Les TEYTUT, notables corréziens (Première partie)

J’ai un attachement particulier à cette famille de mon arbre pour trois raisons, chacune très bonne prise séparément, et mises ensemble elles expliquent que j’aie voulu lui consacrer mon premier billet familial :

  • j’avais gardé dans la tête un nom donné par mon arrière-grand-mère Alice (SOSA 15), qui se rappelait sans faillir à quatre-vingt-cinq ans passés, les noms de jeune fille de ses grands-mères. Elle m’avait dit : « Ma grand-mère maternelle s’appelait Marguerite TETU-VILLOUVIER. » Ce n’est qu’après sa disparition que j’ai un beau jour réussi à démêler l’écheveau, à partir de ce simple souvenir, d’un pan fascinant de ma généalogie ;
  • ensuite, cette branche et ce patronyme m’ont permis de découvrir des cousins, passionnés comme moi de généalogie, et nous avons collaboré très fructueusement pour explorer cette famille corrézienne. Les éléments que je vais présenter ici sont issus d’un travail collaboratif entre Monique BOURLON, Yves MARTIN, Aymeric TRIOMPHE et moi-même, tous les quatre descendant des TEYTUT ;
  • Enfin, c’est par cette famille que mon arbre s’est pour la première fois élargi vers des familles notables puis nobles, pour lesquelles nous avons pu remonter le temps à pas de géants en utilisant des sources documentaires généalogiques et historiques.

Des migrations en Corrèze au XIXe siècle

Le point de départ de la lignée

Marguerite TETU-VILLOUVIER, nom qu’avait retenu la mémoire familiale, est donc située sur ma lignée cognatique, puisqu’elle était la grand-mère maternelle de la grand-mère maternelle de ma mère (SOSA 63). C’est d’elle que part la lignée qui porte le numéro L32 dans ma numérotation personnelle pour les lignées et que nous allons suivre sur 8 générations.

Nous avons abondamment utilisé l’excellent site des Archives départementales de la Corrèze, sur lequel nous avons trouvé une grande partie des actes qui nous ont permis d’avancer.

Appelée Jeanne TETU VILLOUVIER, voici son acte de naissance du 2 juin 1862 à Orgnac-sur-Vézère, Corrèze :

L’an mil huit cent soixante-deux, et le deux juin heure de midi, pardevant nous Pierre LAFAURIE maire remplissant les fonctions d’officier d’état-civil est comparu à la mairie Auguste TETU VILLOUVIER commis de forges âgé de quarante ans, demeurant à La Forge d’Orgnac lequel nous a présenté un enfant du sexe féminin né le susdit jour à deux heures du matin, à La Forge d’Orgnac de cette commune de lui déclarant, et de Elisée Geneviève PENAUD son épouse et auquel il a donné le prénom (sic.) de Jeanne TETU VILLOUVIER. Lesdistes déclarations et présentation faites en présence de Jean Baptiste COT, meunier âgé de quarante ans, demeurant à La Peyrade et de François COT âgé de trente ans, demeurant à ce même lieu. Et ont les comparants dit ne savoir signer de ce requis après lecture faire. Signé Lafaurie, maire.

Elle se marie le 29 janvier 1893 à La Feuillade, Dordogne, à la limite de la Corrèze, avec Alphonse COURBOULES (SOSA 62, L16), cordonnier. Ils auront comme enfants ma trisaïeule Agathe (SOSA 31) en 1894 et Emile en 1896, tous deux nés à Larche, Corrèze, dans la banlieue de Brive-la-Gaillarde, d’où est originaire son mari.

Elle décède le 5 février 1926, à l’âge de 64 ans, à Larche.

Nous ne savons pas pourquoi elle a parcouru dans sa jeunesse les 30 km qui séparent Orgnac de Larche/La Feuillade.

Son père, autre migrant corrézien

Du fait de son patronyme composé et d’une importante fluctuation sur les prénoms, constante de la famille, Auguste TETU VILLOUVIER, que nous avons rencontré âgé de 40 ans en 1862, est né François VILLOUVIER le 24 octobre 1820 à Beyssenac, Corrèze.

