Qui est la mère de Catherine SALVAT ?

Blason de la famille NAS : "d'azur au lion d'argent à la bordure cousue de gueules"

D’après l’Armorial Haut-Alpin, blason de la famille NAS – Source : Blason de la ville de Vielverge, geneawiki

Mon ancêtre Catherine SALVAT (SOSA 3263) est la mère de Claire SOUCHON et nous les avons déjà rencontrées toutes deux dans mon récent article consacré à ma visite cet été aux Archives départementales de Gap. Catherine a probablement été une jeune mariée, comme nous le verrons, mais elle a surtout été une très jeune veuve puisqu’elle était enceinte de son premier enfant lorsque mon ancêtre Jean SOUCHON, son mari, est décédé en 1682.

Je n’oublie pas que j’ai promis de vous raconter ce que j’ai pu trouver dans les actes qui ont suivi ce décès prématuré et qui ont été nécessaires pour régler la succession complexe de Jean SOUCHON et l’avenir de sa fille posthume, Claire. Cependant, outre ce que je cherchais sur la famille SOUCHON, ma visite aux AD05 a aussi remis en cause des informations qui étaient depuis des années dans mon arbre concernant la mère de Catherine SALVAT, alors même que j’avais pris ces informations dans l’Armorial Haut-Alpin, dont je vous ai déjà parlé.

Comme il m’a fallu un certain nombre de preuves avant d’accepter que cet ouvrage de référence, récent et bien documenté, comportait une erreur, certes subtile, je trouve intéressant de vous relater ici ma démarche.

Ce que je savais sur la mère de Catherine SALVAT

Rien de conclusif dans les actes paroissiaux

Mes recherches dans les actes paroissiaux de Seyne n’ont apporté que des éléments indirects sur l’identité de la mère de Catherine SALVAT. En effet, son acte de baptême est introuvable aux AD04 et, dans son acte de mariage avec Jean SOUCHON, en 1677, seul son père est cité pour être « Pierre SALVAT, procureur aux juridictions de Seyne ».

Acte de mariage de Jean SOUCHON et Catherine SALVAT, page 1 - Source : AD04

Acte de mariage de Jean SOUCHON et Catherine SALVAT, page 1 – Source : AD04

Les témoins de l’acte apportent cependant un premier indice, puisque y figure un certain « sieur François NAS de ROMANE oncle maternel de la[dite] SALVAT »

Acte de mariage de Jean SOUCHON et Catherine SALVAT, page 2 - Source : AD04

Acte de mariage de Jean SOUCHON et Catherine SALVAT, page 2 – Source : AD04

Le terme « oncle » est dangereux en généalogie, comme je l’ai déjà évoqué, car il est fortement polysémique, y compris au XVIIe siècle. Il faut donc se garder d’en tirer des conclusions hâtives. Même avec la précision du côté de la parenté, ici maternelle, il reste encore de nombreuses possibilités :

  • il s’agit d’un frère germain ou consanguin de la mère (ils ont donc le même père), auquel cas on peut déduire que la mère de Catherine est une NAS de ROMANE,
  • il s’agit d’un frère utérin de la mère (ils ont la même mère mais pas le même père), auquel cas on ne peut rien déduire sur la mère de Catherine,
  • il s’agit du mari d’une soeur de la mère (cas d’un oncle par alliance), auquel cas il faut rechercher le nom de la femme de François NAS de ROMANE pour avoir une piste sur le nom de la mère de Catherine SALVAT (si encore il ne s’agit pas de soeurs utérines),

Il faut enfin, en toute rigueur, combiner ces trois cas avec la possibilité que le mot oncle soit utilisé pour grand oncle. Cependant, le fait que François NAS de ROMANE soit cité immédiatement après les deux pères et avant le beau-frère du marié donne un indice de relative proximité avec la mariée.

Dès lors, à ce stade, on ne peut rien déduire de définitif sur la famille d’appartenance de la mère de Catherine SALVAT, mais la recherche d’un lien avec une famille NAS de ROMANE est une piste intéressante.

Le renfort d’une source bibliographique

C’est à peu près à cette époque, il me semble, que j’ai acquis un exemplaire de l’Armorial Haut-Alpin de Jean GROSDIDIER de MATONS. Je me suis alors empressé de voir ce qu’il pourrait m’apprendre sur cette union et, ô miracle, une information importante allait m’être apportée par l’article NAS, NAS de ROMANE, NAS de PLAN LARDIER (pp. 491-495).

