Quelles sont mes origines ? (Seconde partie)

Les limites de l’analyse par générations pour déterminer mes origines

Des limites aux concepts définis dans le premier article

Dans un article précédent, j’ai eu l’occasion d’initier une démarche itérative de recherche de mes origines géographiques en représentant de manière synthétique les lieux d’origines de mes ancêtres jusqu’à la Ve génération (mes arrière-arrière-grands-parents) et en cherchant à en tirer des règles générales.

Pour cela, j’ai introduit deux notions, la myopie géographique, qui permet de hiérarchiser l’espace en fonction de la distance à un endroit donné, et l’instabilité géographique, qui cherche à mesurer les mouvements dans l’espace hiérarchisé qui se sont produits d’une génération de mes ancêtres à la suivante.

En construisant une échelle de myopie géographique à partir de Marseille, lieu où je suis né, on peut retracer mes origines jusqu’à la génération X. Cependant, l’apparition d’individus dont les origines sont inconnues rend l’exercice rapidement approximatif, comme le démontre le graphique suivant.

Lieu d’origine par génération et degré de myopie

Ainsi, on constate que dès la VIIIe génération, les ancêtres connus sont en minorité ce qui relativise fortement ce qu’on pourrait déduire sur la connaissance des lieux d’origine de mes ancêtres à cette génération et au-delà sur mes propres origines.

Il faut noter que j’ai introduit, outre les ancêtres inconnus, la notion d’ancêtres « inconnaissables », parents d’enfants nés de parents inconnus.

Quant à la stabilité géographique, le constat est plus encourageant car, si on calcule l’indice d’instabilité pour les générations V à X, en se limitant cependant aux ancêtres connus, on constate une tendance à la limitation des mouvements de mes ancêtres entre les différentes classes de myopie à partir de la VIIe génération, ce qui permettrait d’affirmer qu’en analysant des générations d’ancêtres assez proches, mais « stables », on rend correctement compte de mes origines plus lointaines.

Évolution de l’instabilité géographique pour les générations V à X

Il convient de se rappeler que c’est un indicateur faible, c’est-à-dire que lorsqu’il y a stabilisation, l’indicateur est bas, mais un indicateur bas ne traduit pas nécessairement une stabilisation, dans la mesure où les mouvements à l’intérieur d’une même classe ne sont pas mesurés par l’indicateur. Dès lors, la principale conclusion qu’on puisse en tirer, en lien avec le théorème de l’attracteur est que la VIIe génération donne une bonne indication de la part de mes ancêtres originaires de Bouches-du-Rhône, soit 4/64 ou 6,25 %, qui doit sans doute être une limite supérieure pour la part de mes ancêtres bucco-rhodaniens.

Cette approche analytique conduit donc à relativiser la méthode descriptive pour sa capacité « prédictive » des origines aux générations plus anciennes. Elle a cependant l’avantage indéniable de s’appuyer sur des éléments tangibles, qui permettent d’observer des dynamiques locales sur des individus ou des branches.

Les « carrés d’ascendance », une vision synthétique

A défaut de pouvoir l’utiliser pour en déduire mes origines de manière globale, l’approche descriptive aux générations proches permet d’observer de manière synthétique des déplacements géographiques dans mon ascendance et dans celles de certains de mes ancêtres proches.

Pour cela, j’ai créé un mode de représentation que j’ai appelé « carré d’ascendance », qui représente mon lieu de naissance, celui de mes 8 arrière-grands-parents (génération IV), et ceux de leurs 64 arrière-grands-parents (génération VIII). Cette représentation, dont la principale qualité est la synthèse, permet ainsi d’observer, en omettant les générations intermédiaires, les déplacements intervenus sur deux fois trois générations, en utilisant toujours un code couleur pour les niveaux de myopie géographique, proche de celui défini dans l’article précédent, mais dans lequel la notion de « département d’une autre région » a été remplacée par celle de « département non limitrophe », géographiquement plus pertinente.

Voici donc le carré d’ascendance me concernant :

Carré d’ascendance à partir de moi, représentant les lieux d’origine de mes 8 AGP (G IV) et de leurs propres AGP (G VII) connus

Sur la ligne du bas, on trouve donc mon propre lieu de naissance, dans les Bouches-du-Rhône. Sur la ligne au-dessus, ceux de mes huit arrière-grands-parents (génération IV) puis, verticalement au-dessus de chacun d’eux, ceux de ses huit arrière-grands parents (génération VII).