Du vingt-cinq 8[octo]bre 1820, heure de huit du matin, acte de naissance de M[onsieu]r François VILLOUVIER, né le vingt-quatre 8[octo]bre à neuf heure du soir fils de M[onsieu]r François VILLOUVIER et de Dame Marguerite Félicité ROBERT. Le sexe de l’enfant a été reconnu masculin. Premier témoin, Jean GERAUD, c[ultivat]eur d[emeur]ant à Faragodie. Second témoin, François MADRONET p[ropriét]aire c[ultivat]eur d[emeur]ant à Pieroli. Sur la réquisition à nous faite par M[onsieu]r François VILLOUVIER père j’ai dressé le présent acte. Et ont les témoins déclaré ne savoir signer de ce par nous enquis, et M[onsieu]r VILLOUVIER père a signé avec nous. Constaté suivant la loi, après lecture faite, par moi Léonard VALEZE, maire de Beissenac faisant les fonctions d’Officier public de l’état civil. Signé Villouvier ayné, Valeze maire.

Cette acte n’est pas anodin, car il fait apparaître, en pleine Restauration, la position sociale des parents de François VILLOUVIER, qui sont, contrairement aux témoins, qualifiés de Monsieur et Dame. De fait, nous allons voir bientôt que ces personnes occupent une position sociale éminente.

Appelé François Auguste VILLOUVIER, il épouse le 21 février 1852 à Ségur-le-Château, Corrèze, Elisée Geneviève PENAUD (SOSA 127), avec laquelle il aura 8 enfants entre 1854 et 1871, d’abord nés à Ségur puis à Orgnac à partir de 1857. Auguste VILLOUVIER exerce successivement les professions de boulanger puis de commis des forges. Cette dégringolade est aujourd’hui largement inexpliquée, quand on connaît la position sociale de ses parents et grands-parents.

Toujours est-il qu’Auguste VILLOUVIER décède le 14 octobre 1898 à Larche, où il semble avoir suivi sa fille Marguerite Jeanne. On ne sait pas non plus ce qui l’a poussé à quitter Ségur, berceau de la famille, cinq ans après son mariage, même si la cause est probablement liée à la fin de vie de son père.

François VILLOUVIER, notable d’un régime à l’autre

Saluons le premier TEYTUT de la lignée né sous l’Ancien Régime en appréciant le style de son acte de baptême, dressé le 10 mai 1779 dans la paroisse Saint-Eloy (auj. Saint-Eloy-les-Tuileries, Corrèze).

Le noeuf may mil sept cent septente noeuf est né François fils a m[aît]re Martial TESTU seig[neu]r de Vilouvier avocat en parlement et a dame Helene BUISSON son epouse lequel a êté baptisé le dix par moy soussigné a êté parein m[aît]re François TESTU seig[neu]r de Vilouvier et le Mas au conte conseillier du roy et son assesseur au seneschal de S[aint] Yrieix et juge de la cour ordinaire de la viconté de Segur et mareine damoiselle Marguerite BUISSON de Chatdeféine qui ont signé avec nous. Signé Buisson de Chadefeyne, De Villouvier, Du Brouilliet curé de Segur

On sait à quel point il faut se garder d’être hâtif quand il s’agit d’Ancien Régime et ne pas amalgamer trop facilement notabilité et noblesse. Ici, clairement, on voit de nombreux attributs de la notabilité mais aucun de la noblesse. En cette fin de XVIIIe siècle, si l’orthographe est encore hésitante sous la plume de ce curé, les désignations et titres sont au contraire précis : les hommes sont qualifiés de « maître », ce qui est corroboré par les charges et offices judiciaires qu’ils assument tous deux. Leurs titres, « seigneur de Vilouvier » et « seigneur de Le Mas au Comte » seront examinés plus avant.

A partir de cet ascendant, nous resterons dans les quatre paroisses qui constituent la zone d’influence de Ségur-le-Château, où la famille TEYTUT occupe une position éminente.

François TEYTUT est l’aîné de sa fratrie, il est d’ailleurs l’aîné de trois François, ce qui explique qu’il appose cette mention à sa signature, on l’a vu plus haut. Dans cette famille bourgeoise traditionnelle, c’est le grand-père paternel qui parraine et donne son nom à l’aîné des petits-enfants, aux côtés de la grand-mère maternelle. Symétriquement, son cadet est le filleul du grand-père maternel et de la grand-mère paternelle. L’homonymie des deux grands-pères explique donc l’homonymie des deux frères.