Dans la lignée principale retenue par l’auteur, au degré III, on apprend ainsi que Grégoire NAS et Marguerite de PERISSOL ont eu, entre autres, une fille, citée de la façon suivante : « Claire, x 1.2.1661 (1 E 2719) Pierre Salva » qu’il faut comprendre comme : « Claire, mariée le 1er février 1661 par contrat reçu par Me C. de MOTTE, notaire à Tallard de 1638 à 1668 (1 E 2719 est la cote du registre aux AD05), avec Pierre SALVA ».

Cette mention est très intéressante pour notre recherche, tout en n’apportant pas une réponse totalement satisfaisante. En effet, certaines éléments corroborent la piste née de l’information indirecte issue de l’acte de mariage :

  • le nom du conjoint, Pierre SALVA(T), car il ne faut en aucun cas s’arrêter à la différence de graphie, surtout pour une lettre finale qui pouvait être muette,
  • le prénom, Claire, car c’est aussi celui de la fille de Catherine SALVAT, Claire SOUCHON, dont elle serait la grand-mère maternelle. Notons que c’est en fait un prénom peu usuel dans la région à cette époque, mais récurrent dans cette lignée cognatique de mon arbre, porté par Claire ROUGON (SOSA 815), fille de Claire SOUCHON, puis à nouveau Claire VIGNE (SOSA 203), petite-fille de Claire ROUGON.

A partir de ces éléments, j’ai choisi à l’époque de me fier à la généalogie proposée par l’Armorial qui fait remonter les SALVAT aux PERISSOL, GAUTHIER et BERNARD par les NAS, tout en explicitant toutes les hypothèses que ce choix supposait sur mon arbre geneanet.org. Quelques éléments cependant, me posaient question :

  • la date du mariage, d’abord, en 1661, car elle suppose que Catherine SALVAT était très jeune lorsqu’elle s’est elle-même mariée en 1677. Dans l’hypothèse maximale, elle serait née fin 1661 et aurait donc eu 15 ou 16 ans à son mariage, pas impossible mais rare. Cela m’amenait, non pas à remettre en cause le positionnement de Claire NAS dans l’Armorial ni son mariage, mais plutôt le fait que Catherine soit bien une fille de Pierre SALVAT de ce lit et non d’un premier mariage, pourquoi pas avec une autre fille NAS, expliquant le lien de parenté avec François NAS de ROMANE,
  • principale difficulté, le fait qu’ainsi positionnée généalogiquement, Claire NAS n’appartenait pas à la branche des NAS (de) ROMANE, mais à la branche que Jean GROSDIDIER de MATONS qualifie de principale et dont les NAS ROMANE sont issus : le fondateur de cette branche est Jean NAS, frère de Grégoire NAS, le père supposé de Claire NAS. Ainsi, il faut supposer que le mot oncle utilisé par le prêtre pour définir la relation de François NAS de ROMANE avec Catherine SALVAT a été utilisé à la place d’oncle à la mode de Bretagne, expression à ma connaissance non utilisée dans cette région à cette époque. En effet, François NAS de ROMANE serait le cousin germain de Claire NAS et donc le cousin de la mère de Catherine SALVAT. Cette erreur, ou cette imprécision, semble un peu étrange, notamment, comme on l’a dit, à cause du lien privilégié que l’ordre dans les parentés laissait supposer.

Il fallait donc davantage d’éléments pour répondre aux deux questions suivantes :

  • Peut-on confirmer que la mère de Catherine SALVAT est bien Claire NAS, mariée en 1661 avec Pierre SALVAT d’après l’Armorial haut-alpin ?
  • Quel est le lien de parenté réel entre Catherine SALVAT et François NAS de ROMANE ?

Ce que j’ai découvert aux Archives départementales des Hautes-Alpes

Un acte de remariage plus filiatif que celui du premier mariage

Parmi toutes les pièces liées au règlement de la succession de Jean SOUCHON, le compte-rendu d’une assemblée du conseil de famille en 1685 cite Catherine SALVAT comme remariée à Claude GARCIN, docteur en médecine.

A partir de cette information, j’ai pu rechercher l’acte de ce second mariage, qui se trouve comporter un double mariage puisqu’une soeur de Catherine, Thérèse SALVAT, se marie avec un frère de Claude GARCIN, Balthazar GARCIN. C’est sans doute ce qui a permis que cet acte soit filiatif, ce qui était rare à cette période pour un remariage.

Acte de mariage de Balthazar GARCIN avec Thérèse SALVAT et de Claude GARCIN avec Catherine SALVAT à Seyne en 1683 - Source : AD04

Acte de mariage de Balthazar GARCIN avec Thérèse SALVAT et de Claude GARCIN avec Catherine SALVAT à Seyne en 1683 – Source : AD04

Cette fois, l’information est sans ambiguïté, Catherine SALVAT est bien la fille de Claire NAS. On observe même que le prêtre s’est d’abord trompé de patronyme pour Claire et a raturé un mot qui ressemble fort à « ROMANE », maigre indice cependant pour contester le positionnement généalogique de Claire NAS dans l’Armorial.

