenant seulement passer une partie de ses grossesses auprès d’elle.

Un tourangeau venu en Provence en passant par Saint-Etienne-les-Orgues en 1884

En effet, le père de Marie-Rose SACHE lui-même, Théodore Arthur Arsène SACHE, n’est pas du tout stéphanois ni même provençal. En effet, il est né dans la ville de Tours et ses origines sont très concentrées en Indre-et-Loire. Le patronyme SACHE lui-même provient très probablement du village de Saché, commune voisine d’Azay-le-Rideau, connue notamment pour avoir accueilli dans son château pendant plusieurs années Honoré de BALZAC.

A ce jour, on ne sait pas expliquer ce qui a poussé Arthur SACHE, ouvrier charron, à venir se marier et avoir des enfants en Provence. En tout état de cause, nous ne savons pas non plus s’il a réellement vécu à Saint-Etienne ou s’il est parti vivre à Marseille avec sa femme dès son mariage. En effet, sur son acte de mariage, en 1884, il est dit résident à Saint-Etienne, mais sans indication de durée. Pour la naissance de ses deux enfants connus, en 1887 et 1891, il est dit qu’il réside avec sa femme à Marseille mais que celle-ci est de passage à Saint-Etienne chez sa propre mère, Marie ARMAND. Il est donc possible que Saint-Etienne n’ait été qu’une étape dans la migration, sans doute économique, qui a conduit Arthur SACHE de Tours à Marseille.

Le faible enracinement de la famille paternelle de Marie-Rose SACHE dans le système géographique explique sans difficulté que celle-ci, née à Saint-Etienne-les-Orgues en 1891, se soit pleinement implantée et mariée à Marseille en 1909. De fait, il ne s’agit pas à proprement parler d’une migration.

Le système de la Montagne de Lure, important avec ses plus de 200 ancêtres et 10 paroisses, ayant connu 4 immigrations et 3 émigrations, démontre bien la pertinence d’élargir les notions administratives de paroisse/commune pour parler des lieux cohérents vécus par nos ancêtres. Attracteur important puisqu’il voit venir des migrants de plus de 100 km de distance et même d’autres pays, il joue aussi un rôle de lieu-source en direction de la Provence côtière, économiquement bien plus attractive que la Haute-Provence depuis la fin du Moyen-Âge. L’analyse géographique que nous proposons dans cet article propose avant tout une méthode de définition élargie des lieux dans lesquels ont vécu nos ancêtres. Après la partition de l’arbre d’ascendance en lignées, présentée ici et l’analyse de la canopée pour partitionner les origines d’une personne à partir de ses plus lointains ancêtres connus, présentée dans les articles déjà cités, la partition de l’arbre d’ascendance en systèmes géographiques propose un éclairage différent de la dynamique géographique vécue par nos ancêtres.

L’homme que Marie-Rose SACHE épouse à Marseille n’est pas, lui non plus, marseillais de souche. Coïncidence, il est né en Piémont, dans le même royaume de Piémont-Sardaigne d’où étaient originaires les ARMAND. Il s’appelait ALLEMAND, non pas de l’empire des Germains mais sans doute du village d’Allemagne-en-Provence, historiquement important pour avoir été le siège d’une baronnie.

Mais ceci est une autre histoire…

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