Mes ancêtres bourguignons (Partie 1)

La surprise bourguignone

Des origines dans le centre-est connues depuis longtemps mais inexplorées

J’ai découvert mes ancêtres bourguignons, alors que mes origines sont principalement méridionales, au détour d’une remontée dans le temps que j’avais commencée il y a longtemps, à l’époque où je ne pouvais chercher qu’aux archives départementales des Bouches-du-Rhône.

En effet, j’ai pu à cette époque remonter étape par étape les générations de mes ancêtres maternels, tous marseillais dans les générations récentes (j’ai déjà eu l’occasion de présenter ici la lignée agnatique de ma mère), jusqu’à cette découverte géographiquement surprenante : le premier des MARC (lignée L-2) arrivés à Marseille, Pierre Etienne (SOSA 48), lui-même né dans le Tarn, avait épousé Geneviève CHABEAUD (SOSA 49), née dans la Loire, à Firminy (chef-lieu de canton) :

Acte de mariage de Pierre Etienne MARC (SOSA 48) et Geneviève Eugénie CHABAUD (SOSA 49) à Marseille (Bouches-du-Rhône)

Acte de mariage de Pierre Etienne MARC (SOSA 48) et Geneviève CHABAUD (SOSA 49) à Marseille (Bouches-du-Rhône)

Et les surprises ne s’arrêtaient pas à ce premier grand-écart géographique, puisque les actes de décès des parents de Geneviève, à Marseille, nous apprenaient que son père, Louis CHABAUD (SOSA 98), était né à « Limousse (Aude) » et sa mère, Eugénie ROSSIGNEUX (SOSA 99), à « Chassey (Côte-d’or) » (voir ci-dessous). Longtemps, mes recherches se sont arrêtées à ces indications indirectes, qui laissaient voir que la fille d’une Bourguignonne et d’un Roussillonnais, née dans la Loire, avait épousé à Marseille un enfant du Tarn.

Acte de décès de Louis CHABAUD (SOSA 98) à Marseille  (Bouches-du-Rhône)

Acte de décès de Louis CHABAUD (SOSA 98) à Marseille (Bouches-du-Rhône)

Acte de décès d'Eugénie ROSSIGNEUX (SOSA 99) à Marseille (Bouches-du-Rhône)

Acte de décès d’Eugénie ROSSIGNEUX (SOSA 99) à Marseille (Bouches-du-Rhône)

Les archives départementales de l’Aude n’étaient alors pas consultables en ligne, j’en suis donc toujours au même point en ce qui concerne les CHABEAUD.

En revanche, avec la mise en ligne des archives départementales de la Côte-d’Or, j’ai cru avancer en ce qui concerne Eugénie ROSSIGNEUX. Cependant, à Chassey, dans le canton de Semur-en-Auxois, point de ROSSIGNEUX. Guidé par la présence de ce patronyme dans l’est du département, je m’étais alors orienté vers un autre Chassey, un hameau de Mutigney, canton de Montmirey-le-Château, dans le Jura. Ce lieu-dit, limitrophe de la Côte-d’Or et de la Haute-Saône, avait pu faire l’objet d’une erreur de localisation par l’officier d’état-civil ou, plus vraisemblablement, par les témoins.

Cependant, l’absence d’archives en ligne pour le Jura (elles sont toujours minimalistes en ce qui concerne l’état-civil) m’avait obligé à remettre mentalement cette exploration à plus tard.

Où une méprise remplace l’autre

C’est la mise en ligne des archives départementales de la Loire qui m’a finalement permis d’avancer, en retrouvant l’acte de mariage de mes SOSA 98 et 99, (Jean-)Louis CHABAUD/CHABOT (ou CHABEAUD) et Eugénie ROSSIGN(I)EUX.

