L’ascendance d’Oliva MONTEROSSO

Oliva MONTEROSSO (SOSA 11) était la mère de ma grand-mère paternelle. Née le 21 septembre 1901 à Balestrate (Palermo, Sicile, Italie, lien en italien), elle s’est mariée le 15 juillet 1926 à Tunis (Tunisie) avec Luigi GIACONA et est décédée moins d’un mois avant ma naissance, le 9 mai 1984 aux Pennes-Mirabeau (Bouches-du-Rhône, PACA, France) où elle vivait près de ma grand-mère.

De cette arrière-grand-mère que je n’ai pas connue part une branche entièrement sicilienne que j’ai choisie pour illustrer le concept de canopée. Ce choix est double : d’abord mon intérêt pour la seule branche sicilienne que j’aie pour l’instant réussi à significativement défricher et ensuite la recherche d’une certaine simplicité pour la clarté de l’illustration. En effet, j’ai eu une chance inouïe en ce qui concerne cette branche puisque peu de communes siciliennes ont leurs archives disponibles sur internet, mais c’est le cas du village d’origine d’Oliva MONTEROSSO, Balestrate, ainsi que de celui d’origine de son père, Gaspare MONTEROSSO, Terrasini (Palermo, Sicile, Italie, lien en italien).

Les registres paroissiaux de ces communes et de quelques communes voisines ont été numérisés par les Mormons et sont donc accessibles librement sur FamilySearch.org, derrière ce lien. Cela m’a permis, contrairement à mes autres branches siciliennes à ce jour, de la remonter rapidement et assez loin, comme on va le voir.

Quelques informations sur la branche et ses patronymes

L’ascendance d’Oliva MONTEROSSO est connue sur 10 générations (la sienne comprise) et 131 individus différents. Elle ne comporte pas d’individus doubles.

Cependant, on constate que l’endogamie géographique y est très marquée puisque, malgré l’assez grande profondeur de la branche, l’ensemble de ses ancêtres se répartit dans quatre communes limitrophes : Balestrate, Terrasini, Cinisi (Palermo, Sicile, Italie, lien en italien) et Alcamo (Trapani, Sicile, Italie, lien en italien).

Les patronymes rencontrés sont au nombre de 32, dont 4 qui sont présents deux fois sans que la parenté des lignées soit prouvée : AGRUSA, AJELLO (2), AMORE, AZZOLINI, BADULATO, BOMMARITO, BRIGUGLIO, CARDINALE, COTTONE, CRACCHIOLO (2), CREDDO, GUARRASI, GUSMANO, LA FATA, LI CAVOLI, LO GRASSO, LUMETTA, LUPO, MADONIA, DI MAIO, DE MARIA, MERCURIO, MIGLIORE, MONTEROSSO (2), D’ORLANDO, PALAZZOLO (2), RUGGIERI, RUSSO, SCANDALIATO, SERRA, TRUPIANO et VENTIMIGLIA.

Sur le site très complet d’anthroponymie italienne cognomiitaliani.org (site en italien), j’ai pu trouver des pistes pour l’origine de ces différents patronymes :

  • AJELLO/AIELLO, CARDINALE et MERCURIO se rencontrent dans tout le sud de l’Italie,
  • AMORE a plusieurs foyers d’origine, dont un dans le sud de la Sicile,
  • AZZOLINI et D’ORLANDO sont plutôt originaires du nord et du centre de l’Italie,
  • COTTONE, MADONIA et TRUPIANI sont très représentés dans la province de Palermo et en particulier dans les lieux qui nous occupent,
  • LA FATA est typique de la province de Palermo,
  • LUPO, RUGGIERI et RUSSO sont répandus dans toute l’Italie,
  • DI MAIO est typiquement sicilien, avec un foyer dans l’ouest de la Sicile,
  • MIGLIORE a un foyer important en Sicile,
  • MONTEROSSO est typiquement sicilien, pour être dérivé de noms de lieux tels que Monterosso Almo (Siracuse, Sicile),
  • PALAZZOLO a un foyer en Sicile, pour être dérivé de noms de lieux tels que Palazzolo Acreide (Siracuse, Sicile),
  • SERRA est répandu en Italie, avec une prévalence en Sardaigne,
  • VENTIMIGLIA est répandu à Sicile pour être dérivé du nom de la ville de Ventimiglia di Sicilia (Palermo, Sicile).

