Mon ascendance royale (Partie 1)

Des lignées royales dans une ascendance en majorité modeste

Comme bien des Français, je descends de Charlemagne

Suivant la croyance populaire, l’immense majorité des Français descend de Charlemagne. Une bonne part d’entre nous descendrait même d’Henri IV, roi de France et de Navarre de 1589 à 1610.

Cette idée naïve, impossible à vérifier dans son exhaustivité, prend de mon point de vue un relief particulier si on la donne sous une forme plus faible, à savoir que quelle que soit leur condition sociale actuelle, tous les Français d’aujourd’hui ont probablement des ancêtres d’une conditions plus élevée.

En particulier, même si personne de votre famille n’a gardé le souvenir d’ancêtres notables, voire nobles, il est probable qu’en remontant assez loin vous puissiez en trouver.

De mon point de vue et sans prétention de démonstration, trois facteurs peuvent permettre d’expliquer ce fait :

  1. Le premier est lié à l’histoire de notre pays et notamment au fait que la première Révolution française, qui a chamboulé pas mal de choses dans la société, s’est produite il y a plus de 200 ans. Ainsi, les 8 à 10 générations qui nous séparent de ces événements, qui ont eu pour effet notable de supprimer, sur le papier du moins, toute distinction entre les roturiers et les nobles, ont eu une relativement plus grande possibilité et donc probabilité d’évoluer dans l’échelle sociale que leurs propres ancêtres. En tenant compte du fait que vos ancêtres vivants à la fin du XVIIIe siècle étaient quelques centaines à quelques milliers (2^7 = 128, 2^9 = 512 et plusieurs générations coexistaient), cela ouvre autant de trajectoires de vie et donc de possibilités d’arpenter dans les deux sens l’échelle sociale.
  1. Le second est simplement arithmétique, c’est le phénomène de l’implexe bien connu des généalogistes. En l’an 800, célèbre année du couronnement de Charlemagne, soit il y a environ 1 200 ans, vivaient mes ancêtres à la 48e génération (en comptant 25 ans en moyenne par génération). S’ils avaient été tous distincts, ils auraient été au près de 200 000 milliards. Or, suivant les estimations, la population mondiale était à cette époque de près de 200 millions de personnes, soit un million de fois moins. Comme toutes les chaussettes doivent trouver leur tiroir (merci M. Dirichlet), il faut en déduire qu’au moins l’un de mes ancêtres réels à cette époque est en fait un million de fois mon ancêtre !! Phénomène concurrent, ça signifierait qu’une part sans doute importante de la population mondiale de l’époque, ou en tout cas européenne, est faite de mes ancêtres. Il faut modérer cette intuition par le fait que, si certaines personnes occupent de nos jours des positions sociales proches de celles de Charlemagne à son époque (rois, princes), c’est souvent parce que leurs propres ancêtres sont restés dans ces classes sociales dominantes tout au long de l’histoire, ce qui fait que la consanguinité dans leur ascendance est très importante, et leur implexe très élevé. Rappelons pour l’anecdote le cas du roi d’Espagne Alphonse XIII dont l’implexe à la 11e génération était de 89 %, puisqu’il n’avait que 111 ancêtres distincts à cette génération sur les 1024 théoriques, imaginez à la 48e génération…
  1. Enfin, le troisième tient à la déchéance généalogique tendancielle des élites, vérifiable quelles que soient les époques et quelle que soit l’organisation de la société. En effet, le pouvoir et/ou l’argent étant systématiquement concentrés entre les mains d’une minorité qui, peu ou prou, doit conserver sa taille ou sa proportion dans la société sous peine de s’assimiler à la classe inférieure, il est impossible de maintenir une endogamie absolue au sein de cette classe. Il en va de même pour la classe en-dessous, qui concentre un peu moins de richesse mais doit abandonner une partie de ses membres à la classe inférieure pour conserver cette richesse, etc. Cette tendance doit exister même dans les systèmes sociaux réputés très stables, comme par exemple l’Ancien Régime en France. Elle est cependant renforcée lorsque pouvoir, argent et reconnaissance sociale ne sont pas exactement dans les mêmes mains mais ont tout intérêt à s’allier, les uns pour l’image, les autres pour l’argent. C’est le socle des mariages d’intérêt entre noblesse et haute bourgeoisie. Vous pardonnerez ce schéma simpliste pour décrire une réalité plutôt triviale, qu’il serait plus simple de constater à partir de l’exemple ci-dessous.

Prenons ainsi – et presque au hasard – le roi de France Henri Ier.