Mar CHABAUD ROSSIGNEUX Firminy 1839 p 53 1:2

Première page de l’acte de mariage de Jean-Louis CHABOT (SOSA 98) et Eugénie ROSSIGNIEUX (SOSA 99) à Firminy (Loire)

La première page de cet acte fait apparaître clairement la méprise lors de l’enregistrement du décès : Eugénie ROSSIGNEUX était née à Charrecey, dans le canton de Givry, en Saône-et-Loire et non à Chassey : ni en Côte-d’Or, ni dans le Jura, donc. A la décharge des témoins, l’orthographe « Charrecey » est récente et remplace « Charcey », plus proche de « Chassey », et il y a moins de 10 km entre Charrecey et la limite entre la Saône-et-Loire et la Côte-d’Or (pour l’anecdote, le village de Chassey-le-Camp, dans le canton de Chagny en Saône-et-Loire mais limitrophe de la Côte-d’Or, se situe tout près de Charrecey).

Si on récapitule : Eugénie ROSSIGNEUX, née à Charrecey en Saône-et-Loire et mariée à Firminy dans la Loire, est décédée à Marseille dans les Bouches-du-Rhône, une belle trajectoire de vie. Encore plus belle était celle de son mari, Louis CHABEAUD, né à Limoux, dans l’Aude (non vérifié par les actes à ce jour cependant), marié à Firminy et mort à Marseille.

Je vais donc m’intéresser ici aux ascendants d’Eugénie ROSSIGNEUX autour de Charrecey, et en réalité surtout à sa branche maternelle puisque son père, Denis ROSSIGNEUX, était originaire du Jura, ce qui recoupe le fait que j’avais localisé ce patronyme plutôt à l’est de la Côte-d’Or dans mes premières recherches.

Système géographique : une analyse simplifiée

J’ai choisi de ne pas reprendre ici toute la méthode d’analyse que j’avais développée pour le système géographique de la Montagne de Lure, parce que le système est beaucoup pour plus limité et que son analyse complète paraîtrait sans doute artificielle. Je me contenterai donc de considérations topologiques et géographiques liées à l’histoire et à ma généalogie.

Charrecey et Aluze, dans le vignoble bourguignon

Les deux paroisses où ont vécu mes ancêtres bourguignons, connues à ce jour, sont situées dans l’arrondissement de Chalon-sur-Saône, en Saône-et-Loire : Charrecey (canton de Givry), déjà citée, et Aluze (canton de Chagny).

Carte administrative de Saône-et-Loire, pointant Aluze et Charrecey (cercle orange) - Source : IGN/Géoportail

Carte administrative de Saône-et-Loire, pointant Aluze et Charrecey (cercle orange) – Source : IGN/Géoportail

Du point de vue géographique, Charrecey et Aluze se situent dans la partie nord de la côte chalonnaise, nichés dans le relief de la cote, un peu en retrait de la plaine de la Saône, dans ce qui était déjà (les mentions de paroissiens vignerons sont abondantes) une partie du vignoble bourguignon. La commune de Mercurey, limitrophe de Charrecey dans le même canton de Givry, est bien connue par exemple pour son AOC communale.

La carte de Cassini comme la carte IGN moderne montrent bien les deux villages situés non loin de la route allant d’Autun à l’ouest à Chalon-sur-Saône à l’est, aujourd’hui toutes deux sous-préfectures de Saône-et-Loire, villages dominés localement par les villes de Couches à l’ouest et Bourgneuf/Mercurey à l’est.

Planche de la carte de Cassini montrant les villages de Charrecey et A(l)luze

Planche de la carte de Cassini montrant les villages de Char(r)ecey et A(l)luze – Source : IGN/Géoportail

Carte IGN montrat Charrecey et Aluze dans leur contexte actuel - Source : IGN/Géoportail

Carte IGN montrant Charrecey et Aluze dans leur contexte actuel – Source : IGN/Géoportail

Où et pourquoi se déplacer

Comme nous le savons tous, la micromobilité de nos ancêtres, dont j’ai parlé à propos de Saint-Etienne-les-Orgues par comparaison aux migrations qu’ils ont parfois réalisées au cours d’une vie, leur permettait notamment de limiter la consanguinité de leurs alliances. Une ou deux paroisses, à moins d’être particulièrement isolées, peuvent donc rarement contenir à elles seules toutes les alliances sur plusieurs siècles des ascendants d’un ancêtre donné. C’est pourquoi il est essentiel de comprendre quels étaient les lieux susceptibles d’être en relation avec les paroisses déjà connues. Ces lieux me semblent intuitivement découler de deux déterminants concurrents : le temps pour les rejoindre et les motifs de déplacements qu’ils présentent.