Cette diversité des origines des patronymes rencontrés, certains très locaux ou régionaux, d’autres très répandus partout et enfin un petit nombre typiques de régions très éloignées, donne naturellement envie d’en savoir plus sur les origines des ascendants d’Oliva MONTEROSSO. Il faut bien reconnaître cependant que les actes de mariage des paroisses étudiées, en latin, sont peu diserts sur les personnes qu’ils mentionnent.

Par rapport à des actes paroissiaux français de la même période (XVIIe, XVIIIe et XIXe siècles), on n’y trouve jamais d’indications sur les professions, par exemple.

Il faut noter enfin qu’à partir du XVIIIe siècle, il est fréquent que les parents des époux soient qualifiés avec le même patronyme, celui du mari, ce qui ne simplifie pas la progression ascendante, laquelle doit se fier à la concordance des paroisses, des dates, du nom complet du père et uniquement du prénom de la mère.

De fait, parmi les 131 ascendants dans cette branche, le patronyme de 30 femmes n’est pas connu, car elles sont appelées par celui de leur mari dans les actes.

Regard sociologique sur les lignées

Comme je l’ai dit plus haut, les actes paroissiaux rencontrés sont relativement laconiques. Ils reprennent généralement assez complètement les formules consacrées et notamment les paroisses d’origine des mariés mais ne vont guère plus loin en termes de matériau à mettre sous la dent du généalogiste qui cherche des informations plus qualitatives.

Les seuls indices que l’on rencontre au détour des actes, les sociétés aristocratiques comme l’était la Sicile jusque très tard étant très hiérarchisées, sont les marques de respect des prêtres envers les personnages occupant des places sociales éminentes. En Sicile, ces marques sont de deux types, dont je n’ai pas encore compris les subtilités : « maestro » (en latin, « magister ») et « Don » (en latin, « dominus »).

Prenons ici l’exemple d’un acte qui fait apparaître ces marqueurs sociaux :

Acte de mariage de Bernardo AZZOLINI et Giuseppe GUSMANO

Je vais d’abord le transcrire :

Die 14 8[octo]bris 1764 – D[ominus] Bernardus AZZOLINI – Denu[ntiationibus] praemissis tri[bu]s diebus festivis [??] missarum sol[emnium] [??] die 21, 23 et 29 7[septem]bris 1764 nulloq[ue] legal[e] impedimento detecto, r[everen]dus pastor d[ominus] Antoninus GUSMANO de licentia interrogavit d[ominum] Bernardum AZZOLINI cinisis innuptum fil[iu]m leg[itimu]m et nat[ural]em q[uon]dam d[omini] Ignatis et viventis d[ominae] Onoratae AZZOLINI ol[im] jug[entium] et Josepham GUSMANO cinisensem pariter innuptam filiam leg[itima]m et nat[ural]em q[uon]dam Mag[istr]i Phari et viventis Elisabeth GUSMANO ol[im] jug[entium] eorumq[ue] mutuo [??] consensu habito per verba presenti coram testibus sub[signatis] notis Mag[istro] Aloisio VALENTI et Mag[istr]o Vincentio PALAZZOLO eos in matrimonium coniunxit et in missae sacrificio benedixit [??]

Désolé pour les blancs, mais mes compétences en transcription restent celles d’un amateur. Maintenant, traduisons-le, en remplissant les blancs puisque les formules sont peu originales :

Le 14 octobre 1764 – Don Bernardo AZZOLINI – Après trois publications faites lors de trois jours de fête, à l’occasion de la messe solennelle, les 21, 23 et 29 septembre 1764, ne s’étant présenté aucun empêchement canonique, le Révérend Curé Don Antonino GUSMANO a interrogé en toute liberté Don Bernardo AZZOLINI, de Cinisi, non marié, fils légitime et naturel de feu Don Ignazio et de vivante Donna Onorata AZZOLINI, jadis mariés, et Giuseppe GUSMANO, de Cinisi, de même non mariée, fille légitime et naturelle de Maître Faro et de vivante Elisabeta GUSMANO, jadis mariés, ayant recueilli leur consentement mutuel et oral et en présence des témoins connus bas nommés Maître Aloisio VALENTI et Maître Vincenzo PALAZZOLO et les a conjoints en mariage et bénis durant le sacrifice de la messe.

Tout comme les AZZOLINI et les GUSMANO, plusieurs lignées font apparaître des individus notables, dont on peut penser, par assimilation avec les habitudes en France, que peut-être ceux qualifiés de « maître » assument des fonctions judiciaires.