  1. Il est mon ancêtre (lien vers mon arbre geneanet). Ce roi eut un fils Philippe, qui fut roi après lui mais qui n’est pas mon ancêtre.
  2. Tous ses enfants ne pouvant être rois et reines, son fils Hugues, mon ancêtre, fut comte de Vermandois par son mariage avec l’héritière de ce comté. Il eut un fils, Raoul, qui lui succéda mais n’est pas mon ancêtre.
  3. Je descends de sa fille Isabelle qui se maria avec le comte de Meulan, donc dans une situation sociale comparable (en réalité plus basse, le comté de Vermandois étant plus ancien et plus riche, mais n’entrons pas dans les détails ici).
  4. Le fils d’Isabelle, Waleran, fut comte après son père. Il eut un fils, comte après lui, qui n’est pas mon ancêtre.
  5. Je descends en effet de sa fille Isabelle qui épousa le sire de Craon.

Nous sommes donc passés en 5 générations d’un roi à un seigneur, certes l’un des premiers de l’aristocratie angevine, mais qui n’a pas rang de comte. Tout ça parce qu’un roi ne peut faire de tous ses fils des rois et ne peut marier toute ses filles à des rois. Ou, plus exactement, parce que tous les rois ne peuvent faire de tous leurs enfants des rois et reines, tous les comtes des comtes et des comtesses (ou mieux), tous les nobles des nobles, tous les notaires des notaires ou des femmes de notaires (ou mieux), tous les patrons des patrons et des patronnes, etc.

En se répétant de génération en génération, ce phénomène conduit, au bout d’un certain temps (et c’est bien ce certain temps qui est intéressant à étudier) à ce que moi, simple généalogiste amateur, je descende d’un des personnages les plus importants de l’Histoire européenne, en une quarantaine de générations, et de plusieurs familles royales de l’Europe occidentale. C’est ce dont je vais parler ici.

Comment je descends de Charlemagne

112 lignées qui ont convergé il y a longtemps

En l’état actuel de mes connaissances, je suis relié à Charlemagne par 112 liens de parenté, c’est-à-dire que Charlemagne occupe 112 places différentes dans mon arbre d’ascendance (on est loi du million…). Pour autant, et c’est à mon avis l’une des mesures possibles de la trace sociale d’une personne, c’est-à-dire du niveau social de ses ancêtres (qui peut être totalement décorrélé du sien), je partage ces 112 liens de parenté avec un seul de mes ancêtres à la 7e génération, ce qui signifie que mon ascendance royale est concentrée sur un seul des 64 ancêtres que j’ai à cette génération. Ce fait est à comparer avec les fameux quartiers de noblessedont les nobles d’Ancien Régime étaient si jaloux. Avec quatre quartiers, on prouvait que ses quatre grands-parents ou deux grands-parents et deux arrière-grands-parents étaient nobles, ce qui est sans commune mesure avec mon unique ancêtre à la 7e génération (non noble, d’ailleurs), descendant de Charlemagne.

Cet ancêtre unique, dont les deux parents descendent quant à eux de Charlemagne, est François Auguste TEYTUT-VILLOUVIER, d’une lignée dont j’ai déjà eu l’occasion de parler (ici et ).

Un ancêtre présent sur 8 générations

Le temps décale les générations entre elles. Il n’est donc pas surprenant que les 112 places « occupées » par Charlemagne dans mon ascendance soient dans 8 générations différentes.

Il est ainsi mon ancêtre :

  • 4 fois à la 39e génération,
  • 28 fois à la 40e génération,
  • 42 fois à la 41e génération,
  • 20 fois à la 42e génération,
  • 12 fois à la 43e génération,
  • 3 fois à la 44e génération,
  • 1 fois à la 45e génération et
  • 2 fois à la 46e génération.

22 ancêtres carolingiens

Enfin, mes ancêtres carolingiens, c’est-à-dire les descendants agnatiques de Charlemagne qui sont aussi mes ascendants, sont au nombre de 22 (Charlemagne compris). Ma lignée carolingienne (au sens de mon billet sur les lignées) comporte donc 22 individus. Ils sont répartis sur 11 générations et la lignée a 7 tiges, c’est-à-dire que la lignée comporte 7 femmes.

C’est sous cet angle que je vais maintenant présenter les lignées royales présentes dans mon ascendance : les Robertides/Capétiens, rois de France, les Liudolfinger, rois de Germanie, les Unruochides et d’Ivrea, empereur et rois d’Italie et les Rollonides, rois d’Angleterre.