La Révolution francaise va venir perturber la vie de nos ancêtres notables, comme on pourra le percevoir dans les actes de cette période. En particulier, on verra le patronyme de notre ancêtre évoluer de TEYTUT en TEYTUT-VILLOUVIER par réintégration du titre principal des aînés. Son frère cadet François TEYTUT, filleul de son aïeul Francois BUISSON de CHADEFAINE, adoptera de même le patronyme de TEYTUT-CHADEFAINE.

François TEYTUT-VILLOUVIER se marie sous ce patronyme le 29 septembre 1806 à Saint-Yrieix-la-Perche, Haute-Vienne avec Marguerite Félicité ROBERT (SOSA 253), originaire de la paroisse du Moutier et, elle-aussi, issue de la notabilité locale. Ils auront 10 enfants de 1807 à 1827. Leur contrat de mariage, ici dans sa version complète, démontre que, si les titres et les patronymes ont évolué, les pratiques sont encore celles héritées de l’Ancien Régime, puisque notre ancêtre, aîné d’une fratrie de 6 enfants, reçoit en préciput la nue propriété du domaine de Villouvier (auj. Villouviers, en Payzac, Dordogne), celui du porteur du titre suivant la règle du droit d’aînesse. En outre, il sera avec sa famille nourri, logé et blanchi chez son père jusqu’à son décès.

Cette répartition, peu conforme à l’esprit du Code civil entré en vigueur entre temps, ne sera d’ailleurs pleinement réglée qu’en 1828, après la mort de Martial TEYTUT-VILLOUVIER, lorsque François TEYTUT-VILLOUVIER devra vendre Villouvier et le Mas-au-Comte, le domaine voisin, pour verser leur part à ses frère, soeurs et neveux. En effet, sa part préciputaire a été ramenée à un quart de la succession et dès lors, ayant distrait de celle-ci Villouvier (23 000 F) au titre de son préciput et le Mas-au-Comte (19 000 F) au titre de la dot résiduelle de son épouse, il est redevable d’une soulte importante vis-à-vis d’eux. Il n’empêche que l’ampleur du patrimoine laissé par son père, qui outre ces deux domaines comporte les biens distraits par sa veuve, Hélène BUISSON, à savoir la maison de maître du Chambon, un autre domaine et une vigne, témoigne de ce que la famille n’a pas été spoliée de ses biens pendant la Révolution. La transcription de l’acte de vente se trouve ici.

Dernier signe de la stabilité dans laquelle cette famille semble avoir passé la Révolution, François TEYTUT-VILLOUVIER sera maire de Saint-Eloy pendant toute la durée de la Restauration, soit de 1816 (il n’a alors que 37 ans) à 1830. D’une orthographe hasardeuse, il enregistrera cependant, pour l’anecdote, la naissance de sa future bru Elisée Geneviève PENAUD.

Signature de François TEYTUT-VILLOUVIER en tant que maire de Saint-Eloy-les-Tuileries, Corrèze

François TEYTUT-VILLOUVIER décède le 19 décembre 1858 à Ségur, « dans la maison de son fils » qui ne saurait donc être notre ancêtre Auguste puisqu’il est parti vivre à Orgnac à cette date.

Une lignée de juges dans un haut lieu de juridiction

La Cour des appeaux de Ségur

Vue de Ségur-le-Château - Source : Wikipédia

Aujourd’hui l’un des plus beaux villages de France, Ségur-le-Château était sous l’Ancien Régime le siège d’une vicomté, certes mineure car rattachée très tôt à celle de Limoges, mais aussi d’une Cour d’appeaux. Cette juridiction extraordinaire, accordée aux comtes de Périgord par le roi Philippe VI, a été souhaitée par le vicomte Jean de BLOIS, vicomte de Limoges et de Ségur, lorsque celui-ci réussit à se rendre maître du comté de Périgord. Son ressort s’étendait sur plus de 150 paroisses, pour lesquelles elle constituait une juridiction d’appel, avant de se pourvoir devant le Parlement royal. La Cour des appeaux fut supprimée en 1750 par édit du roi (source : Wikipédia\Ségur-le-Château).