Le temps tout d’abord est déterminant : nos ancêtres agriculteurs et ouvriers avaient de nombreuses obligations dans leur village et s’absentaient probablement le moins longtemps possible. En outre, il n’était pas toujours simple de se loger – ou tout au moins de dormir dans des conditions acceptables de sécurité, de température, etc. – sur un lieu de déplacement. Pour les nécessités les plus courantes, il est probable qu’ils privilégiaient un déplacement sur la journée, donc au maximum 4 heures de marche aller, 4 heures de marche retour (en été !) soit, à raison de 3 à 5 km/h, une portée de déplacements de 12 à 20 km, disons 15 km pour fixer les idées. N’oublions pas évidemment que la présence d’obstacles (cours d’eau, relief, forêts, villes) joue également sur la durée du déplacement, et donc sa portée.

Les motifs de déplacements sont les facteurs qui incitent à se déplacer. Ils sont d’autant plus nombreux qu’un lieu concentre des points ou des activités d’intérêt : ils étaient essentiellement commerciaux pour nos ancêtres agriculteurs ou marchands, mais aussi judiciaires et administratifs (sièges de juridictions, notaires), religieux (obtention de dispenses), etc. En outre, les villes concentraient des emplois, notamment de domestiques et d’artisans, donc autant de raisons de s’y rendre pour visiter un parent ou un ami et d’ailleurs autant d’opportunités de s’y loger facilement.

Si les motifs sont évidemment très dépendants de la profession et de la situation sociale de nos ancêtres, j’ajoute que la vitesse de déplacement, et donc la distance typique, l’étaient tout autant : un cheval au pas marche presque deux fois plus vite qu’un homme, et quatre fois plus vite au trot (Source : Wikipédia/Allure (équitation)). Avec de bonnes raisons d’aller dans un lieu plus lointain, tel qu’une ville, nos ancêtres pouvaient donc louer une charrette à cheval ou profiter du déplacement en voiture (à cheval) d’un voisin ou même d’un passant, ou accepter une journée de marche avec la perspective de dormir sur place.

Pour fixer les idées, même si tout cela n’est constitué que d’hypothèses et  d’approximations, on peut donc dire qu’ils pouvaient en gros consacrer le double de distance à un déplacement en ville, soit environ 30 km.

En résumé, si on veut identifier les paroisses où des alliances non trouvées localement sont susceptibles de s’être produites, il faut chercher deux types de lieux : les paroisses voisines situées à moins de 15 km et les villes situées à moins de 30 km.

Dans de nombreuses régions françaises, de tels rayons amènent déjà à un nombre très considérable de paroisses…

Bien sûr, ce raisonnement repose sur des probabilités : il n’interdit en rien que, plus rarement, nos ancêtres aient pu être amenés à se marier beaucoup plus loin de chez eux. Et surtout, ne perdons pas de vue le déterminant social : plus on est riche, plus on se marie loin, cela est vrai (de manière grossière) depuis les paysans jusqu’aux rois.

Quelle distance ?

Mais de quelle distance parle-t-on ? Évidemment de la distance réellement parcourue par nos ancêtres, c’est-à-dire par la route et non à vol d’oiseau. Or, sur une carte, il est bien plus simple de tracer des cercles pour déterminer des distances à vol d’oiseau, alors je me suis demandé s’il existait un ratio (un rapport) simple et un peu général entre ces deux distances. Assez étonnamment, j’ai trouvé une carte intéressante dans un rapport de l’Institut de recherche et documentation en économie de la santé, à propos de l’accès à un médecin généraliste depuis les communes françaises au 1er janvier 2007. Le ratio sur toute la France est de 1,21, ce qui signifie qu’en moyenne un médecin situé à 10 km à vol d’oiseau sera rejoint en 12,1 km par une route…

Bien sûr, ce chiffre renvoie à la situation routière française au XXIe siècle et non sous l’Ancien Régime, il faut donc s’imaginer que ce ratio était moins bon, mais je ne pense pas énormément moins, parce que dans la grande majorité des cas les autoroutes, par exemple, n’ont pas réduit les distances, qui nous intéressent ici, mais les temps de trajet.