Le carré d’ascendance fournit donc une vision synthétique des lieux d’origine à la IVe et à la VIIe générations, sans ambition d’exhaustivité puisque les générations intermédiaires ne sont pas représentées.

Cependant, la VIIe génération fait apparaître la très grande diversité des lieux d’origines des arrière-grands-parents de mes arrière-grands-parents, puisque sur les 64 ancêtres théoriques à cette génération et les 44 connus parmi eux, on trouve pas moins de 13 « lieux » d’origine différents, dont 2 départements limitrophes des Bouches-du-Rhône et d’autres aussi éloignés que l’Indre-et-Loire (37), la Saône-et-Loire (71) ou la Dordogne (24).

Pour dépasser cette vision descriptive limitée, il faut faire appel au concept de canopée, déjà défini dans un article dédié.

La canopée comme un instantané de mes origines, toutes générations connues confondues

La méthode de la canopée appliquée à l’ensemble de mon arbre

J’ai déjà utilisé, dans l’article dédié à Oliva MONTEROSSO et dans celui dédié à mon ascendance provençale, l’analyse des origines de l’un de mes ancêtres (Oliva MONTEROSSO, SOSA 11 et Laurence Julie GILLY, SOSA 51) à partir de celle des membres de sa canopée.

Je ne vais pas à nouveau décrire ici la méthode abondamment présentée dans les deux articles cités, mais simplement en rappeler le principe.

Il s’agit de s’affranchir de la connaissance nécessairement imparfaite de l’ensemble des ancêtres d’une personne et donc de l’incertitude que les ascendants inconnus font peser sur la connaissance de ses origines dans une approche génération par génération, incertitude illustrée par les résultats de la méthode descriptive décrite plus haut (dans mon cas, moins de 50 % de mes ancêtres sont connus dès la VIIIe génération).

La méthode consiste à donner au lieu d’origine connu de chaque individu de la canopée le poids que cet individu occupe dans l’ascendance de la personne dont les origines sont recherchées. Ainsi, mon arrière-grand-père François ALLEMAND et son épouse Angélique LANTELME (SOSA 56 et 57), mariés en Piémont, apportent dans mes propres origines une part piémontaise correspondant à leurs parts dans l’arbre, soit 2 x 1/32 = 6,25 %. Bien que d’une génération différente, ils sont comptabilisés au même titre, par exemple, que Pierre ROY et Marie SERRAUT (SOSA 7430 et 7431), qui apportent 2 x 1/4096 = 0,05 % d’origines pour Azay-sur-Cher, en Indre-et-Loire.

Et ainsi de suite, en ajoutant les contributions de mes ancêtres dont une origine est connue, on obtient une cartographie des 100 % de mes origines. En répartissant les différents lieux d’origines en fonction des classes de myopie utilisées précédemment, on obtient la répartition suivante :

Répartition par classes de myopie de mes origines déterminées par la méthode de la canopée

Cette répartition confirme la principale conclusion de la méthode descriptive, à savoir que la par de mes ancêtres originaires des Bouches-du-Rhône est de l’ordre du pourcent (3,8 % précisément en l’état actuel des connaissances).

Il peut maintenant être intéressant de préciser la répartition des lieux qui constituent les différentes classes de myopie, car elles gardent tout de même un niveau d’imprécision assez grand.

Le poids dans la canopée comme mesure de la fiabilité

Plus les individus considérés pour contribuer aux origines de la souche sont des ancêtres récents, plus la probabilité que leurs propres ancêtres aient migré et que leur propre lieu d’origine ne soit pas représentatif de l’origine de leur branche est grande. Ainsi, il est intéressant de déterminer si l’ancêtre en question se situe dans la cime de la canopée et donc s’il est lointain, et donc potentiellement d’une époque où les migrations étaient moindres ou au contraire s’il appartient à la base de la canopée, qu’il est donc récent et que ses ancêtres ont pu migrer.

Pour cela, nous avons défini dans l’article sur la canopée, une mesure du poids des individus dans la canopée qui permet d’évaluer leur « hauteur » dans celle-ci. Plus leur poids est élevé plus ils sont proche de la cime de l’arbre, plus il est bas plus ils sont proches de la souche.