Il n’est donc pas étonnant de trouver à Ségur de fort belles maisons des XVe et XVIe siècles, ayant appartenu aux nombreux juristes qui gravitaient autour de la Cour des appeaux. Nos TEYTUT font partie de cette classe-là, dans laquelle ils contractent la plupart de leurs alliances.

Martial TEYTUT, dernier porteur de titres

Nous l’avons déjà rencontré dans l’acte de naissance de son fils, Martial TEYTUT est né le 9 décembre 1752 à Ségur et baptisé le 10 dans la chapelle Saint-Laurent.

Le neufvieme decembre mille sept cent cinquante deux est né et a este baptisé le dixieme par moy curé soussigné dans la chapelle de S[ain]t Laurent Martial TEYTUT fils naturel et legitime de François TEYTUT seigneur de Villouvier et le Mas au compte advocat en la cour de parlement et de damoiselle Anne Catherine BOYER son epouse le parrain a este messire Martial DUVERGER prestre curé de S[ain]t Eloy la marraine demoiselle Françoise TEYTUT qui ont signés. Signé Françoise Teytut, Lascoulx Curé de Beyssenac, Duverger curé de St Eloy parain.

Martial est le dernier de nos ascendants à avoir porté les titres de ses pères, puisqu’il était seigneur de Villouvier et seigneur du Mas-au-Comte (auj. Le Mas, en Payzac, Dordogne), deux domaines voisins situés non loin de Ségur qui ont été cédés par son fils en 1828, comme nous l’avons vu plus haut.

Martial TEYTUT se marie par contrat le 2 juin 1778 et le 3 juin 1778 à La Roche-l’Abeille, Haute-Vienne avec Hélène BUISSON du PUYGUICHARD (SOSA 505), originaire de cette paroisse. Comme son fils après lui, Martial se marie donc avec une fille de notables de Haute-Vienne, ce qui traduit le déplacement du centre de gravité local vers Saint-Yrieix-la-Perche, après la disparition de la Cour d’appeaux.

Leur contrat de mariage, ici en version intégrale, fait apparaître le même mécanisme que celui de François TEYTUT avec Marguerite ROBERT. Le marié reçoit un préciput de la moitié des biens de son père et de sa mère, en plus du gîte et du couvert de leur vivant. La mariée reçoit une dot confortable de 30 000 livres. Ils auront 9 enfants de 1779 à 1791.

J’ajoute ici, avec son aimable autorisation, les photographies des portraits de Martial TEYTUT et d’Hélène BUISSON que Monique BOURLON m’a très gentiment transmises. Ces deux portraits, qui trônaient sans doute dans le salon de ses grands-parents, sont encore à ce jour dans sa famille bien qu’elle ne dire chez qui.

Portrait de Martial TEYTUT

Portrait d'Hélène BUISSON

Bien qu’il déclare cette fonction dès son mariage, ce n’est en réalité qu’en 1787, alors âgé de 35 ans, que Martial TEYTUT se voit inscrire par bénéfice d’âge, après huit inscriptions de jure commune, à la faculté de droit de Toulouse et qu’il est autorisé à prêter serment d’avocat.

A partir du décès de son père, il assume ses fonctions et offices, à savoir :

  • celui de juge de la cour ordinaire de Ségur, qui correspond justement à la juridiction de premier ressort pour Ségur, indépendamment de la présence de la Cour d’appeaux disparue avant sa naissance ;
  • celui de conseiller du roi, assesseur au sénéchal de Saint-Yrieix, titre apparu en lien avec la disparition de la Cour d’appeaux et qui démontre que le centre de gravité local se déplace vers le siège de la sénéchaussée, laquelle devient la juridiction d’appel.

Malgré la disparition de la Cour d’appeaux dans la seconde partie du XVIIIe siècle, laquelle constituait la raison d’être de l’abondante notabilité ségurine, il semble que les TEYTUT aient réussi à tirer leur épingle du jeu, en conservant leur patrimoine foncier et en assumant de nouvelles charges liées à la nouvelle organisation juridictionnelle. Les alliances contractées en Haute-Vienne viennent également témoigner du même fait.