C’est le cas des lignées AGRUSA (Don), AZZOLINI (Don), GUARRASI (Don), GUSMANO (Maestro), LA FATA (Maestro), LUPO (Maestro) et PALAZZOLO (Don). Il faudrait  trouver d’autres sources pour établir la place de ces familles dans la notabilité locale.

Etude de la branche par sa canopée

La canopée de la branche d’Oliva MONTEROSSO

Vous trouverez ici un tableau qui reprend l’ensemble de la canopée d’Oliva MONTEROSSO, chacun des 66 individus étant indiqué par ses prénom, nom, numéro SOSA par rapport à moi, numéro de branche par rapport à moi et numéro binaire par rapport à moi.

Ce numéro binaire correspond à la notation binaire du numéro SOSA précédée d’un B, artifice de notation que j’utilise pour obliger mon tableur à classer les numéros par ordre alphabétique et non par ordre numérique. Par ce subterfuge, en utilisant la fonction de tri du tableur, je peux trier la canopée :

  • soit dans l’ordre des SOSA croissants,
  • soit dans l’ordre des lignées croissantes,
  • soit dans l’ordre naturel de la canopée, c’est-à-dire comme si je parcourais l’arbre de gauche à droite sans me préoccuper des générations, ce qui s’obtient en triant suivant les numéros binaires croissants.

C’est trois ordre de tri ont chacun leurs avantages et inconvénients, que j’ai déjà présentés dans l’article sur la canopée.

Morphologie de la canopée

La canopée d’Oliva MONTEROSSO comporte 66 ascendants, ce qui représente 51 % de ses ascendants connus et 6,5 % de l’ensemble des ascendants théoriques jusqu’à la génération X.

La génération de base de la canopée est la IV, celle des arrière-grands-parents d’Oliva, tandis que la génération de cime est la X, ce qui donne une profondeur de la canopée de 7 générations, et traduit, de fait, le fort déséquilibre de la branche maternelle d’Oliva, connue sur seulement 3 générations tandis que sa branche paternelle est connue sur 9 générations.

Les 66 individus de la canopée sont tous généalogiquement orphelins à la fois de père et de mère, ils ont donc chacun un poids individuel de 1 et l’effectif pondéré de la canopée est égal à son effectif réel, soit 66. Pour leur poids générationnel, il faut pondérer en décroissant de moitié au fur et à mesure qu’on s’éloigne de la génération de cime. Ce calcul est simplifié par le fait que tous les individus de la branche sont simples, c’est-à-dire qu’ils ne se rencontrent qu’une seule fois dans la branche. Le dénombrement des poids est le suivant :

  • 8 individus à la génération X, de poids générationnel 1, soit 8 x 1 = 8,
  • 8 à la génération IX, de poids 1/2, soit 8 x 0,5 = 4,
  • 14 à la génération VIII, de poids 1/4, soit 14 x 0,25 = 3,5,
  • 30 à la génération VII, de poids 1/8, soit 30 x 0,125 = 3,75,
  • 4 à la génération VI, de poids 1/16, soit 4 / 16 = 0,25,
  • 2 à la génération IV, de poids 1/64, soit 2/64 = 0,3125.
Contribution des générations de la canopée à son poids

Le poids de la canopée s’obtient en sommant ces poids, il est donc de 19,8125. Puisque la plus haute génération est la X, avec un nombre théorique d’ascendants égal à 512, il est aisé de déduire l’ombrage de la branche d’Oliva MONTEROSSO, qui est de 19,8125 / 512 = 3,9 %, ce qui traduit à la fois le fort déséquilibre que nous avions vu plus haut et le faible taux de connaissance de la branche : 66 / 512 = 12,89 %.

En revanche, l’étagement de la canopée, égal à 19,8125 / 66 = 30 %, rend bien compte du fort étagement mais en même temps également du fort effectif des hautes générations qui réunissent 8 + 14 + 30 = 52 des 66 ascendants de la canopée.

A noter qu’on a, comme on s’y attend par définition :

ombrage = taux de connaissance x étagement = taux de connaissance x poids / effectif pondéré

Analyse des origines par la canopée

En prenant un peu d’avance sur la seconde partie de l’article sur les origines d’une personne, je vous propose, dans le cas simple d’Oliva MONTEROSSO, d’examiner ses origines dans l’état actuel des connaissances, à partir de sa canopée.