Donc, au final, je retiendrais bien un ratio de 1,5 (15 km par la route pour 10 km à vol d’oiseau)… ce qui limite le champ de recherche, mais pas tant que ça.

Autour de Charrecey et d’Aluze

Les paroisses à moins de 15 km par les routes actuelles

Le tableau suivant fait apparaître la liste de toutes les communes situées à moins de 15 km d’Aluze ou à moins de 15 km de Charrecey, par les routes actuelles (calcul Google Maps). J’y ai ajouté les principales villes du secteur : Chalon-sur-Saône, Autun, Beaune (Côte-d’Or), Montceau-les-Mines et Le Creusot, qui ont pu, malgré leur éloignement, jouer un rôle dans la vie de nos ancêtres du fait de leur importance locale. Pour chaque commune, sa population en 1962 est indiquée car la taille de la ville ou du bourg est un bon indicateur de son attractivité pour nos ancêtres paysans.

Communes_15km_AluChaLes paroisses les plus proches à vol d’oiseau

Bien sûr, Charrecey et Aluze sont d’abord mutuellement les paroisses les plus proches l’une de l’autre pour être situées à moins de 2 km à vol d’oiseau.

Ensuite, à partir de Charrecey, on trouve :

  • Saint-Léger-sur-Dheune, à 2,4 km, avec cependant une petite côte,
  • Mercurey : même si située à 3,7 km de distance, cette petite ville (Bourgneuf à l’époque) était située en bordure du val de Saône, et donc en quelque sorte dans le sens de la pente,
  • Dennevy, accessible par la vallée de la Dheune depuis Saint-Léger à 5 km environ,
  • Saint-Mard-de-Vaux et Chamilly, à 4,5 km mais qui supposaient de passer quelques vallons de la Côte chalonnaise.

Depuis Aluze, on rencontre :

  • Chamilly à 2 km, donc sans doute en forte interaction,
  • Dennevy, à 3,5 km,
  • Saint-Gilles à 3,7 km, aussi dans la vallée de la Dheune,
  • Saint-Léger-sur-Dheune, à 4 km par Charrecey,
  • Mercurey à 4 km vers le val de Saône,
  • Chassey-le-Camp, à 4,5 km juste avant la limite de la Côte-d’Or,
  • Rully à 5 km dans le sens de la pente, direct depuis Aluze.

Ces communes se répartissent entre les cantons de Chagny et de Givry, dans l’arrondissement de Chalon-sur-Saône.

C’est donc dans ces paroisses en premier lieu que je me dois de rechercher les ancêtres qui conduisent à des impasses dans les actes des deux paroisses initiales. Comme on le verra, ces blocages sont malheureusement nombreuses à ce jour.

Mais ceci est une autre histoire…

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2 réponses à Mes ancêtres bourguignons (Partie 1)

  1. Elise dit :

    Bravo pour l’élaboration de cette méthode de recherche qui est vraiment très intéressante et bien trouvée. Et merci de la partager ! C’est une façon de voir les choses très concrète, et qui permet de ne pas trop s’éparpiller dans ses recherches. Je pense la mettre en œuvre pour mes recherches dès que l’occasion se présentera.
    A bientôt,
    Elise

    • Chère Elise,
      Merci pour vos encouragements, j’espère vraiment que cela peut vous être utile !

      J’ai prévu une seconde partie plus descriptive sur les familles concernées mais je suis bloqué par une suite d’impasses et, à dire vrai, ma méthode n’a pas été très fructueuse pour m’en sortir jusqu’ici, mais je ne perds pas espoir.

      Amitiés généalogiques,
      Rémi

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