Martial TEYTUT traverse, comme son fils, la Révolution française et les régimes suivants sans, apparemment, d’autres pertes que sur le plan formel. En effet, il sera qualifié d’avocat à la fin de sa vie et décèdera en 1816 à Ségur, en laissant à ses enfants et à sa veuve un important patrimoine déjà évoqué plus haut.

François et Pierre TEYTUT, juges de la vicomté de Ségur

François TEYTUT

Né le 29 octobre 1722  à Ségur, François TEYTUT est baptisé le lendemain dans la paroisse de Beyssenac.

Le 29e octobre 1722 est né François TEYTUT fils legitime a m[aîtr]e Pierre TEYTUT sieur de Vilouvier iuge de Segur et a damoiselle Elizabet DUMAS ses pere et mere et fut baptizé le 30 susdit mois ; le parin fut François TEYTUT s[ieu]r de la Jarrige et maraine Anne NAINE. Signé F de Lascoux curé.

On voit ainsi que le prénom François, porté pour la première fois dans cette lignée par cet ancêtre, provient de son parrain François TEYTUT, sieur de La Jarrige. Cette famille, très proche de celle de nos ancêtres par la géographie, par le milieu social et par les relations de parrainage croisées, est sans aucun doute issue d’un ancêtre commun. A ce jour, nous ne sommes pas parvenus plus que les auteurs historiques (Les deux familles sont étudiées à la suite, avec quelques erreurs et imprécisions cependant, dans le Dictionnaire des familles nobles et notables de la Corrèze de J.-B. CHAMPEVAL) à les relier.

On a déjà rencontré ce François comme père de Martial mais aussi comme parrain de François (bis), son petit-fils. On peut donc établir qu’il porta tous les titres déjà rencontrés chez son fils. Il fut ainsi seigneur (ou, plus proprement dans la sémantique locale, sieur) de Villouvier et du Mas-au-Comte, juge de la cour ordinaire (par opposition à la Cour d’appeaux) de la vicomté de Ségur, avocat en Parlement, puis conseiller du roi, assesseur criminel au sénéchal de Saint-Yrieix à la fin de sa vie.

Il épouse en 1746 Anne Catherine BOYER (SOSA 1009), pur produit elle aussi de la notabilité ségurine puisqu’elle descend des anciens juges de Ségur mais aussi d’un assesseur de la Cour d’appeaux, office non moins prestigieux. Par ailleurs, les époux ont obtenu dispense du troisième degré de parenté qui les unit. En effet, ils ont en commun deux arrière-grands-parents, Antoine BOYER et Françoise CHASTEAU, qui sont respectivement les SOSA 14-15 de François et les SOSA 8-9 d’Anne. Nous ne disposons malheureusement pas du contrat de mariage de François TEYTUT et d’Anne BOYER. Ils auront à notre connaissance 9 enfants de 1747 à 1766. C’est à l’occasion de ce mariage qu’apparaît pour la première fois le titre de sieur du Mas-au-Comte, que son père n’a jamais porté.

En 1753, suite à la démission de son père du fait de son grand âge, il est installé comme juge de la vicomté de Ségur par Emmanuel, marquis d’HAUTEFORT et vicomte de Ségur. Vous trouverez ici la transcription complète de cet acte signé de la main de Charles PRADEL de LAMAZE, lieutenant général de la sénéchaussé d’Uzerche, dont semble dépendre juridiquement à cette époque la vicomté de Ségur.

François TEYTUT décède en 1783 à Ségur, il ne connaîtra donc pas les événements de la Révolution française.

Pierre TEYTUT, premier juge de Ségur de la lignée

Pierre TEYTUT naît dans la nuit du 9 au 10 novembre 1685 à Ségur, ainsi qu’il ressort de son acte de baptême célébré dans la chapelle de Laumonière, qui dépend à cette époque de la paroisse de Beyssenac.

Le unziesme jour de novembre j ay baptisé dans l eglize de laumoniere Pierre TEYTUT, fils legitime de Pierre TEYTUT, sieur de Villouvier et de damoyselle Anne GUINDRE parrin Pierre GUINDRE sieur du Mazeau et marrene damoyselle Marie TEYTUT. Le susd[it] Pierre baptisé estoit né le soir du neusviesme au dix dud[it] mois aud[it] an. P[rése]nt a son baptesime Pierre ROULET le s[ieu]r d’Estivaux le s[ieu]r de la Guairaine mademoyselle de TEYTUT mademoyselle de la Boissiere et autres.