Présentation des lignées royales de mon arbre

Méthodologie

Les lignées royales sont des lignées comme les autres, si ce n’est qu’elles comportent des rois et des empereurs.

Cinq paramètres me semblent intéressants à connaître pour chacune de ces lignées :

  • sa taille, c’est-à-dire le nombre d’ancêtres qu’elle renferme,
  • sa hauteur, c’est-à-dire le nombre de générations qu’elle comporte,
  • sa durée, c’est-à-dire la période de temps qu’elle couvre,
  • son degré de ramification, c’est-à-dire le nombre de femmes qu’elle comporte, appelées tiges,
  • le nombre de liens de parenté qui m’unissent au sommet de la lignée, l’ancêtre commun à tous ses membres. Ce nombre de lien dépend de la ramification de la lignée mais aussi de la ramification des lignées dans lesquelles les femmes de la lignée se sont mariées, puis celle de ces lignées, etc. jusqu’à moi-même, chaque ramification créant de nouveaux liens de parenté.

On s’attend évidemment à ce que pour toutes les lignées royales :

  • la période de temps couverte soit ancienne, puisqu’il a fallu beaucoup de temps pour descendre ensuite l’échelle sociale des rois jusqu’à moi-même,
  • les lignées soit ramifiées,
  • les liens de parenté qui m’unissent au sommet de la lignée soient nombreux, parce que ces lignées sont anciennes mais aussi à cause de l’endogamie forte dans la noblesse.

Les Robertiens/Capétiens

On appelle indifféremment Robertiens (ou Robertides) ou Capétiens les membres de la dynastie royale ayant régné en France de 888, avec Eudes, jusqu’en 1848, avec Louis-Philippe Ier. Leur ancêtre commun est Robert le Fort, père des deux premiers rois Eudes et Robert Ier. Les descendants de Robert Ier ont régné de manière continue à partir de 987, avènement d’Hugues Capet, petit-fils de Robert Ier, jusqu’à Louis XVI, destitué en 1792, d’où le double nom retenu.

Je descends de Robert Ier et la lignée correspondante a les caractéristiques suivantes :

  • 17 membres sur 9 générations (la génération I étant celle de Robert le Fortpère du roi Robert Ier),
  • elle couvre la période d’environ 815 (naissance supposée de Robert le Fort) à 1141, décès d’Hélie de BOURGOGNE, comtesse de Ponthieu, soit 326 ans,
  • elle comporte 7 tiges et donne 84 liens de parenté entre Robert Ier et moi.

Notons enfin qu’elle comporte 4 rois (Robert Ier, Hugues Capet, Robert II le Pieux et Henri Ier), 3 ducs, 1 comtesse, 2 comtes ou marquis, 7 ancêtres non titrés.

J’ai tenté de résumer sur le schéma ci-dessous une présentation de cette lignée royale de France.

Branche royale des robertiens/capétiens présents dans mon ascendance. Du tronc des ducs des Francs et rois de France découlent les comtes de Vermandois et les ducs de Bourgogne.

Parmi les alliances, il faut noter celle d’Henri Ier avec Anna Iaroslavna de KIEV qui nous fait descendre des dynasties princières de la Russie médiévale.

Les Liudolfinger : souche des empereurs romains germaniques

Moins connue que la précédente en France, la dynastie saxonne des descendants du comte Liudolf a cependant donné ses premiers empereurs au Saint-Empire romain germanique. La mère du roi Hugues Capet appartenant à cette lignée, j’en descends aussi, de manière plus limitée.

  • 5 membres sur 4 générations (la génération I étant celle de Liudolf, grand-père du roi de Germanie Henri Ier l’Oiseleur),
  • elle couvre la période d’environ 800 (naissance supposée de Liudolf) à 984, décès de Gerberga de GERMANIE, abbesse de Notre-Dame-de-Soissons,  soit 184 ans,
  • elle comporte 2 tiges et donne 55 liens de parenté entre Liudolf et moi.

Elle compte 1 roi (Henri Ier l’Oiseleur), 2 comtes, 1 abbesse et 1 ancêtre non titrée. Le roi Henri Ier est le père d’Otton Ier, le premier roi de Germanie à prendre le titre d’empereur du Saint-Empire romain germanique.

Mes ancêtres de la dynastie du comte Liudolf de Saxe.