Ainsi, on peut considérer que plus le poids moyen dans la canopée des individus contribuant à un lieu d’origine donné est faible, plus il est probable que la part de ce lieu dans mes origines est peu fiable et évoluera lorsque l’ascendance de ces individus sera mieux connue.

Terroir de Marseille ou terroir d’Aix-en-Provence ?

Mes origines dans les Bouches-du-Rhône ont été présentées dans l’article dédié cité plus haut, puisque j’en hérite presque exclusivement par Laurence Julie GILLY (SOSA 51).

La répartition suivant l’appartenance de mes ancêtres au terroir de Marseille ou à celui d’Aix-en-Provence est environ moitié-moitié (53 % contre 47 %).

Il faut noter que le poids moyen dans la canopée des individus correspondants est élevé (23 % pour Aix et 14 % pour Marseille) ce qui indique que ces individus sont globalement anciens et donc que leur lieu d’origine est plutôt fiable.

18 départements différents hors Bouches-du-Rhône

Voici, représentés sur une carte de France, les départements d’où proviennent mes ancêtres, qui démontrent un tropisme vers le sud de la France, avec cependant un éclatement important puisque 19 départements (y. c. les Bouches-du-Rhône) sont concernés.

Département français d’origine de mes ancêtres. Les couleurs sont celles des degrés de myopie définis plus haut. Source du fond de carte : statistiques-mondiales.com

Le tableau suivant reprend la représentation dans mes origines des départements français autres que les Bouches-du-Rhône, en distinguant par le même code couleur les différentes classes de myopie.

Dans la colonne de droite, on voit le poids moyen des individus qui en sont originaires dans la canopée, pris comme une mesure de la fiabilité de l’information correspondante : les taux proches de 100 % indiquent les origines les plus fiables et ceux plus proches de 0 % les moins fiables. On constate que seuls trois départements, les Alpes-de-Haute-Provence, la Corrèze et la Haute-Vienne dépassent 10 % de fiabilité. Il s’agit en effet des trois départements dans lesquels (avec les Bouches-du-Rhône) la connaissance de mes ancêtres est la plus grande.

Poids dans mes origines des départements français hors Bouches-du-Rhône

Si on classe maintenant ces départements par les contributions décroissantes à mes origines, on obtient l’histogramme suivant, sans distinguer les départements limitrophes des Bouches-du-Rhône de ceux qui ne le sont pas.

Classement des départements hors Bouches-du-Rhône par leur contribution à mes origines

On note le rôle prépondérant des Alpes-de-Haute-Provence et de la Dordogne qui sont les seuls départements à dépasser 5 %. J’ai déjà évoqué le rôle particulier dans mon ascendance des Alpes-de-Haute-Provence, département voisin des Bouches-du-Rhône à partir duquel les migrations vers Marseille et Aix ont été nombreuses. Il se trouve que j’en suis originaire par plusieurs branches distinctes.

Pour la Dordogne, son poids s’explique par le fait que l’un de mes arrière-arrière-grands-pères, Emile COUSTILLAS (SOSA 30), en était quasiment à 100 % originaire.

Des ancêtres étrangers tous italiens

Mes ancêtres étrangers, qui constituent la majorité de mes origines (56 %), sont tous originaires de l’actuelle Italie. Ils sont à 50 % siciliens et à 6 % piémontais, mais ils ont un très faible poids au sein de la canopée (0,7 % en moyenne), ce qui rend cette contribution aux lieux d’origine relativement incertaine.

La canopée évolue à chaque fois que mes recherches permettent d’agrémenter l’arbre, faisant du même coup varier les contributions des différents lieux à mes origines. J’aurai donc l’occasion de présenter une actualisation de cette analyse dans quelques mois en fonction de l’avancée de mes recherches.

Notons enfin que la part de chaque lieu dans les origines de mon fils est égale à la moitié de la mienne plus la moitié de celle de sa mère. Je ne sais pas si j’aurai l’occasion de décrire les origines de mon épouse, mais elles sont très différentes des miennes, ce qui laisse penser que mon fils a des origines correspondant à la moitié des miennes pour les lieux présents dans mon ascendance.

Mais ceci est une autre histoire…

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