Comme on le voit, son père n’est pas qualifié à cette date de juge de Ségur.

Il se marie le 25 novembre 1710 avec Isabeau DUMAS, elle aussi issue des familles de juristes qui gravitent autour de la Cour d’appeaux. Leur contrat de mariage, dont vous trouverez ici la transcription, sera conclu, de manière assez étrange comme l’avait relevé CHAMPEVAL (ibid.), en 1717. On y voit que l’époux et ses beaux-parents auraient omis de faire un contrat de mariage jusqu’à cette date et que les DUMAS apportent à leur fille une dot de 4 000 livres. Nous savons par ailleurs qu’Isabeau DUMAS est la fille cadette de Jean DUMAS et Bernarde BOYER, qui ont institué une bien meilleure dot au profit de leur fille aînée, Françoise DUMAS, laquelle a épousé François TEYTUT de la branche de La Jarrige, parrain de notre ancêtre et donc son oncle par alliance. Pierre TEYTUT et Isabeau DUMAS auront 11 enfants de 1713 à 1736.

Pierre TEYTUT décède en 1754 après avoir abandonné à son fils François l’office de Ségur, comme on l’a vu.

Deux premiers degrés de la lignée moins bien connus

Pierre TEYTUT

Pierre TEYTUT n’est connu que par les actes de baptême de ses enfants et par son contrat de mariage avec Anne GUINDRE (SOSA 2017), conclu le 13 février 1681, où il est dit sieur de Villouvier et avocat en Parlement. La transcription, lacunaire, se trouve ici. On y trouve la mère du marié, alors veuve et ayant donné procuration à Pierre TEYTUT, juge de Bré, son beau-frère, oncle paternel du marié, et les parents de la mariée, bourgeois de Lubersac, Corrèze lesquels lui apportent une dot de 4 000 livres. Anne GUINDRE est issue de la notabilité de Lubersac, principale ville voisine de Ségur. Ils auront à notre connaissance 4 enfants, dont Pierre TEYTUT, docteur en théologie, archiprêtre et curé de Lubersac.

Yrieix TEYTUT

Jean-Baptiste CHAMPEVAL s’est déjà heurté à la multiplicité des TEYTUT portant des prénoms identiques (François, Pierre et Yrieix), tous du même niveau de notabilité à Ségur et contractant des alliances dans les mêmes milieux. Dans l’ouvrage cité (ibid.), il désignait à tort Pierre TEYTUT, juge de Bré déjà rencontré, et Anne BARDON de BRUN, comme parents de Pierre TEYTUT et par ailleurs il ne savait rattacher Yrieix TEYTUT, marié à Marie RENOUDIE, procureur du roi en la Cour d’appeaux de Ségur. Le contrat de mariage de Pierre TEYTUT avec Anne GUINDRE a permis de corriger cette erreur et d’affirmer qu’Yrieix TEYTUT, à ne pas confondre avec un autre Yrieix TEYTUT de la branche de La Jarrige, était père de Pierre TEYTUT, sieur de Villouvier, marié à Anne GUINDRE. Il est donc décédé avant 1681, date à laquelle sa veuve consent au mariage de leur fils.

Yrieix TEYTUT est donc la cime de cette lignée que nous avons suivie sur 8 générations. J.-B. CHAMPEVAL (ibid.) s’interroge sur la possibilité d’attribuer à son frère Pierre, et donc théoriquement à lui, un père nommé Jean, notaire et procureur comme son propre père appelé Pierre, lequel aurait pour père un Foucaud TEYTUT.

Je remercie encore une fois mes cousins-collaborateurs avec qui j’ai rassemblé et reconstitué cette lignée et toutes les autres qui s’y rattachent. J’espère que cette lecture ascendante très descriptive vous aura intéressés, je prépare une deuxième partie plus analytique, dans laquelle nous parlerons aussi des connexions que cette lignée nous a permis de mettre au jour avec les meilleures familles de la noblesse limousine puis vicomtale et comtale et enfin royale.