Pour l’anecdote, sur la même page du registre de Seyne se trouve l’acte de baptême de Jean-Baptiste SALVAT, qui n’est autre que le frère de Catherine et Thérèse, né des mêmes parents et donc plus jeune que sa propre nièce, Claire SOUCHON, née au mois de mars de la même année. Cela tient au fait que Catherine SALVAT était très jeune lors de son premier mariage et que son veuvage prématuré l’amène à refaire sa vie, alors qu’elle n’a pas plus de 22 ans.

Un dernier élément décisif

Sans entrer ici dans les détails du règlement de la succession de Jean SOUCHON, l’essentiel des difficultés semble être venu du fait qu’il est décédé avant son père, Jacques SOUCHON, et que diverses conventions (legs, contrat de mariage) n’étaient pas encore réglées entre eux au moment de ce décès, notamment la succession de la mère de Jean, femme de Jacques, Françoise ROBERT. Une part importante des actes a donc consisté à inventorier les patrimoines de Jacques et Jean pour démêler ce qui devait rester à Jacques et ce qui devait échoir dans la succession de Jean.

Un acte, passé en 1683, est particulièrement intéressant à cet égard, comme je l’ai indiqué dans l’article précité car il reprend les principales dispositions du contrat de mariage de Jean SOUCHON et Catherine SALVAT, conclu en 1677. Un passage, bien que bref, est particulièrement intéressant. Je cite (et je transcrits) :

[…] ladite Catherine SALVAT se constitua cinquante livres à elle léguées par Maître Jean NAS, notaire de La Saulce son aïeul maternel que Sieur François NAS paya lors dudit mariage […]

C’est l’élément qui manquait au puzzle pour confirmer que l’Armorial se trompait dans la filiation de Claire NAS, mariée à Pierre SALVA(T). En effet, maintenant sans aucune ambiguïté possible, au même article consacré à la famille NAS, mais dans le paragraphe consacré aux NAS ROMANE, degré III, l’Armorial mentionne

« III. Jean François al. Jean Nas Romane, notaire, x 8.8.1632 […] Marie de Comboursier, fa de Jean, sgr de La Grange et de Madeleine de Poncet. Dont Madeleine […], Georges […], peut-être Suzanne […], François« 

Quand on sait que la famille NAS est située à La Saulce, on comprend :

  • que l’aïeul de Catherine SALVAT, « Jean NAS, notaire de La Saulce« , n’est autre que ce « Jean-François alias Jean Nas Romane, notaire » ci-dessus,
  • que François NAS de ROMANE, témoin au premier mariage de Catherine SALVAT, est sans doute aussi celui qui paya la constitution de cette dernière, et qui est cité dans l’Armorial comme fils (et continuateur des NAS ROMANE) de Jean François, alias Jean, notaire de La Saulce.

Cela répond enfin à notre dernière question, François NAS de ROMANE est donc tout simplement le frère de Claire NAS, mère de Catherine SALVAT et donc l’oncle, au sens propre, de cette dernière.

Il faut donc en déduire que l’Armorial Haut-Alpin s’est trompé sur la filiation de Claire NAS, pour une raison inconnue à ce jour, mais qu’il faut peut-être chercher dans le testament de Grégoire NAS, alors que celui de Jean François alias Jean NAS ROMANE, qui aurait pu lever l’ambiguïté, n’a pas été accessible aux auteurs.

Ce que nous savons aujourd’hui sur Claire NAS, mère de Catherine SALVAT

Indépendamment de toutes ces déductions, j’ai fini par trouver sur le site des Archives départementales des Alpes-de-Haut-Provence l’acte de décès de Claire NAS à Seyne en 1724. Veuve de Pierre SALVAT, elle est dite âgée d’environ 80 ans, ce qui est compatible avec la date du mariage de ses parents que l’Armorial situe, avec sources, en 1632. Et dans cet acte, elle est explicitement nommée « d[emoise]lle Claire NAS de ROMANE« .

Acte de sépulture de Claire NAS de ROMANE, en 1724 à Seyne - Source : AD04

Acte de sépulture de Claire NAS de ROMANE, en 1724 à Seyne – Source : AD04

Claire NAS est donc la fille de Jean NAS ROMANE, notaire, et donc également celle de Marie de COMBOURSIER, des seigneurs de La Grange. Par cette famille chevaleresque étudiée dans l’Armorial, elle descend notamment des PONCET, et par eux des FLOTTE, des GRAS, bref, de familles anciennes et très nobles des Alpes, du Dauphiné et de Provence.

Mais ceci est une autre histoire…

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