Pour cela, il suffit de partir du constat élémentaire suivant lequel un enfant tire ses origines à moitié de son père et à moitié de sa mère. C’est ainsi que je prétendais, dans l’article cité, quantifier les origines d’une personne à partir de celles de ses ancêtres. En raisonnant génération après génération en remontant le temps, je me heurtais pourtant au fait que, très rapidement, les générations ne sont plus complètes car des ascendants sont inconnus.

Je propose ici de quantifier les origines d’une personne en fonction uniquement de celles des individus connus les plus anciens dans chaque lignée, c’est-à-dire par définition par celles des individus de la canopée. Le cas est très simple ici car, en outre, tous les individus ont un poids individuel de 1. Si ce n’était pas le cas, il faudrait éventuellement pondérer avec un poids de 1/2 ceux dont l’un des parents est connu.

Par rapport à ce que j’ai présenté dans la partie précédente sur l’analyse de la canopée, la difficulté réside dans le fait que ce mode de calcul pondère les générations suivant l’ordre exactement opposé à celui utilisé plus haut. Le tableau suivant récapitule les poids générationnels en fonction des générations de la canopée :

G Poids pour le calcul de l’ombrage Part pour le calcul des origines
IV 0,015625 0,125
V 0,03125 0,0625
VI 0,0625 0,03125
VII 0,125 0,015625
VIII 0,25 0,0078125
IX 0,5 0,00390625
X 1 0,001953125

L’idée est bien que le calcul de l’ombrage pondère plus fortement les plus hautes générations tandis que le calcul des origines pondère plus fortement les plus basses générations. C’est logique, puisqu’un individu à la génération N a apporté à la souche de l’arbre 1/2^(N-1) de son « sang » et donc de ses origines.

Pour le calcul des origines, il suffit donc de sommer, pour un lieu donné, les parts des individus qui en proviennent, ces parts étant obtenues comme le produit d’une composante individuelle (la même que le poids individuel calculé plus haut) et d’une composante générationnelle, donnée dans le tableau ci-dessus.

On trouve alors que les origines d’Oliva MONTEROSSO sont : Alcamo pour 3,1 %, Cinisi pour 15,6 %, Balestrate pour 25 % et Terrasini pour 56,3 %.

Le graphique ci-dessous montre la décomposition des origines par lieu et par génération des individus de la canopée.

Contribution aux origines par génération de la canopée

En attendant, il est toujours agréable de rêver en regardant les blasons et en lisant les descriptions des familles nobles de Sicile, sur le site du Nobiliaire de Sicile d’Antonino MANGO di CASALGERARDO (en italien).

Mais c’est une autre histoire…

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4 commentaires pour L’ascendance d’Oliva MONTEROSSO

  1. Ping : Giuseppe VASI : graveur et architecte né à Corleone | ingénéalogie

  2. Anfray dit :

    Il semble que nous ayons la même souche !
    Je suis actuellement en Sicile et je viens de faire les cimetières de terrasini et balestrade : un seul Monterosso enterré à Terrasini !
    Frédéric

    • Bonjour Cher Cousin,

      En 2009 puis 2011, j’avais échangé avec Fabienne ANFRAY, qui est sans aucun doute de votre famille. En tant que petite-fille de Rose MONTEROSSO, nous cousinons en effet par ma grand-mère paternelle, fille d’Oliva MONTEROSSO.
      Je ne suis pas surpris de ce que vous dites sur les cimetières du Golfo di Castellammare : après avoir beaucoup parcouru les actes de ces paroisses : MONTEROSSO n’est pas un patronyme très courant localement. Ajoutez à cela que les tombes de sont pas conservées plus d’un siècle et les migrations, comme celles de nos ancêtres communs justement, et vous pouvez peut-être expliquer le faible nombre de MONTEROSSO dans les cimetières de leurs villages d’origine.
      Je sais que mon arrière-arrière-grand-père Gaspare MONTEROSSO, qui avait émigré en Tunisie, est revenu mourir « à Palerme » suivant la mémoire familiale, dans les années de l’indépendance algérienne, peut-être en 1960.
      Bien généalogiquement, Cher Cousin,

      Rémi

      • Anfray dit :

        Effectivement Fabienne est ma soeur!
        Il n y a plus Qu a se rencontrer !
        Je suis en région parisienne mais souvent en déplacement en france !
        A bientôt
        Frédéric

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