Mais c’est une autre histoire…

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8 commentaires pour Les TEYTUT, notables corréziens (Première partie)

  1. Flo Makanai dit :

    Quel travail incroyable, et absolument passionnant!
    Il est touchant à plusieurs titres : parce que mon père est né à Brive-la-Gaillarde ; parce que son père a fait avant de mourir un travail fascinant sur ses ancêtres ; parce que mon grand-père maternel a fui la Russie en 1917 et que ses descendants cherchent à savoir/comprendre pourquoi, qui, quand, comment etc, et que l’interdit de dire et parler qu’il s’était imposé a eu un impact terrible sur sa lignée ; parce que ce travail relaté sur ce blog est d’une précision, rigueur, qualité qui à elles seules sont un plaisir, et je vais m’arrêter là.
    Bravo, et quel superbe cadeau pour votre enfant à venir : il est inscrit dans une histoire très vaste, qui vous dépasse et qui pourtant déjà, j’en suis sûre, imprime ses marques…
    C’est magnifique. Ample. Superbe.

    • C’est une grande joie pour moi de savoir que ce travail que je fais pour moi-même et ma parentèle plus ou moins proche, plus ou moins intéressée et, pour une partie affectivement non négligeable, plus ou moins à naître, a un écho positif pour d’autres personnes.
      Merci beaucoup de vos encouragements qui me vont droit au coeur et qui me sont aussi une obligation triple : rigueur, curiosité et patience. J’espère ne pas faillir.
      N’hésitez surtout pas si vous avez des questions sur la recherche généalogique en Corrèze ou ailleurs !
      Avec mes hommages reconnaissants.

  2. barris dit :

    Que de travail!!!!! je vais être obligé de vous prendre quelques ancêtre commun cela va ma faciliter le travail. je n’ai plus d’ancêtre à Ségur ou mes grands parents allez se reposer mais j’ai toujours une cousine Nicole Malafosse. Enfin je termine par un bravo exeptionnel
    jean-Daniel Barris

    • Bonjour,

      Merci pour ce commentaire encourageant. Il est vrai que nous étions plusieurs cousins chercheurs amateurs et dans des circonstances (notamment la présence des 4 paroisses qui multiplient les sources) un peu exceptionnelles.
      N’hésitez pas à me faire savoir par quels ancêtres nous cousinons, c’est toujours amusant de trouver des cousins généalogiques.
      Heureux en tout cas de vous être utile dans la recherche de vos ancêtres.

      Bien à vous,
      Rémi

  3. Armelle HAMON dit :

    Bonjour,

    En triant des papiers en provenance de Monique Bourlon, j’ai un document traçant la généalogie des Teytut. Mon arrière grand-mère était Marie-Céline Teytu (grand mère de Monique Bourlon). Je suis donc allée me promener sur le net, pour en savoir plus et je suis tombée sur votre fabuleux travail, que je vais transmettre de ce pas à mes frères et soeurs.
    Un grand grand merci, c’est fantastique de lire tout ça.

    Armelle HAMON.

    Mon adresse mail: armelle.oui@wanadoo.fr

    • Chère Madame,

      Monique a été l’une de mes premières rencontres généalogiques et c’est grâce à elle que nous avons pu monter cette collaboration si fructueuse avec Aymeric TRIOMPHE et Yves MARTIN. A ma connaissance, ce que j’ai résumé, avec leur accord à tous les trois, dans ces deux billets de blog constitue le seul travail de fond réalisé à ce jour sur les TEYTUT. Je suis donc très heureux que vous ayez pu le retrouver : c’est tout l’intérêt d’internet.

      J’avoue cependant que votre première phrase m’interpelle et m’inquiète un peu… je me permettrai donc de vous contacter directement par mail.

      Merci infiniment pour votre commentaire si encourageant.

      Rémi COSTANTINO

  4. DUFFOURC BAZIN dit :

    Attention CHAMPEVAL fait beaucoup d’erreurs.
    Je suis une descendante de Marie Anne LASCOULX, épouse CHINIAC DES AILLEUX. Elle était descendante de saturnin LASCOULX, époux d’Anne TEYTUT VILLOUVIER;

    • Ravi de faire votre connaissance, Chère Madame et lointaine cousine. À part les premiers degrés, présentés d’après Champeval pour la forme, tous nos résultats concernant les TEYTUT sont issus de sources vérifiées et les hypothèses sont indiquées.

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