Les Unruochides et la famille d’Ivrea : empereur et rois d’Italie

Le trône d’Italie, pays longtemps morcelé notamment par la présence des Etats pontificaux, a souvent dans l’histoire médiévale été rattaché aux grandes dynasties impériales (Carolingiens, Ottoniens, Hohenstaufen, etc.). Quelques dynasties d’origines plus locales ont cependant réussi à s’y hisser ponctuellement. C’est notamment le cas des descendants de deux comtes francs, venus prendre des fiefs en Italie à la suite des empereurs et des rois carolingiens. J’ai donc choisi de présenter cette ascendance en réunissant les deux lignées correspondantes, les deux rois qu’elles comportent étant petit-fils et grand-père l’un de l’autre.

  • 15 membres (4 + 11) sur 10 générations (4 et 8, avec deux générations correspondantes dans les deux branches), la génération I étant celle d’Unruoch et la III celle d’Anschier, fondateurs des deux dynasties,
  • elle couvre la période d’environ 800 (naissance supposée d’Unruoch) à environ 1140, décès des soeurs Sybille et Gisèle de BOURGOGNE,  soit 340 ans environ,
  • elle comporte 4 tiges et donne 59 liens de parenté entre Unruoch et moi, tout comme entre Anschier et moi.

Elle comporte 1 empereur (Berengario I) et 2 roi (Berengario II associé à son fils Adalberto), 2 ducs, 1 comtesse, 5 comtes/marquis, 4 ancêtres non titrées.

L’empereur Berengario I était par sa mère Gisèle, le petit-fils de l’empereur Louis Ier le Pieux, donc très proche des Carolingiens.

Mes ancêtres unruochides et de la Maison d’Ivrea. Les troncs des marquis de Frioul et d’Ivrea donnent chacun un roi d’Italie. La Maison d’Ivrea se poursuit ensuite dans les comtes palatins de Bourgogne.

Les Rollonides : des barbares scandinaves aux rois d’Angleterre

Les fleuves ont longtemps été les points faibles du royaume des Francs de l’Ouest, baptisé Francie puis France. Les embouchures de la Somme, de la Seine et de la Loire, en particulier, ont permis aux peuples navigateurs du nord de l’Europe, ces barbares des anciennes chroniques qui se baptisaient eux-mêmes Vikings, de mener pendant plusieurs siècles des razzias sur le nord-ouest de ce qui deviendrait bientôt le coeur du système politique et économique français.

Rollon fut bien inspiré lorsque, par le traité de Saint-Clair-sur-Epte conclu avec le roi carolingien Charles III le Simple il accèda de facto au statut de comte et prit le contrôle politique, avec l’assentiment de ses anciens ennemis, de l’actuelle Haute-Normandie. Ses descendants feront prospérer et grandir ce fief, jusqu’à prendre le titre de ducs et à nommer eux-mêmes des comtes et, enfin à accéder au trône de l’Angleterre voisine.

  • 15 membres sur 9 générations, la génération I étant celle de Rollon,
  • elle couvre la période d’environ 800 (naissance supposée de Rollon) à 1216, décès de Sarah of CORNWALL  soit 416 ans environ,
  • elle comporte 5 tiges et donne 54 liens de parenté entre Rollon et moi.

Elle comporte 2 rois (Guillaume Ier le Conquérant et Henri Ier Beauclerc), 2 ducs,  5 comtes et 6 ancêtres non titrés.

Mes ascendants rollonides. Le tronc des ducs de Normandie donne d’abord les comtes d’Evreux puis la branche illégitime des comtes de Cornouailles (earls of Cornwall).

Parmi les alliances de ces cinq lignées royales, on retrouve parfois, sans surprise, les mêmes familles comtales, notamment celles de Flandre et de Bourgogne qui, par l’importance stratégique et foncière de leur fief, gravitaient généalogiquement autour des familles royales du temps. C’est le cas ici de Mathilde de FLANDRE, épouse de Guillaume Ier le Conquérant, dont l’ascendance fait du roi Henri Ier Beauclerc un descendant d’Hugues Capet.

Toutes les familles royales de l’extrême ouest européen ont cependant à cet époque un socle généalogique et, surtout symbolique, commun : celui des Carolingiens. Si cela est moins vrai pour l’Angleterre qui a échappé à l’empire de Charlemagne et ne reviendra dans le système féodal général de l’Europe qu’en 1066, à la faveur de l’accession au trône par conquête de Guillaume Ier le Conquérant, fils du duc de Normandie Richard II le Magnifique, les autres rois rencontrés ici s’emparent ou se font élire dans des limites géographiques et par des vassaux qui étaient ceux des Carolingiens, désormais déclinants.

Mais ceci est une autre histoire…

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